INTRODUCTION
Nous n’avons pas la prétention de faire œuvre nouvelle, en abordant un sujet qui dans ces dernières années a soulevé de si nombreuses discussions.
Depuis les controverses passionnées de Péan et de Yerneuil — le traitement chirurgical a gagné du terrain — et peu à peu l'accord s'est fait sur bien des points.
Il est admis aujourd'hui : « Que tout myome qui par sa présence provoque des phénomènes de compression vésicale, urétérale ou intestinale, ou qui détermine des pertes sanguines ou séreuses très abondantes et répétées et compromettant la santé des malades doit être supprimé )) .
Il est bien établi aussi qu’on ne peut songer a opérer tous les myomes. Leur fréquence est considérable « Ivlob estime que 4o % des femmes âgées de plus de 5o ans en sont atteintes. Iloffmcier, Essenmoeller, Engstrau, Rleinwachtcr acceptent les chiffres de l\ , 5 ou 6 °/0. Winckel se rapproche plus vraisemblablement de la vérité avec le chiffre de 12 °/0, »
Or parmi ces myomes, beaucoup ne sont jamais diagnostiqués, beaucoup reconnus au cours d’un examen ne déterminent aucun symptôme et restent innocents. Proposer l'opération pour ces derniers serait faire preuve
cî’un radicalisme exagéré. « On ne saurait intervenir au nom seul de leur existence. » C'est ce que Pellanda déduit de la rareté des accidents mortels.
Mais à côté des myomes qui mettent la vie de la malade en danger ; à côté des myomes innocents, il en est qui constituent pour la malade une infirmité de plus en plus grave à mesure qu’elle avance en âge. « 11 ne faut pas confondre avec la vie normale, l'existence de certaines fibromateuses, myomateuses dirons-nous, que leur tumeur laisse pourtant vivre. Combien de malheureuses voit-on traîner de longues années infirmes, inutiles, pendant la longue période ou l'expectation leur fait attendre une ménopause qui recule indéfiniment. Condamnées au séjour à la chambre, épuisées par la gêne respiratoire, la constipation, les troubles de la miction, anémiées par les hémorragies, impropres â la maternité, incapables de vivre, d’agir au sens complet du mot. »
Ce sont ces cas intermédiaires si souvent rebelles aux moyens médicaux qui aujourd'hui encore divisent les chirurgiens. « 11 faut savoir attendre» disent les uns, « Ne pas trop attendre » disent les autres.
On est d'autant plus porté â temporiser que la malade approche de la quarantaine ; on compte sur l'atrophie ou la calcification ; on accorde peu d'importance â la transformation maligne, — on oublie volontiers que la symptomatologie peut s'aggraver pendant plusieurs années — avant de subir l'heureuse influence de la ménopause.
En pareil cas — quelle conduite est la meilleure — pour qui est préoccupé avant tout d’être utile à la malade ? Faut il se contenter du traitement médical ? Faut-il intervenir précocement ?
Certains tournent la difficulté en disant : à côté des myomes qu'il faut opérer — à côté des rnyomes qu'il faut respecter — il en est qu’on peut opérer.
En raisonnant de la sorte, nous nous demandons si vraiment il ne serait pas mieux - d’intervenir — dans tous les cas où « on peut opérer. »
Pour résoudre ce problème il fallait d’abord étudier la symptomatologie du myome pendant et après la ménopause. C’est à cette étude que nous avons consacré la première partie de ce travail.
il était intéressant avant d’aborder l'étude clinique, de demander à l'anatomie pathologique ce que sont ces tumeurs si diversement dénommées: fibromes, fibromyomes, myomes, et connaissant'leur structure d’étudier les moclificationsAjui surviennent dans leur évolution à l'époque de la ménopause.
Aussi envisageons-nous successivement, l’atrophie, la calcilication « la transformation mvxoïde » le myome
malin.
A la fin de ce travail, nous examinons les diverses statistiques relatives à la fréquence des interventions entre 4 o et 5o ans, et nous publions la statistique que M. le Docteur Albertin a bien voulu nous confier.
D’après nos observations, nous montrons dans le
2° chapitre la richesse de la symptomatologie à l’approche de la ménopause, et souvent aussi après l'âge critique.
Cette étude faite, nous ne pouvions en tirer aucune déduction avant de connaître la valeur du traitement chirurgical à l’heure actuelle.
Aussi dans le 3e chapitre après avoir constaté les progrès réalisés par la chirurgie du myome utérin — dans ces
dernières années nous nous arrêtons aux deux inlerven-
lions partout acceptées aujourd’hui — l'hystérectomie totale et l'hystérectomie subtotale.
Nous indiquons les avantages de la subtotale, en général, et ceux en particulier du procédé américain couramment employé par M. le Docteur Albertin.
Auxrésullats publiés par les chirurgiens, nous ajoutons ceux obtenus par notre maître durant une période de 6 années. Nous comparons les interventions précoces et les
interventions retardées.
Nous pouvons ainsi dans nos conclusions répondre à celle question : l'approche de la ménopause chez une malade qui présente des symptômes justifiant l'intervention, est-elle une raison pour temporiser?
Pour mener à bien celle étude il nous eut fallu une grande connaissance de la gynécologie et une longue pratique chirurgicale. Nous avons suppléé a notre inexpérience par l'expérience de ceux qui nous ont dirigé.
De notre tribut de reconnaissance une large part revient à M. le Docteur Albertin, c'est lui qui nous a inspiré l’idée de ce travail, c'est grâce aux documents qu'il nous a fournis, et c’est grâce à ses conseils que nous avons pu vaincre les difficultés de nôtre tâche.
M. le Professeur Paviot — dont nous avons suivi avec
un grand intérêt les leçons à la Faculté et â l'Hôtel-Dieu —
a bien voulu nous prêter le secours de scs conseils expérimentés, qu'il reçoive l’assurance de noire vive gratitude.
Nos remerciements vont aussi à MM. les Professeurs- Vgrégés Patel et Laroyenne, au Docteur Desgouttes, chirurgien des Hôpitaux, pour l'accueil sympathique qu’ils ont bien voulu nous accorder.