‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 41 sur 66 · UX QUART-D'HKURE DE DÉVOTION · texte numérisé non relu

UX QUART-D'HKURE DE DÉVOTION

Vous demandez, amis, comment s'est échappée De ma plume profane, une sainte épopée? Écoutez : l'àme en deuil , et la tristesse au front, Un soir, je visitai Saint-Étienne-du-Afont.

A cette heure sacrée, heure ou la nuit comnience, Quelques rares chrétiens peuplent seuls l'omhre immense. Cest l'enfant à la bouche encor blanche de lait, Qui dans ses doigts vermeils égrène un chapelet, Et semble demander, dans sa fraîche prière, Un souris fraternel aux chérui)ins de pierre La pale mère en deuil , devant un crucifix , Au vainqueur de la mort redemandant son fils , Le vieillard qui mourant, de ses lourdes sandales, Comme pour dire, ouvrez, heurte aux funèbres dalles. Et prêt à s'endormir de son dernier sommeil Aux pieds de .Iesus-(;hrist s'étend connue au soleil. .

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Miiis |»liis souNeiit, hekis! c'est rarliste |)r(»t";iiie ('.(mteiiiplant aux piliers l'acanthe qui se fane. Admirant des couleurs sur la toile où revit Le fait miraculeux, qu'un siècle expiré vit, Kpoussetaiit de \'œ\\ cln(|ue peinture usée. Et du seuil a la n^'i, parcourant uu musée. Au milieu des autels qui s'écroulent partout L'autel païen des arts est seul resté debout.

Et la rouiieur au Iront, je l'avouerai moi-même. Qui suspends à la croix Tex-voto d'un poème. Dans le temple, au liasard, j'aventurais mes pas Et j'effleurais l'autel et je ne priais pas.

Autrefois, pour prier, mes lèvres enfantines D'elles-mêmes s'ouvraient aux syllabes latines, Et j'allais aux grands jours, blanc lévite du chœur, Répandre devant Dieu ma corbeille et mon cœur. ALiis depuis, au courant du monde et de ses fêtes Emporté, j'ai suivi les pas des faux prophètes , Complice des docteurs et des pharisiens , .l'ai blasphémé le Christ, persécuté les siens. Quand l'émeute aux bras nus, pour la traîner au fleuve. Arrachant une croix à sa coupole veuve. Insultait, blasphémait. Dieu gisant sur le sol De loin sur les manteaux je veillais comme Saul. -Mais de vagues remords assailli de bonne heure : Où puiser, ai-je dit, la paix intérieure? Où marcher dans la nuit sans étoiles aux cieux . Et sans iiuide ici-bas? Enfants insoucieux ,

L >; (j i A u r- D" 1 1 L i i{ i; d i: d i-: n u 1 1 u \ . 2o:{ Les uns, pour ne rien voir des honnues ni des choses, Abaissent sur leurs fronts leurs couronnes de roses. D'autres en proclamant l'idole liberté.

Sous le glaive légal tombent avec fierté , Et promettent , mourants, de leur voix fatidique Au Teutadès moderne, un culte druidique Ou , soufflant la terreur sur l'église et l'état. Tonnent bruyants échos autour de Tapostat , Qui, disciple du Christ, au front sanglant du maître Posa le bonnet rouge, avec ses mains de prêtre. Combien de jeunes cœurs que le doute ionien ! Combien déjeunes fronts qu'il sillonne déjà 1 Le doute aussi m'accable, hélas, et j'y succombe : Mon âme fatiguée est comme la colombe, Sur le flot du désert égarant son essor ; Kt l'olivier sauveur ne fleurit pas encor. .

Ces milles souvenirs couraient dans ma mém.oire ; Et je balbutiai : « Seigneur, faites-moi croire. > Quand soudain sur mon front passa ce vent o:lncé Qui sur le front de Job, autrefois a passé. Le vent d'hiver pleura sous le parvis sonore i-.t soudain , je sentis que je gardais encore Dans le fond de mon cœur, de moi-même ignoré Ln peu de vieille foi , parfum évaporé.

Cependant mon genou, fléchi par la prière, .Se heurta contre un livre oublié sur la pierre, Kt la secrète voix qui parle aux cœurs élus Alurmura dans le mien : « prends, et li<< > et je lus.

Ht ; i \ g r a ht- du li in h d li i> É v < > r i o \.

.le lus avec anioiir ces quatre chants sublimes,

Dont l'auteur s'est voilé de quatre pseudonymes,

Aïais où sur chaque mot le poète à dessein

Imprima son génie à défaut de son seinii.

Page de vérité, qu'à sa ligne dernière.

Le Golgotha tremblant sabla de sa poussière.

Quand je me relevai plus léger de remords,

Comme au-dedans de moi , c'était fête au-dehors.

La vitre occidentale allumant sa rosace

D'une langue de feu m'illumina la face.

I,es deux blancs chérubins levant leur front courbe

Avec plus de ferveur prièrent au jubé ;

F.t Torgue s'éveillant sous un doigt invisible

D'un long et doux murmure emplit la nef paisible.

Et je versai des pleurs , et reconquis h Dieu , Au tombeau de Racine alors je fis un vœu.

Ce vœu . je l'accomplis en écrivant ces pages. Les temps étaient passés des saints pèlerinages. .Te ne pouvais aller courbé sous le bourdon , Boire au Jourdain captif le céleste pardon. Au rivage où fleurit la parole divine Ma muse ira du moins. Pars, muse pèlerine , Conduite à Bethléem par l'étoile des rois, Au gloria des cieux mêle ta douce voix , Rallume l'àtre éteint de Marthe et de Marie; Consulte le voyant au puits de Samarie. Et , fidèle au gibet de ton Dieu méconnu , Sous le sans rédempteur prosterne ton front nu ,

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Puis , malgré l'incrédule et ses bruits de risée , Relève fièrement tn tète baptisée.

Dieu bénira mes cliants; sur les autels diveis Puisqu'on sème des fleurs on peut jeter des vers. Depuis le temps antique, où vibrait à tes tètes La harpe de David et des anciens prophètes, IN'est-ce pas , ô Seigneur, un encens précieux Que Pencens du poète? et les anges des cieux , Ne se courbaient-ils pas , avides , pour entendre Jean Racine toucher son luth pieux et tendre , Quand il eut pour le cloître abandonné les cours Et dans ton amour pur éteint tous ses amours? Et puis , mon grain d'encens , qui sait , fera peut-être Pétiller l'urne éteinte entre les mains du prêtre.

J'ai dans mes souvenirs un fabliau bien vieux Dont au bruit de la mer et des vents pluvieux Mon aïeule bretonne, à la voix sybilline, Berçait pendant la nuit mon enfance orpheline Un jour, Dieu sait pourquoi , l'élément nourricier Qui prodigue la vie à ce limon grossier, Le feu, manqua dans l'air; la nature vivante Tressaillit coup à coup de froid et d'épouvante. Les oiseaux qu'un vent noir chassait en tourbillons Désertaient effarés les bois et les vallons. Plus cruels de terreur dans l'atmosphère humide Les vautours se battaient. Le rossignol timide Dit sa chanson de mort, et, lorsqu'elle Unit, Se cache résigné , la tète dans son nid.

•ioG L N (^) L A Kl - i)"ii i: i u i: [) i: d i: nom u n.

Fotiiiué (l'un long vol , l'oiseau porte-tonnerre

Replia sa arande aile et dormit dans son aire.

Seul pour sauver le monde agonisant déjà ,

r,e petit roitelet voltigea, voltigea

Jusqu'au sommet des cieux ; mais, couvert d'étincelles

A l'élément conquis il se brûla les ailes.

Et dans les bois chantant, pour le bénir en chœur,

Le Prométhée obscur tomba mort et vainqueur.

Que je succombe ou non à l'œuvre expiatoire, A celui qui m'inspire, à Dieu louange et (jJohe ! Quand la brise du soir en passant à travers L'orgue du marécage, aux mille tuyaux verts, En pousse vers le ciel une plainte touchante , Voyageur, ne dis pas . - Gloire au loseau qui chante. » Mais le foulant aux pieds , dis : Gloire au Dieu vivant Qui féconde la boue et qui commande au vent 1

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Li: CHANT DES ANGES

A fêter la Vierge suprême, Là-haut, chaque ange est invité ; Et mon ange gardien lui-même Dès l'aurore, hélas ! m'a quitté.

Bel ange, à la reine céleste, Porte ton bouquet, moi, je reste, La reine de mon cœur est là.

Et pour célébrer ses louanges, J'emprunte le refrain des anges.

Ave Maria, ave Maria.

Je lui coûtai, petit encore.

Petit comme l'enfant Jésus,

' Composée pour le jeune Paul B***, qui l'a mise en musique ei flrrliée à sa mère qui se nonmie Marie, le jour de sa fêle.

Sus Lh CHANT Di:S ANGES.

Bien des alarmes qu'on ignore, Bien des pleurs que Dieu seul a vus.

Chassant l'insecte qui bourdonne Combien de fois, douce madonne, Près de ma couche elle veilla!...

Aussi, pour chanter ses louanges, .renjprunte le refrain des anges .

Ave Maria, ave Alaria.

Au front de la sainte que j'aime, Hélas ! j'aurais voulu poser Des étoiles pour diadèmes...

.le n'y peux mettre qu'un baiser.

Mais espérance, ô ma patrone, .T'ose rêver pour ta couronne Quelques lauriers... et jusque là A tes pieds chantant tes louanges Je veux redire avec les anges :

Ave Alaria, ave Maria.

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