‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 42 sur 66 · LA SOEUR DU TASSE · texte numérisé non relu

LA SOEUR DU TASSE

Dans l'ombre de mon cœur mes plus fraîches amour* Mes amours de seize ans refleuriront toujours. Brizeux.

Olî ! bien avant Mercœur, la Sapho de la Loire, Le poète a servi de pâture à la gloire, Sphinx dévorant qui veille aux portes de Paris ; Et peut-être (qui sait?) de la chambre où j'écris Le Tasse un jour fut l'hôte, et ma table de hêtre Boiteuse, sous son coude a chancelé peut-être. Assis sur l'escabeau, peut-être, oii je m'assieds, Il écoutait Paris bourdonner à ses pieds, Et pensif, arrêtant chaque nue au passage. Pour son pays lointain la chargeait d'un message. Il ne l'envoyait pas à Ferrare, où pourtant Aux genoux d'une Armide il dormit un instant ; Non : sa blessure au cœur était enfin guérie : Non, mais il soupirait: « Loïsa, sœur chérie, ^les premières amours, que faites- vous là-bas?

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Quand je jette au Destin le gage des combats,

Daine de ma pensée, au Christ d'un oratoire

Sans doute vos soupirs demandent ma victoire.

Oh ! priez : veuf de vous, mon cœur n'a point vécu ;

Mais je ne reviendrai qu'après avoir vaincu.

Vous sauriez bien encor, généreuse en silence,

De votre pauvreté me faire une opulence;

Mais pour dot à ma sœur je n'irai plus offrir

Mon trésor de misère, et je saurai souffrir,

La Poésie aidant!... pour conduire ma plume,

Seul flambeau de mes nuits, quand l'œil d'un chat s'allume,

Des chœurs d'esprits follets, poétiques sabbats.

Viennent fleurir sous moi la paille des grabats ;

Des palmiers, des drapeaux frissonnent sur ma joue;

Salut, bel Orient? adieu, Paris de boue !

Chevaliers, ouvrez-moi vos rangs hospitaliers ;

Pour le Christ et l'honneur, combattons, chevaliers ; ..

Puis, vient l'Amour Protée et ses métamorphoses :

Renaud, l'homme de fer, se rouille sur des roses ;

Clorinde l'inlidèle expire, et son amant

Baptise avec ses pleurs un front pâle et charmant.

Mais l'Illusion fuit le jour qui l'intimide ;

Il brille, et tout s'en va : les preux, Clorinde, Armide,

Les armes, les drapeaux, les palmiers, tout enfin,

Tout : il ne reste là qu'un poète et la Faim ! ..

Oh ! Sorrente, Sorrente ! et, sur la plage verte, Une blanche villa que le pampre a couverte ; Un banc sous l'oranger d'où tombe la fraîcheur, Rt là nos entretiens si dou.T que le i)échpur

LA SOI.UR Dl TVSSK. i\

S'écriait, quand le son en frappait son oreille : « Longue nuit, longs amours aux époux de la veille! >

La Fièvre n'osait plus s'asseoir à mon chevet ; JMéme avant la douleur le remède arrivait ; Vous jugiez mes travaux, querelliez ma paresse; Et toujours sur mon front pendait une caresse. Souvent mon cœur, saisi d'un prophétique émoi. Me révélait quelqu'un debout derrière moi ; Puis, sur mes yeux tombait une main enfantine ; Puis, entre deux baisers, on me disait : Devine; Je devinais toujours! des parfums inconnus Annonçaient aux païens l'invisible Vénus. Ainsi, quand un nuage à mes yeux vous dérobe, De vos cheveux bouclés, des plis de votre robe, Je ne sais quel parfum d'une exquise douceur Se répand et m'enivre, et vous trahit, ma sœur !

Aussi, j'ai bien souvent frémi d'un doute étrange, Et les yeux sur vos yeux dit : « Est-ce pas un ange ? « Pendant que je suivais là-bas un paladin, a Le deuil sur la maison est-il tombé soudain ? « Derrière moi, sans bruit, la vieille Alix a-t-elle « Dans un linceul furtif cousu ma sœur mortelle? « Et, pour tromper mon cœur, cet ange au front si beau « Daigna-t-il emprunter un nom sur un tombeau.^ »

Des bienfaits prodigués par votre amour céleste, DiU cet amour s'éteindre, un souvenir me reste, Et ce long souvenir est encore un bienfait ;

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