I.K MYOSOTIS. t(l
Du moins, vu lace des hourroaux Ayons le courage des larmes!
Alors le bataillon sacré Sursit de la foule, et tout tremble ; Mais, contre eux Paris égaré Leva ses mille bras ensemble. On prêta, pour frapper leur sein, Des poiirnards à la tyrannie, Kt les derniers coups du tocsin N'ont sonné que leur agonie.
Ils sont tous morts, morts en héros, Kt le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes!
Non, non, ils ne s'égaraient pas
Vers un avenir illusoire :
Ils ont prouvé par leur trépas
Qu'aux Décius on pouvait croire.
O ma patrie ! 6 Liberté !
Quel réveil , quand sur nos frontières
La République aurait jeté
Ce faisceau de troupes guerrières!
Ils sont tous morts, morts en héros , Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Avons le courage des larmes !
Sous le dôme du Panthéon , Vous qui rêviez au Capitole, Enfants! que l'appel du canon Fit bondir des bancs d'une école, Au toit qui reçut vos adieux Que les douleurs seront amères.
Lorsque d'un triomphe odieux Le bruit éveillera vos mères !
Ils sont tous morts, morts en héros, Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux- Ayons le courage des larmes !
On insulte à ce qui n'est plus, Et moi seul j'ose vous défendre :
Ah ! si nous les avions vaincus, Ceux qui crachent sur votre cendre, Les lâches, ils viendraient, absous Par leur défeite expiatoire, Sur votre cercueil à genoux, Demander grâce à la victoire.
Ils sont tous morts, morts en héros, Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes !
ISIartyrs, à vos hymnes mourants Je prêtais une oreille avide;
Vous périssiez, et (l;ms vos rangs La plaee d'un frère était vide.
Mais nous ne formions qu'un concert, Et nous chantions tous la patrie, Moi sur la couche de Gilbert ', Vous sur Techafaud de Borie.
Ils sont tous morts, moits en héros.
Et le désespoir est sans armes; Du moins , en face des bourreaux Ayons le courage des larmes!
MIL HUIT CENT TRExNTE-SIX.
Tq ne tueras pas. »
Décalogue. )
Dieu l'ordonne , et je vous en prie , Moi qui vais clianlant sur vos pas, Même pour sauver la patrie, O mes frères, ne tuez pas!
Quand cette arme qui fume encore A tonné, mon vers tricolore
\. Voir liage 67.
IHO LE MYOSOTIS.
Recula soudain blanc d'effroi.; iMa pitié devint du délire, Et, reniant ses dieux, ma lyre A murmuré : Vive le roi!
Quand un jury tue, à la face Si nous lui jetons le remords ; Si du code rouge ou efface Par degrés la phrase de mort, A Thémis, tant de fois trompée, Si Ton veut arracher l'épée Où pendent des gouttes de sang; Ce n'est pas pour que, dans la rue, Le fer justicier tombe et tue, Ramassé par vous en passant.
Dans "le palais, aux jours d'alafrnie.
Regardez : ne voyez-vous rien?
Rien, que le sabre du gendarme Ou du marchand prétorien?
Oh ! quoi qu'ait prêché dans ce livre, Dont le parfum de sang enivre, Saint-Just, l'apôtre montagnard, Knfants, la morale éternelle Au seuil des rois fait sentinelle Pour en écarter le poignard.
Forgeron, laisse sur l'enclume Le fer vengeur inachevé :
L'arme du siècle, c'est la plume.
i.i: MYOSOTIS. m
Levier qirArcliiinèdt' a ri'Ne!
Écrivons: (juand, pour la patrie, La plume de fer veille et crie Aux maius du taleut indigné, Rois, princes, valets, tout ensemble S'('meut... et la plume d'or tremble Devant l'arrêt qu'elle a signé...
Mais, bien que mon vers gronde et préclie.
Ne craignez pas pour votre ami
Une insulte à la fosse fraîcbe
Oii vos sanglots l'ont endormi.
Laissant à l'esclave un tel rôle ,
Je dirai, dût à ma parole
Un bruit de verrous retentir :
•« Apôtres des sanglants systèmes,
« Nos cultes ne sont pas les mêmes,
« Mais vous comptez un beau martyr! »
fct quel père u"a vu ses filles Honorer de pleurs inucnus Le jeune liéros en guenilles, Le beau pa,triote aux pieds nus?
Il sauva des flots l'une d'elles.
Et leurs amours lui :>oiit lideles...
Donnez des lis, car il n'est plus!
Des lis, des pleurs, 6 jeunes filles : Car son sang ticba ses guenilles; L'écliafaud meurtrit ses pieds uu^ !
Jeune, et sans |)ain, sans liancée, Des rêves d'amour l'ont nourri, Et l'ombre de Cymodocée Au Martyr du peuple a souri.
Sous notre chêne populaire, Que la sainte croix tumulaire Prodigue l'ombre à son tombeau; Si le Dieu chrétien qu'il adore Le repousse en tonnant, Eudore Prîra Jésus pour Alibaud.
Hélas ! de l'hymne funéraire Qu'aujourd'hui j'abandonne au vent, J'aurais voulu, mon noble frère, Parer ton front, ton front vivant :
Tel, quand, cliaud de mille agonies, Ankastroëm au.x Gémonies Roulait, on vit ou l'on crut voir, Pour parfumer la claie infâme, Des mains d'un ange ou d'une femme Quelques brins de lauriers pleuvoir.
Gagnons les bourreaux de vitesse, Disais-je, Alibaud va mourir; Vers le Golgotha de Lutèce Le char court : IMuse, il faut courir. Mais un vers me fuyait encore, Et déjà du coteau sonore Tombait ce cri : Mort en héros!
L'œuvre rivale était complète :
J'arrivais trop tard : le poète Était vaincu par les bourreaux.