A M0>' AME
Le ciel qui roule, étoile, sans nuage, Parmi des lis semble des flots d'azur : Pour te baigner dans un lac frais et pur, Jette en plongeant tes haillons au rivage!
Fuis, ame blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
Fuis, sans pitié pour la chair fraternelle : Chez les méchants lorsque je m'égarais, Hier encor, tu secouais ton aile Dans ta prison vivante... et tu pleurais; Oiseau captif, tu pleurais ton bocage ; Mais aujourd'hui, par la fièvre abattu, Je vais mourir, et tu gémis!... Crains-tu Le coup de vent qui brisera ta cage?
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
Fuis sans trembler : veuf d'une sainte amie, Quand du plaisir j'ai senti le besoin.
De mes erreurs, toi, colombe endormie, Tu n'as été complice ni témoin.
Ne trouvant pas la manne qu'elle implore, Ma faim mordit la poussière ( insensé ! ) ; Mais toi, mon âme, à Dieu, ton fiancé, Tu peux demain te dire vierge encore.
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu:
îîo A Mon a me.
Fuis en cliaiitaiU ver> le inonde inconnu !
Tu veilleras sur tes sœurs de ce monde De l'autre monde où Dieu nous tend les bras Quand des enfants à tète fraîche et blonde Auprès des morts joueront, tu souriras : Tu souriras lorsque sur ma poussière Ils cueilleront les saints pavots tremblants ; Tu souriras lorsqu'avec mes os blancs Ils abattront les noix du cimetière...
Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
A MES CHAISSONS.
Au Val-Bénit , partez, fils de ma muse! A peine éelos, c'est là qu'il faut aller ; Partez sans moi, vous direz pour excuse : « Il n'a pas, lui, d'ailes pour s'envoler. »
Lisant Rousseau qu'aiment tous les poètes, Là, j'ai coulé peu de jours bien remplis ; Mais sans remords j'ai quitté mes Charmettes, L'air en est pur, ma pervenche est un lis.
Oh ! quel bonheur de revêtir la brume Sur le coteau comme un linceul flottant. Et de chercher à l'horizon qui fume, Là-bas, là-bas, le toit qu'on aime tant;
Et de poursuivre aux champs, aux bois, sans terme, Un papillon, un rêve, un feu follet,