I.'arltlnnéti<|ue seule usa ti plume chauve
Eh bien ! pendant deux nuits bâille sm- un Uestaut,
Dors sur un lUilielet, et tu pourras bientôt.
Apprenti de la veille et déjà passé maître ,
Auner dans ton c<)n)ploir la strophe et l'Iiexamètre.
Et pourtant, tout Paris à lassassin rimeur Sourit, et dévora ses vers dans leur primein". Qu'un auteur affamé , |)Our tailler un volume, Fasse avec le poignard fraterniser la plume; De vin et de biscuit, |)our nourrir son caquet, Qu'on agace au perchoir l'horrible perroquet, Qu'on secoue un album teint de sang rime à rime, De l'argot en patois qu'on traduise le crime : Fiien ! il faut que Paris ait du roman nouveau. Que Lacenaire mort renaisS'^ in-octavo , Que la pre^se en travail donne un frère à fustine, Kt (|u'on batte monnaie avec la guillotine !.. Mais, sans être argousin, bourreau ni romancier, Aux veilles du cachot on vint s'associer. I.es u)ains de ce lépreux dégoûtant d'infamies Tombaient a son réveil entre des mains amies , FA les journaux du temps , souillés de ses envois , A nous dire sa uloire emouaient leurs cent voix, l'our enivrer cet lionnne et son pâle complice,
lU LE MYOSOTIS.
Si l'on eût annoncé , la veille du supplice , A Paris , oii l'hiver fait grêler tant de maux , Un raout au profit des assassins jumeaux , La charité dansante, avare de centimes, Elit secoué de l'or à ce bal des victimes... Que dis-je? la comtesse, au sortir de son hain. Caressait dans son cœur le hideux chérubin, Et sous un pli coquet , à travers les gendarmes, Lui glissait cachetée une aumône de larmes. O femmes de Paris ! sur son grabat désert Un sourire de vous aurait sauvé Gilbert !
Et dans ses flls nombreux Gilbert respire encore ; Il leur souffla, mourant, l'âme qui les dévore. Ah ! sur tes échos sourds la lyre est sans pouvoir ! Il faut des condamnés ii mort pour t'émouvoir, Paris ! Eh bien ! écoute : ici , connue à Venise , Un peuple condamné sous les plombs agoi)ise. Le IMalheur, les prenant tombés du sein natal , Marqua ces giaours de son cachet fatal. Et sur leur front, depuis, glissant avec Je faimel Nul baiser n'essuya cet infernal baptême. Sans éveiller de bruits, sans piètre à leurs côtés, Ils vont mourir, ceux-là, durement cahottés. Chaque jour les condamne, et, comme au roi qui passe, A chaque lendemain ils demandent leur grâce. L'Espérance, avocat à la magique voix.
Les traîne ainsi longtemps de pourvois en pourvois... Mais, pareil au bourreau, qui vient et frappe à l'heure, Le Suicide enfin les prend... et nul ne pleure;
LK MVOSO l IS. Il.'>
.Nul ne inèiio le deuil vers le Cliamp du l'olier, Kt le poète mort git là , mort tout entier...
.\rrétez-vous au bord de la fosse dRseousse, Knfants vieux de douleurs (jue son étoile y pousse. Plus de chants, plus (Fespoir: sur votre nnise en deuil Comment des éditeurs appeler le coup d'œil.^ F'our y saisir au vol une elianson , peut-être Tous veillent maintenant au tiuiehet de Bicetre, Et le public, sans foi dans vos noms sans crédit. S'abonne chez Darmaing au scandale inédit... Mais votre impatience en frémissant m'écoute; Vous paîriez sans murmure un irrand nom, (pioi qu'il Kh bien ! pour éblouir et fixer le rei^ard , [ coûte ; Secouez devant vous les éclairs d'un poignard; Marchez, frappez. d'un meurtre ensanglantez les rues; Devant la Renommée et la i;arde accourues, Fiers , et pour piédestal prenant un corps humain , Relevez-vous alors, des chansons à la main !
LK CORSK.
A l'heure où , p^de encor, le jour hésite à naître , Une étrange rumeur passa sous ma fenêtre , " N'est-ce pas au réveil la voi.x du Carnaval? » DIs-je; et dans le brouillard dei-hiré par les sabres,
lie LE MYOSOTIS.
Je vis , comme on en voit dans les danses macabres , Passer des ombres à cbeval.
Puis, un peuple hideux, dont le vrai nom s'ignore, Tombant, je ne sais d'oi^i, sur le pavé sonore, Grouillait... un même espoir semblait le remuer. Attiré par le sang dont le parfum l'enivre, Le Paris de l'égout s'en relevait, pour suivre Un homme qu'on allait tuer.
Quand la Corse eut donné Napoléon au monde , De ses couches de gloire arrière-faix immonde, Elle y jeta Fieschi, l'opprobre tout vivant. Mais ne lègue-t-il pas un remords à notre âge , Cet homme? et son destin est-il bien son ouvrage.^ Qui sait.^ murnmrais-je en rêvant...
Il va rendre au supplice une âme bien trempée, Dit-on; ne pouvait-il s'allonger en épée. Ce poignard qui frappa sans demander pour qui ! Le ciel, dans ce bravo (]ui meurt aux pieds d'un prêtre, Voulut donner au monde un grand homme peut-être; Et le monde lui rend .. Fieschi!
Si l'étude eût passé sur cet âpre génie, S'il eut bu la morale à sa source bénie, Quand il gardait j)ieds nus ses chèvres au coteau ; Si le monde eût ouvert à sa jeune fortune Ce chemin qu'il voulut dans la foule importune, Se tailler à coups de couteau!