NOTICE BIOGRAPHIQUE
Paris, il marche, il marche, et arrive mourant à Provins. A l'aide des soins les plus tendres, sa santé sy rétablit, il oublie tous ses maux, et goûte encore quelques instants de repos. I,e temps de sa convalescence, il le passe à Saint-Martin , chez cette douce et gentille fermière, luadanie Guérard, à laquelle il a dédié Tune de ses plus gracieuses chansons II entreprend la publication du Diinjcne. Quelques habitants lionorables, M. Gervais, M. Boby de La Chapelle , l'encouragent; il réunit quatre-vingts souscripteurs. Mais une chansonnette innocente attire sur sa tête le courroux d'un fonctionnaire puissant dans le pays. Il est dès-lors en butte aux persécutions incessantes et mesquines d'une petite ville; on le provoque en duel; son adversaire est un parent des personnes chez lesquelles il demeure, et, tout en pleurant, l'hospitalité ferme sur lui sa porte.
Ce nouveau séjour à Provins n'aura donc été qu'une court? halte dans son douloureux voyage. En route encore une fois! il faut partir, et maintenant sans retour. Il part , mais indigné. La colère lui donne du courage, il en fera sa muse inspiratrice.
Vous avez (dit-il) retrempe mon cœur dans l'amertume ; Le fiel dont il est plein déborde sous ma plume !
Colère passagère hélas !. . . iNIoreau n'avait pas la force des longs ressentiments; haïr le fatiguait. Tous ceux qui , dans le cours de sa vie , l'avaient humilié, trahi, outragé, sur son lit de mort il les couvrait d'un large pardon ; il aurait voulu les revoir et leur serrer la main.
De 1834 à 1838, sa vie n'offre plus que le triste spectacle d'une lutte sinistre entre un homme et sa destinée, lutte inésale oii l'homme, jeune pourtant et plein
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de génie, a toujours le dessous et doit infailliblement succomber.
Il rentre dans une imprimerie; mais il est mauvais ouvrier, il a des distractions continuelles ; les caractères répondent les uns pour les autres à l'appel de ses doigts.
Il se fait encore une fois maître d'étude ; mais il est facile, complaisant; ses élèves lui infligent les humiliations que subit une bonne d'enfants.
Il est chargé de la compilation quotidienne des journaux pour une revue nouvelle. Douze cents francs par an , c'est le Pactole ! mais il ne peut même s'acquitter avec succès de cette humble tâche ; on le remercie.
Il essaie de donner quelques leçons particulières; mais il trouve qu'il n'apprend rien à ses enfants et qu'il ne gagne pas assez bien l'argent de leurs parents. Et puis , ces enfants s'en vont loin de Paris à l'approche de l'été, et il reste sans occupation. Quand il manquait d'emploi , lorsqu'il était le plus pauvre et le plus triste , Moreau n'écrivait à personne ; on ne le voyait plus; il se retirait dans l'ombre et le silence. Que de souffrances il endura ainsi ! Que de larmes il a versées que personne n'a sues! « Pardonnez -moi mon long silence , écrit-il à sa sœur ; j'étais , comme toujours , malheureux et de plus malade ; vous avez toujours été si prodigue de bienfaits pour moi , que je ne pouvais me plaindre sans avoir l'air de demander; il fallait mentir ou me taire ; je me suis tu. «
Il va voir les personnes qui ont protesté de leur attachement pour lui , il devient solliciteur, lui si noble et si fier \ mais il est éconduit et il écrit : « Je viens de faire preuve de patience et de coura£ie,j'ai sollicité, et