SOYEZ BÉNIE
Je soupirais, triste et malade :
n Que sont devenus le fuseau,
Et le baiser et la ballade
Qui iireudorniaient dans mon berceau? »
Mes pleurs coulaient .. lorsqu'une enchanteresse Me dit : ' Knfant, verse-les dans mon sein. » Soyez bénie, <3 vous dont la tendresse
Donne une mère a l'orphelin 1
Je répétais : « Du moins que n'ai-je Ton bras pour guide et pour appui, Frère ' qu'en un linceul de neige Le vent du nord berce aujourdluii !... » Mais, tout à coup, une chaste caresse Sur mon front pâle essuya le chagrin : Soyez bénie, ù vous dont la tendresse Donne une saur a l'orphelin.
En vain, ardent a me poursuivre, Le destin Métrit mes beaux jours; De tous les bonheurs je m'enivre.
Car j'aime de tous les amours.
< Soldat de la grande armée, mort en Rassie.
L'astre (^liormant levé sur ma jeunesse Promet encor d'échauffer mon déclin :
Soyez bénie, ô vous dont la tendresse Est le trésor de l'orphelin !
SUR LA MORT d'une cousine de sept ans.
Hélas ! si j'avais su, lorsque ma voix qui prêche T'ennuyait de leçons, que, sur toi rose et fraîche, Le noir oiseau des morts planait inaperçu ; Que la fièvre guettait sa proie, et que la porte Où tu jouais hier te verrait passer morte... Hélas! si j'avais su!...
.le t'aurais fait, enfant, l'existence bien douce; Sous chacun de tes pas j'aurais mis de la mousse ; Tes ris auraient sonné chacun de tes instants ; Et j'aurais fait tenir dans ta petite vie Un trésor de bonheur immense... à faire envie Aux heureux de cent ans !
Loin des bancs où pâlit l'enfance prisonnière. Nous aurions fait tous deux l'école buissonuière Dans les bois pleins de chants, de parfum et d'amour;
J"aurais vide leurs uids pour emplir ta corboille;
Et je t'aurais douiié plus de lleurs qu'une abeille
N'en peut voir dans un jour.
Puis, quand le vieux Janvier, les épaules drapées D'un Unis manteau de neijze, et suivi de pou|)ées, De inanots, de pantins, minuit sonnant accourt; Au milieu des cadeau.\ qui pleuvent pour élrenne, Je l'aurais fait asseoir comme une jeune reine Au milieu de sa cour.
Mais je ne savais pas... et je prêchais encore; Siir de ton avenir, je le pressais d'éclore. Quand tout à coup, pleurant un long espoir déçu, De tes petites mains je vis tomber le livre; Tu cessas a la fois de m'entendre et de vivre... Hélas ! si j'avais su !