‹ Le myosotis (volume 2)Chapitre 64 sur 73 · A MES CHANSONS · texte numérisé non relu

A MES CHANSONS

Au Val-Bénit, partez, fils de ma muse!

A peine éclos, c'est là qu'il faut aller; Partez sans moi, vous direz pour excuse : u 11 n a pas, lui, d'ailes pour s'envoler. »

Lisant Rousseau qu'aiment tous les poètes, Là, j'ai coulé peu de jours bien remplis ;

Mais sans remords j'ai quitté mes Charmettes, I/air en est pur, ma pervenche est un lis.

Oh! quel bonheur de revêtir la brunie Sur le coteau comme un linceul flottant, Et de chercher à l'horizon qui fume, T.à-bas, là-bas, le toit qu'on aime tant ;

Et de |)Oursuivre aux champs, aux bois, sans terme.

Un papillon, un rêve, un feu follet,

Sûr de trouver, de retour à la ferme,

Un doux accueil, du pain blanc et du lait !

Avec le pâtre au ravin j'allais boire.

M'inspirent là, pauvre et sai, j'y vécus; Fontaine aux vers, quel conte dérisoire Ta fait nommer la fontaine aux écus .'

Je n'eus jamais ce qu'a la boulangère; Mais quand l'amour me caressait alors, S'il étreiijnait une bourse légère.

Il sentait battre un cœur plein de trésors.

Trésors perdus ! la semence divine Que j'étilais, vaniteux possesseur, S'est envolée, et rien n'a pris racine. Et cependant Je vous disais : !Ma sœur,

Un beau laurier sur votre front d'ivoire Remplacera la rose du buisson. Je le disais, et mon rêve de gloire A, comme tout, fini par des chansons.

Au Val-Bénit, partez, fils de ma muse!

A peine éclos, c'est Kà qu'il faut aller; Partez sans moi, vous direz pour excuse « Tl n'a pas, lui, d'ailes pour s'envoler. »

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