LES CROIX D'HONNEUR
Lançait toujours ses rayons au plus digne; Pour nos soldats ce nouveau labaruni Portnit écrit : Tu van cias pur ce sKjne!
Vieux chevaliers blanchis par tant d'exploits, Sous vos haillons cachez bien votre croix.
.l'ai vu quinze ans tous les pouvoirs moqueurs Pour leurs valets en faire une livrée:
J'ai vu quinze ans des poitrines sans cœurs S'enfler d'orgueil sous l'étoile sacrée.
Vieux chevaliers blanchis par tant d'exploits, Sous vos haillons cachez bien votre croix.
Qu'ai-je dit? non : le peuple saura bien. Vous séparant d'une ligue ennemie, Au lâche esclave, au noble citoyen, Tailler leur part de gloire ou d'infamie.
Vieux chevaliers blanchis par tant d'exploits, Sur vos haillons étalez votre croix.
A vous la honte, à vous, brillants valets! Prévenez tous le grand jour de colère : Pour que le feu consume vos brevets, IS'attendez pas la foudre populaire!
FA vous, guerriers blanchis par tant d'exploits, Sur vos haillons étalez votre croix.
CONTE-CIIANSON.
Dans le pays des bossus,
Il faut rêtre
Ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.
Un jour le vent moqueur y jette Un puîné de Jean de Calais ; Jean débarque et prend sa lorgnette :
« Tudieu ! que ces magots sont laids !
Et Jean, d'un air superbe,
Les toise à chaque pas ;
Car il est un proverbe
Que Jean ne connaît pas :
Dans le pays des bossus,
11 faut Letre.
Ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus Au pays des bossus.
rVun air triomphant il s'étale Le soir aux Bouffes; mais soudain Autour de lui, de stalle en stalle, Bourdonne un rire de dédain.
Maint faiseur d'épigramme Crie : A la porte ! il va - Faire avorter le drame Et la (loiHi. diva.
Dans le pays des bossus,
Il faut l'être
Ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.
Jean le comprit, et d'une baleine Vite à son auberge il courut Endosser deux bosses de laine ; Puis dans le monde il reparut ; Et soudain chaque belle, Prise à ce tour subtil.
Du beau Polichinelle Voulut tenir le lil.
l^ans le pays des bossus,
II faut rétre Ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus Au pays des bossus.
Mainte vieille, à la dérobée, Épuisa pour lui soins et fard ; Mainte fois sa bosse est tombée Aux pieds d'une autre Putipbar; Enfin, pouvant à peine
Suffire à son bonlieur,
Jean d'une énorme reine
Fut... réeuyer d'honneur.
Dans le pays des bossus,
Il faut l'être
Et le paraître :
Les dos plats sont mal reçus Au pays des bossus.
Mais du roi Pouf il vit la fille ; L'auguste enfant, des plus jolis, Épouvantail de sa famille, Avait poussé droit comme un lis.
De ce côté sans cesse
Jean soupire, et, vainqueur.
Aux pieds de la princesse
^let sa bosse et son cœur.
Dans le pays des bossus,
Il faut l'être Et le paraître :
Les dos plats sont mal reçus Au pays des bossus.
Tous deux s'esquivent : bon voyage !
Puis en France ils vont saintement Ajouter à leur mariage La formule du sacrement.
Bref, de sa double bosse,
Inutile à Calais,
Pour danser à la noce,
Jean se fit des mollets.
Dans le pays des bossus,
Il faut rétre
Et le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.
11 eut un enfant, deux, trois, quatre; Fut écbevin et marguillier.
Vit des abus sans les combattre, Écouta des sots sans bâiller.
Et vieux, de la jeunesse
Devenu le Mentor,
Au sortir de la messe,
Il fredonnait encor :
Dans le pays des bossus,
II faut l'être Ou le paraître :
Les dos plats sont mai reçus Au pays des bossus.