‹ Le myosotis (volume 2)Chapitre 40 sur 73 · LE DERNIER JOUR · texte numérisé non relu

LE DERNIER JOUR

J'ai dit souvent : Uiou confonde Ce monde et tout avec lui !

Mais, quand de ce pauvre monde Le jour suprême aura lui.

Changeant de ton dès l'aurore, Je dirai, j'en fais l'aveu :

Pauvre globe, tourne encore, Tourne, tourne encore un peu.

A cette heure épouvantable, Tous vos Ixjtels trembleront.

Riches ; et de votre table Bien des miettes tomberont.

« Affamés, qu'on se restaur»' !

birai-je, et trinquons, morbleu !

Pauvre ylobe, elc,

I^'effroi que ce jour fait naître (Et pour ma part j'en ris bien), Empêche de reconnaître Son lit, sa femme et son bien.

Plus de bourgeois matamore, Plus d'huissiers ! le Gode au feu !

Pauvre globe, etc.

Le vieux soleil file, file, Et s'éteint dans le brouillard :

Allons, truands, par la ville Jouer à Colin-INIaillard.

Tremblez, Rose, Hortense, Laure J'ai la main heureuse au jeu.

Pauvre globe, etc.

Et vite, chez la reinette Dont un soir je fus épris, Allons de ma chansonnette Réclamer gaîment le prix.

Aux appas qu'en vers j'adore Allons dire en prose adieu.

Pauvre globe, etc.

Puis à mon bote Grégoire Répétons, le verre en main :

N'ayez souci du mémoire, J'attends mou père demain.

Car qui m'a fait? je l'ignore :

Mon Credo dit que c'est Dieu.

Pauvre globe, etc,

Je fredonnais de la sorte, Ddcmant, rêvant à demi, Quand tout à coup à ma porte Retentit un pas ami.

Avril en fleur vient d'éclore, ISIes vitres ont un ciel bleu :

Pauvre globe, tourne encore, Tourne, tourne encore un peu.

LES ô ET G JUIN 1832.

CHANT Fl'NEBRB.

Ils sont tous morts, morts en héros, Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes !

Ces enfants, qu'on croyait bercer Avec le hochet tricolore, Disaient tout bas : Il faut presser L'avenir paresseux d'éclore ; Quoi! nous retomberions vainqueurs Dans les filets de l 'esclavage !

Hélas! pour foudroyer trois fleurs Fallait il donc trois jours d'orage !

Us sont tous morts, morts en héros, Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes !

Le peuple , ouvrant les yeux enfin, IMurmurait : On trahit ma cause; Un roi s'engraisse de ma faim Au Louvre que mon sang arrose ; Moi, dont les pieds nus foulaient l'or, Moi, dont la main brisait un trône, Quand elle peut combattre encor, Irai-je la tendre à l'aumône ?

Us sont tous morts, morts en héros.

Et le désespoir est sans armes ; Du moins, eu face des bourreaux.

Ayons le courage des larmes !

La liberté pleurait celui Qu'elle inspira si bien naguère; ftlais un fer sacrilège a lui.

Et l'ombre pousse un cri de guerre :

Guerre et mort aux profanateurs !

Sur eux le sang versé retombe , Et les Français gladiateurs S'égorgent devant une tombe.

Us sont tous morts, morts en héros.

Et le désespoir est sans armes ;

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