‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 11 sur 66 · MERLIN DE THIONVILLE · texte numérisé non relu

MERLIN DE THIONVILLE

Peut-être, en l'écartant, la France n'eut pns tort Quand on eut présenté Merlin de Thionville Comme un épouvantail à la chambre servile, Quand sur nos girondins le fougueux montagnard Eut lancé sa parole et brandi son poignard. Oh ! sans doute, devant cet homme de l'histoire. Reculant de terreur comme devant Grégoire, Dans les bras de la France ils auraient rejeté Le tribun glorieux de son indignitr...

Quoi! des récits menteurs que la peur accrédite

Font de l'époque sainte une époque maudite!

Par des auteurs vendus tout royal attentai

Fst absous et paré du nom de coup d'état,

Et pour les nations il n'est point d'indulgence !

Après avoir longtemps amassé sa vengeance,

Lorsque le peuple-roi se relève et s'assied

Sur les partis vaincus qui le mordent au pied,

Il faudrait qu'il n'eût pas de fiel dans les entrailles,

Qu'il étouffât la soif des justes représailles,

Et ne réveillât pas contre ses ennemis

T.e beffroi chaud encor des Saint-Barthélemis î

Pour les Fouquiers royaux l'histoire est sans colères.

Et ne pardonne pas aux Jeffrey s populaires !

Et quand même ils auraient frappé d'aveugles coups.

Lâches accusateurs, silence ! oubliez-vous

Que leur ame de feu purifiait leurs œuvres ?

Oui, d'un pied gigantesque écrasant les couleuvres.

Par le fer et la flamme ils voulaient aplanir

Une route aux Français vers un bel avenir;

:\H MERIJN l)K THION\ ll.UK.

Ils inaiThaient pleins de foi, pleins craniour, et l'Iiistoire Absoudra, comme Dieu, qui sut aimer et croire. Semblables au Mogol, pourvoyeur des vautours, Qui de crânes humains édifiait des tours, \u dieu qu'ils confessaient votant d'horribles fêtes. Pour lui bâtir un temple, ils entassaient les têtes ; tt. quand il le fallait, résignés au malheur. Couronnaient l'édifice en y portant la leur. Sans doute il leur fallait, d'une main pacifique, Caresser des méchants la race prolifixiue ; \u lieu de fatiguer la hache du trépas. Comme en nos jours de honte il fallait, n'est-ce pas? Garrotter de rubans, déporter dans les places. Des ennemis vaincus qui hurlent des menaces. Et plutôt qu'un mandat jeter un passeport V ces preux chevaliers galopant vers le >ord, Qui, pour tailler en fiefs la France découpée, Aux sabres des hulans aiguisaient leur épée... r.h bien 1 moi, je vous dis que leur pied trop clément Sur r hydre féodale a pesé mollement ; Car elle siffle encor, car le monstre vivace. Dès qu'ils furent passés, a bondi sur leur trace. Ils n'ont réîiné qu'un jour, et quand, le lendemain. Sur la couronne à terre un Cromwell mit la main. Pour son infâme Rump il sut trouver des membres, 'Repeupla d'un coup d'œil les vieilles antichambres. Et fit dans le château surgir, on ne sait d'où, T.es mannequins vivants balayés le dix août.

A l'anathème un jour substituant l'éloge.

MHRLIX DE THIONVILLK. 3^»

On fera de leurs noms un saint niartyrolooe;

î'n jour on votera des honneurs immortels

A leurs tombeaux maudits transformés en autels.

Mais nous dont le cœur chaud repousse un froid systèmf .

-Vous peuple, qui voulons la liberté quand nwnte!

Devançons Tavenir, et d'un pieux accueil,

Honorons ces proscrits au moins dans le cercueil.

Qu'en guise de cyprès le chêne populaire,

Prodigue à leur sommeil son ombre séculaire.

Décoré de leurs noms, pavoisé de drapeaux,

L'arbre poussera bien dans le champ du repos:

Car du tronc à la tige une chaude poussière

Circulera changée en sève nourricière ;

Dans chacun des rameaux qui frissonnent au vent.

jN'os fils vénéreront un ancêtre vivant.

Et le soir, attentifs au conseil que leur donne

Un prophète semblable à celui de Dodone,

Aux jours de grande alarme, il diront, à «enoux ;

AJanes de nos aïeux, que faire? Inspirez-nous ..

A M. C. OPOIX, DE PROVIiSS,

£X-CO>VEXTIO>NEL.

Le poëte aux débris voua toujours un culte : Pour une àme rêveuse ils ont un ciiarme occulte. L'imagination en fait sortir des voix K)u'\ parlent aux vivants des choses d'autrefois, tt le vers pousse bien, comme la giroflée. Aux crevasses d'un mur, au pied d'un mausolée. Oh ! rouvrir sous mes pas, aux déserts d'orient, Les traces de Ryron et de Chateaubriand ; Respirer, accoudé sur un tronc de colonne, La poussière qui fut Paimyre ou Babylone, Quel bonheur! mais, hélas! c'est un rêve : le sort \ de sa main de fer encloué mon essor, Et, comme le chevreau captif au pied d'un chêne, Pour brouter quelques fleurs je tiraille ma chaîne. Du sol natal au moins j'exploite les trésors. Et que me servirait d'aller de bords en bords Evoquer du tombeau quelque nation morte ? Lue grande ruine est debout à ma porte.

A M. C. OPOIX, DE FKOVl.NS. H

Oui, venez parmi nous, curieux pèlerins.

Dont la voile frissonne à tous les vents marins.

Des voyageurs ont dit que dans sa vieille enceinte

Provins rappelle aux yeux Jérusalem la Sainte.

Voilà pourquoi sans doute, infidèle au Jourdain,

La fleur qu'y moissonna le comte paladin,

Cessant de grelotter loin du soleil d'Asie,

Comme au fleuve natal se mire à la \ oulzie.

Là, quand le vent du soir gémit, on croit encor

Sur quelque pont-levis ouïr le son du cor,

Ou descendre furtifs des créneaux dans les plaines

Les appels amoureux des dames châtelaines.

Là, quand dans les roseaux il chante comnie un luth,

Le passant rêve et dit : Comte Thibaut, salut.

Et, si vous ignorez quel savant artifice

Des temps qui ne sont plus restaure rédifice ;

Vous interrogerez l'ermite qui, souvent,

A travers ces débris erre, débris vivant.

Comme Champollion au pays des califes.

Il vous expliquera de vieux hiéroglyphes,

Et la baguette d'or de ce magicien

Exhumera pour vous l'Agendicum ancien.

Regardez : il chancelle en foulant des décombres,

Cet homme séculaire, ombre parmi les ombres ;

Le bâton qui soutient ses pas mal assurés,

Frappe au séjour des morts, comme pour dire : Ouvrez ;

Sur son front chauve, Etna blanc de nei^e et qui brûle,

De quatre-vingts hivers le fardeau s'accumule ;

Mais quand même la foudre ou les vents pluvieux

Dégraderaient encor ce monument si vieux.

ii A M. C. OPOIX, I)K 1' KO VINS.

Quand il ne resterait de cet homme débile Qu'un son dans Tair, semblable à l'antique silnlie Oh ! cette voix serait un oracle pour nous, Nous en recueillerions la parole à genoux ; Car aux jeunes croyants qu'attire l'ermitase, Elle répéterait (sublime radotage !) Ces mots qui dans les cœurs brûlants de puberté Ne tombent jamais froids • Pairie et Lihprtr!

La sainte liberté naissante au jeu de paume, Comme Cincinnatus, l'enleva sous le chaume. Certes, ce n'étaient pas alors de vils crétins Qui de la noble France agitaient les destins ; Des écoliers barbons tremblants sous la férult^. Automates mouvants sur la chaise curule, Bétail que le pouvoir engraisse de ses dons, Bâillonne d'un tVein d'or et sangle de cordons. Alors les députés haranguaient les tempêtes, Ballottaient au scrutin leurs boules et leurs têtes ; Le bourreau ramassait tous les partis tombants ; La mort à plein sillon fauchait entre les bancs ; Le tocsin dans la Chambre étouffait la sonnette, Lt l'Émeute y frappait à coups de baïonnette... Eh bien ! s'enveloppant d'un héroïsme obscur, De l'époque sanslante il sortit le front pur ; Il osa pour Capet armer sa boule blanche. Au pied de la Montagne affronter l'avalanche, Et bravant du malheur le contact dangereux, Coudoyer sans pâlir les Girondins lépreux... Que sont-ils devenus ces honunes consulaires '^

A M. C. OPOIX, DE PROVINS. 4:<

Ceux qu'on n'a point jetés aux lions populaires Ont traîné dans l'exil leurs destins ignorés, Et la terre d'exil les a tous dévorés. Si de la France un jour l'idolâtrie avide Revendiquait leurs os pour le Panthéon vide, Dans un large sillon creusé du sud au nord, 11 nous faudrait glaner sur les pas de la Mort, Kt, labourant le sol de chaque cimetière, Comme une Josaphat fouiller l'Europe entière. En vain la liberté, renaissante aux trois jours, Rappela ces proscrits; hélas! les morts sont sourds!.. . Lui du moins nous resta : la vieille dynastie N'atteignit pas son front des coups de l'amnistie ; Comme l'Italien, harcelé de héros.

Qui dans un temple ouvert se sauve des bourreaux. Le vieillard, poursuivi par Tartufe et Basile, S'enfuit vers le Parnasse, en s'écriant : Asile ! Mais, dédaigneux du monde et de ses lauriers vains, Comme un linceul précoce il revêtit Provins : Et l'aigle, qui peut-être eut dévoré l'espace, Se tapit, ver obscur, dans cette carapace ; C'est le magicien de nos bois enchantés, Le fantôme rôdeur de nos débris hantés ; II ordonna trente ans ce funèbre musée, Trente ans épousseta chaque peinture usée, Et vieux, pour récompense il ne demanda rien, Rien que l'honneur obscur d'en mourir le gardiejj. Du haut de nos remparts philosophe stylite. Planant sur le champ-clos où l'Europe milite. Il voit depuis quinze ans voyager tour à tour

il A M. C. orOlX I)h FKO\ INS.

Les Bourbons fusitifs, les Bourbons de retour.

Et. détournnnt l'oreille au bruit de leur passaiie,

Il dort enveloppé dans le manteau du sage.

Nul rayon de laveur sur ses vieux jours n'a lui ;

T.es rois se souvenant! reculaient devant lui.

Quand .Tuillet s'alluma, du moins on pouvait croire

Qu'il se récbaufterait à ce soleil de gloire,

Qu'une langue de feu Tirait chercber; mais non :

Rien aux puissants du jour ne révéla son nom,

F-t seule, quand il pleut tant de croix dans l'ornièru.

La rose de Provins brille à sa boutonnière.

Que dis-je ? son pays renia ses travaux :

Il lui fallut subir d'ironiques bravos,

I/outrage médité, l'insulte irréfléchie,

Essuyer des crachats sur sa barbe blanchie,

Et passer sous les yeux des pharisiens jalou.v,

Vêtu comme le Christ de la robe des fous.

Il dut se rappeler, dans ces jours d'amertume.

Que de vieillards, sans foi dans leur L^oire posthume,

De rage et du malheur ont cumulé le faix,

Et recueilli l'injure en semant des bienfaits :

Dante a bu lentement une agonie amère,

Et des chiens ont bavé sur les haillons d'Homère !

Dors en paix maintenant, Nestor des Provinois, ■le veille à ton repos, comme l'enfant chinois Dont l'éventail défend la tête paternelle Du moucheron qui peut l'eflleurer de son aile ; Je ne trafique pas d'un hommage vendu ; Mou luth aux lambris d'or ne fut jamais pendu :

A M. C. OFOIX, |)K PROVINS. Mais si, montrant du doigt le front nu d'Klisee, On l'insuhait encor d'une lâche risée, Oh! mon vers gronderait, seinblahle à Tours vendeur Qui, s'élançant des bois vers le saint voyageur. Dispersa, déchira son escorte insolente Et lui lécha les pieds de sa gueule sanglante... Je ne te connais pas ; des accents de ta voi.\ Mon oreille est encor vierge ; mais que de fois. Dans la bruyante rue ou dans la solitude. J'ai suivi ton pas lent avec sollicitude ! J'aurais voulu pour toi ramollir le chemin ; Et ma main s'égarait prête à saisir ta main ; J'épiais sur ta bouche un sourire prospère. Et la mienne s'ouvrait pour te dire : Mon père...

Et puis, je veux semer afin de recueillir :

Moi, fiévreux de jeunesse, il me faudra vieillir ;

L'huile un jour doit manquer à ma veille assidue ;

Le vent emportera ma parole perdue ;

Mais quand, désenchanté de mes rêves d'enfant,

L'oubli m'aura couvert d'un linceul étouffant;

Quand mes concitoyens, en me voyant paraître,

Se diront : Quel est-il.^ et passeront; peut-être

De la sainte vieillesse un poète amoureux

Les fera souvenir que j'ai chanté pour eux,

Réjouira mon cœur d'une parole amie,

Versera des parfums sur ma gloire momie,

Et, payant au rimeur la dette du savant,

De funèbres lauriers m'embaumera vivant.

LK POÈTE EiN PROVINCE

Le moi présomptueux de Montaigne et de Sterne, Est mal reçu venant d'un auteur subalterne; ^lais, comme un premier né, Diogène m'est cher, Je ne distingue pas mon œuvre de ma chair, Et je dois me laver des reproches qu'on lance Tantôt à mes discours , tantôt à mon silence. Sur des abus flagrants, dit-on, je me suis tu. J'ai porté des défis et n'ai point combattu ; Puis, j'avais annoncé qu'en un large domaine. Mon Pégase ouvrirait un sillon par semaine. Je n'ai pas su tenir ce que je promettais, Et mon jeune crédit mourra sous les protêts...

Hélas! j'ai préludé sous de riants auspices, Tout semblait à mon vol offrir des cieux propices: Ceux même qu'autrefois, dans ma gaîté sans frein J'avais égratignés d'un insolent refrain, Ont, tuteurs généreux de ma muse inconnue, Prêté des ailes d'or à son épaule nue ;

LE POETE EN PROVINCE. il

La voix qui m'a troublé lorsque je sommf iHais,

Applaudit ma satire à ses premiers feuillets.

A vous, rares amis dont le bravo m'accueille,

Quand mon poème au vent s'en allait feuille à feuille ;

A. vous dont la pitié réchauffa dans son sein

Ces passereaux frileux égarés par essaim ,

Honneur ! honneur surtout à ces âmes ferventes ,

Dans notre Béotie antithèses vivantes ,

Qui de leurs conseils d'or m'ont payé le tribut :

Honneur à vous, C***, M*** et G*** !

le suis las de croupir sur votre territoire,

De prodiguer des chants qui n'ont point d'auditoire ;

Je pars, et de ces bords que je croyais amis,

Je secoue en fuyant la poudre et les fourmis;

Je pars, mais sans adieu : ma satire allumée,

En cinq explosions ne s'est pas consumée :

Je poursuivrai sans peur mon rôle jusqu'au bout.

Le théâtre a croulé, mais l'acteur est debout.

Créanciers de mes vers, pour acquitter ma dette,

Je serai, s'il le faut, et manœuvre et poète ;

De l'art et du travail cumulant les ennuis,

Je suerai le matin sur l'œuvre de mes nuits..

Vous, dont j'entends gronder le bruyant anathème. Savez -vous bien (hélas, je l'ignorais moi-même!} Savez-vous quel fardeau je m'étais imposé? Quel miracle inouï je rêvais, quand j'osai En forme d'Hélicon tailler notre montagne, Et dire fiai lux aux brouillards de Champagne? Comme le voyageur, dans son nautique essor,

;r le POETE E.N PROVINCE.

Baptisant de son nom une île vierge encor. Insensé, j'avais eru, Clook de la poésie, Conquérir le premier les bords de la Voulzie. 0 mes concitoyens ! pardonnez . je le vois, Vos L'ioires pour fleurir n'attendaient pas ma \oi\. Heureux pavsî ton sol fourmille d'Aristarques: Tes Solons inconnus attendent des Plutanjues ; Kivaux des troubadours qui t'illustraient jadis, Tes nouveaux lauréats, grands hommes inédits, De l'ombre d'un bureau, du fond d'une boutique, Régnent sur les beaux arts et sur la politique, Kt l'on ne peut toucher a ce double terrain , Sans attenter aux droits d'un orgueil suzerain.

Poète infortuné, sous ta plume prudente , En vain tu retiendras l'épigramme pendant*^ ; A chaque livraison un jury menaçant Donnera la torture au poème innocent ; Il flairera partout des délits et des crimes. Ainsi qu'un or suspect contrôlera tes rimes, Kt les fera sonner tour à tour, h dessein Den tirer quelque bruit ressemblant au tocsin. On montrera du doigt, à la foule ignorante. L'injure personnelle à chaque mot flagrante. Un maiiistrat, dit-on, par l'un est bafoué; L'autre frappe un notaire, et l'autre un avoué ; L'autre un bourgeois du lieu, colossal d'importanc Dont toi seul n'avais pas soupçonné l'existence. Lances-tu des cailloux aux Goliaths des cours. Sur quelque front obscur ils ricochent toujours:

LE POÈTE l-\ PROVINCE. i

A la face des rois jettes-tu de la boue, Un maire et deux adjoints vont s'essuyer la joue ; Et des officieux, en grimaçant l'effroi, Te parleront tout bas du procureur du roi... Donnes-tu quelques pleurs à ton noble Mécène . Dont l'exil imprévu fit murmurer la Seine , T.'hémistiche à Melun se glissant par hasard . Flamboie aux murs dorés d'un petit Balthaznr, Et, des juses tardifs excitant les enquêtes, Le proconsul jaloux veut te livrer aux bêtes. As-tu blesse Torgueil d'un bel esprit mutin , Pour sauver ton repos, fuis, ou, quelque nicitiii, Pâle encor d'une veille, il faudra que tu coures, Brûler au nez d'un fat tes vers changes en bourres...

Hélas! c'est mon histoire... Eh bien! à vous aussi ,

Zoïles spadassins, je répondrai merci.

Vous avez retrempé mon cœur dans l'amertume;

Le fiel dont il est plein déborde sous ma plume.

Pourtant, dormez en paix : de mon brûlant courroux

Je n'égarerai point un seul éclair sur vous:

Je ne vous rendrai pas outrage pour outrage ,

Car vos bourdonnements ne sont pas un orage ;

Vous ne méritez pas que l'on vous crache un vers ,

Et d'un large mépris je vous ai tous couverts.

Pour la prostituer, j'estime trop ma haine;

L'ouragan , dont le vol courbe l'orgueil du chêne ,

Dédaigne d'effleurer l'insolent végétal

Qui se carre au soleil sur le fumier natal.

Pour cible hebdomadaire à mes coups polémiques.

Ml m; }'()i:tk kn tkon inck.

le Neux des fats titres, des sots académiques, •le veux des ennemis que je puisse, en chemin, Kcarter d'un soufllet sans me salir la main. \ enez, iiens du pouvoir, dans son nouveau refuse , Kelancer et traquer Tiusoient qui vous juae; Comme un epouvantail dressez-vous devant moi , .le suis plus fort que vous, c'est pour vous quest l'effroi Qu'importe (ju'on m'enlève une presse, qu'importe (Jue riiospitalité ferme sur moi sa porte; Qu'importe pour s'asseoir au poète rêvant, La chaise du foyer ou la horne en plein vent. Quand il se frotte au peuple, un contact électrique Fait jaillir de son sein la flamme satirique. Je ne m'inspire pas sur des coussins moelleux, .le tiens mal une plume entre mes doigts calleux; Je n'écris pas, je chante, et, ^Minerve nouvelle, -Ma satyre s'élance en bloc de ma cervelle. Qu'on m'enchaiue, ma voix est libre, c'est assez; Oui, tant qu'on n'osera, comme aux siècles passés, Par le fer et la flamme étouffer le blasphème. Il faudra (ju'on m'entende; et, dussé-je moi-même Quêter des auditeurs, comme ces troubadours Hont l'orgue savoyard nasille aux carrefours, J'ameuterai le peuple à mes vérités crues, Je prophétiserai sur le trépied des rues ; Chaque mur placardé d'un vers républicain, Sera pour mes lazzis le socle de Pasquin.

A HENRI V

Henri cinq ! à ce nom n'augurez point d'outrage Pour l'héritier des lis emporté par l'orage : Où l'on salue un roi je ne vois qu'un enfant, Et respecte le front que sa «'andeur défend. Pourquoi te maudirais-je? infortuné! sans doute, Tu hais ta royauté plus qu'on ne la redoute. Je garde ma colère à tes bourreaux, à ceux Qui stimulent pour toi l'avenir paresseux :, Et qui, pour t' ajuster à la robe virile. T'imposent un effort douloureux et stérile. Les cruels t'ont volé ton âge d'or ! ils ont Imprimé sur le tien les soucis de leur front ; Te versant goutte à goutte une espérance acide, Ils consomment dans l'ombre un Ions infanticide. Ah! maudit soit le jour où Paris étonné Comme un présent d'enfer accepta Dieudonnf' ! Hélas ! quand les valets du troue héréditaire De l'auguste naissance adoraient le mvstère.

S-2 \ IIKNKI \

(^Hiniul le canon luirlait l\i\is oftliciel. Par pitié pour la France et pour toi. phU au fie Qu'un bohémien, fouillant dans ton berceau de tète. Au baptême royal eût dérobé ta tête !

Tu pourrais aujourd'hui danser sous tes haillons, La chevelure au vent courir les papillons, Moissonner à pleins bras les campagnes fleuries Écloses sans parfum sur tes tapisseries, Et t'endorniir à l'aise aux portes du palais Qui fait peser sur toi ses murs et ses valets ; Ivre de joie et d'air, riche d'un budsiet mince, Tu vivrais mendiant, toi qui végètes prince. Dieu ne l'a pas voulu : sur des parquets luisants Tu heurtes tes genoux au front des courtisans, Et les ambassadeurs qu'un huissier te présente Brisent tes hochets d'or dans leur marche pesante. Puisses-tu succomber à cet ennui profond ! Car l'avenir pour toi s'ouvre noir et sans fond. Car tes persécuteurs font briller sur ta tête Un joyau dont î'aimant attire la tempête..

Ta raison, disent-ils, a mûri promptement; Tu lis Goethe et Schiller sur le texte allemand ; Eh bien ! tu comprendras mon arrêt prophétique. Enfant : si quelque jour la chance politique Te renvoyait au trône et courbait sous ta loi In peuple frémissant qui ne veut pas de toi ; Si tu devais un jour ce qu'au destin ne plaise !. MIonger d'un Bourbon la chronique française, Une émeute sans fin bourdonnerait dans l'air,

A HENRI V. 53

Et livrerait Paris aux brigands de Schiller ; Pour chasser les démons ardents à ta poursuite, Tu t'armerais en vain d'un aumônier jésuite ; Tu flairerais de loin chaque placet, de peur Que son pli n'exhalât une horrible vapeur; Sand heurterait encore au seuil des ministères, Staa'is irait troubler tes fêtes militaires ; Louvel de son tombeau sortirait furibond ; Son vivace poignard a soif du sang Bourbon.

Mais ne te flatte pas même d'un jour prospère. Tu ne dois pas mourir de la mort de ton père ; Et, si tu te mêlais à tes brigands bénis, On creuserait ta fosse ailleurs qu'à Saint-Denis Miraculeux sauveur, n'écoute pas les mages Dont ta crèche dorée attire les hommages. On dit que, pour tenter l'Achille de treize ans, Ils glissent une épée à travers leurs présents : Ah ! si par leurs conseils ta jeunesse est trompée. Malheur ! car nous aussi nous t'offrons une épée : Mais sentant à la fin notre clémence à bout, Nous te la présentons par la pointe et debout!...

Et qu'as-tu pour appui ? quelques têtes ridées Dont les cheveux de neige ont glacé les idées. Des menins du régent, des docteurs es-blason, Imbéciles Calebs de ta vieille maison.

Dont le sang rare et froid se figeant sous la hache A la main du bourreau ne ferait point de tache. P^mi ces noms obscurs il en est un brillant,

■>; A HENRI V

Un que nous t'envions, \\n seul : Cluiteaubruiiul !

Mais sur les lauriers verts qui forment son trophée,

Pàlv» tige des lis, en vain il t'a greffée.

Son 2énie est puissant et nous le délions ;

Hélas! il est passé le temps des Amphions :

Sur les palais détruits ses pleurs et ses prières

Abondants ont coulé sans émouvoir les pierres.

Pour écouter ce prêtre aux chants mélodieux

Nous voyons trop les vers qui ronuent ses faux dieux.

Sa voix, lorsqu'à ta cause il promet la victoire.

Pour la première fois se perd sans auditoire ;

Et dans sa loyauté de chevalier chrétien,

Il perd son avenir sans restaurer le tien.

Dis donc à ce vieillard, puisqu'il daigne se mettra

\ux genoux d'un enfant qu'il appelle son maîtn^

Dis-lui de refuser aux profanes débats

Des mots qui ne sont point la langue d'ici-bas;

De se réfuaier au monde qu'il se crée.

Et de ne point offrir une tête sacrée

Où la vieillesse pèse, où tant de gloire a lui.

Au glaive que la loi craint d'égarer sur lui.

Quant aux preux chevaliers que ton exil attire,

Qui vont, gras et vermeils de trois ans de martyre,

Prosterner à tes pieds leur dévouement profond,

Pour hâter ton retour sais-tu bien ce qu'ils font ?

Ils élèvent au ciel leurs mains et leurs prières,

Attisent de soupirs des feux incendiaires.

Comme le peuple juif dans un lieu souterrain,

Aux profanes regards cachant leur sanhédrin,

Avides du grand jour qui ne doit jamais naître.

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