‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 14 sur 66 · VIVE LA BEAUTE · texte numérisé non relu

VIVE LA BEAUTE

Dès l'aurore, quand, pour boire, Adam-Billaut se levait, Un baiser rend la mémoire A ma Suzon qui rêvait; Dans ses bras, heureux esclave , Je dis au vieux chansonnier :

Tu peux descendre à la cave , Moi , je suis bien au grenier.

Vous, dont le cœur bat au ventre, Chantez Bacchus et Comus ; Pour moi , s'il faut opter entre Les divinités en us , Dieux gourmands, je vous néglige.

Et, suivant un rit plus beau , C'est à Vénus Callypige Que je dis : Iniroïbo.

VI VF LA BtAUTK.

L'Alcoraii, que je révère.

Traite le vin de poison :

Le vin noie au fond d'un \eiTe L'amour conuue la raison.

L'infortune qu'il enivre, Chancelle en parlant d'amour :

y[ donc! l'amant qui sait vivre >"e doit tomber qu'à son tour.

Tout votre or devient potable , Et bien souvent , au dessert , Gourmands, vous quittez la table Comme on quitte un tapis vert.

Prodiguez : je suis avare , Et le soir, quand je m'endors, Pour que rien ne m'en sépare , J'ai la main sur mes trésors.

Sur les genoux de ma belle Je dîne , et pour un amant , Cette méthode nouvelle Offre plus d'un agrément :

A l'étiquette on échappe , Puis, h la fin du repas.

On n'a qu'à lever la nappe, Et l'on met la table à bas.

En vain un docteur morose Alt' dit : Jouir c'est vieillir;

VI\K I. A HLAl TK.

liH^ iiiir|)e est dans la rose, l'rends des liants pour la cueillir \u hasard je marche et j'aime , Aventureux pèlerin; Vive la beauté, quanJ même!

Sera toujours mon refrain.

î/AMAN'f TIMIDE

A seize ans pauvre et timide Devant les plus frais appas, Le cœur battant, l'œil lunnide, Je voulais et n'osais pas, Kt je priais , et sans cesse .le répétais dans mes vœux :

lésusl rien qu'une maîtresse, Hien qu'une maîtresse... ou deux!

Lors une beauté qui daigne ^M'agacer d'un air moqueur.

Aie dit ; Enfant, ton cœur saigne, Et j'ai pitié de ton cœur.

Pour te guérir quel dictame Faut-il donc, pauvre amoureux?

— Ob! rien (pi'un baiser, madame!

Olil rien qu'un baiser., ou deux!

I/AM VNT TIMIDE

Puis le beau docteur qui raille ^le tàte le pouls, et moi, \in taron de représaille, .le tâte je ne sais quoi .

>^ Où vont ces lèvres de flamme?

Où vont ces doigts curieux?

~ Puisque j'en tiens un, madame.

Laissez-moi prendre les deux. •>

La coquette sans alarmes Rit si bien de mon amour, Que j'eus à baiser des larmes Quand je riais à mon tour.

Elle sanglote et se pâme :

Qu'avons-nous fait là, grands dieux?

— Ob! rien qu'un enfant, madame!

Ob! rien qu'un enfant... ou deux!

-oBBo-

Page 1