‹ Le myosotis (volume 3)Chapitre 57 sur 66 · DUC DE NORMANDIE, FILS DE ROBERT LE DIABLE · texte numérisé non relu

DUC DE NORMANDIE, FILS DE ROBERT LE DIABLE

C^est évidemment la grande renommée dont a joui du XIII^ au XVI« siècle le roman de Robert le Diable qui donna lieu à celui de Richard-Sans-Peur; l'époque à laquelle fut composée la plus ancienne rédaction connue de cette histoire le prouve suffisamment. C'est à la seconde moitié du XIV^ siècle qu'il faut reporter la date du petit roman en vers où sont racontées les prouesses de Richard- Sans-Peur. L'auteur de ce roman s'est contenté de recueillir plusieurs traditions mensongères relatives à l'intrépidité de Richard 1^% traditions qui se retrouvent dans les chroniqueurs latins ou françois du XII« siècle, Jean Rromton par exemple, Wace et Benoit, dit de Sainte-More. Il a eu soin d'y ajouter quelques faits du même genre, entre autres le récit des exploits de Richard contre la mesnie Hellequin. C'est le nom que pendant le moyen âge on don- Boit à ces guerriers mystérieux que l'on croyoit voir la nuit au milieu des nuages poussés par la tempête; tantôt ilsagitoient leurs armes etsembloient combattre entre eux, tantôt devenus chasseurs ils poursuivoient une proie qui fuyoit incessamment. Les chroniqueurs, les légendaires et les poêles font souvent mention de la maisnie Hellequin , famille d'Hellequin. Pierre de Blois, qui écrivoit au milieu du XlIIe siècle, parle de ces armées qu'on appeloit Milites I. c

Herlikini. Guillaume de Paris, au chapitre XII de son traité de Universo, dit qu'on nommoit en langue françoise Hellequins ces chevaliers qui combattoient la nuit dans les airs et dont il n'ose pas déclarer la nature parce qu'il ne la connoit pas bien, quoique cependant il ne faille pas hésiter à reconooîlre en eux des esprits malfaisants. L'explication donnée par l'auteur du roman de Richard-Sans-Peur sur les Hellequins est une des plus répandues. Dans les chroniques de Normandie, imprimées en 1487, on trouve une autre tradition sur les Hellequins qui se rapporte à Charles V, roi de France. Souvent les Hellequins ont été pris pour les précurseurs de la mort, et dans la Champagne les enfants s'effrayent entre eux en criant : Arlequin , sur mes talons!... Deux anciens proverbes rappellent encore ces sinistres fantômes :

La maignie des Hennequins plus y en a et moins vaut.

Des Hennequins Plus de fous que de coquins (i).

Comme je l'ai remarqué plus haut, les principales aventures de la première partie de Richard-SansPeur sont empruntées aux anciennes traditions répandues en Normandie

(1) Livre des Proverbes français, par Le Roux de Lincy. 1842. 2. vol. in-18. T. II, p. 87. On peut consulter au sujet des Hellequins : P. Paris, Les Manuscrits françois de la Biblioilièque du Hoi, leur histoire^ etc. in-8o. T. \, p. 323. — Le Roux de Lincy, Le livre des Légendes, Introduction, p. 148. — F. Michel, Chronique des ducs de .Normandie, en vers, par Benoit , trouvère anglo-normand du xne siècle. in-4o, T, II, p. 336. — Théâtre français au moyen âge. in-8o, p. 7 3. — Minslrelij ofihe scottish Borders, by Waller ScoU i8io, in-8o. vol, II, p. 129. — Deutsche Mythologie, von Jacob Grimm. GollingeD, 1839^ in-8<>, p. 527, etc. etc.

INTRODUCTION. XXVij

sur l'intrépidité de ce prince ; ainsi l'aventure du tombeau ouvert par l'esprit malin, celle du pommier merveilleux et le jugement du moine font partie de la chronique en vers de Benoit (l), et Wace, dans son roman de Rou, raconte à peu près les mêmes événements (2); quant à la seconde parlie, c'est-à-dire au récit du tournois et à la conquête que fait Richard de là fille du roi d'Angleterre, elle a été ajoutée postérieurement, on ne la trouve pas dans la rédaction en vers imprimée à la fin du XV^ siècle.

D'anciens contes merveilleux ou chevaleresques ont été mis à contribution par l'auteur de cette seconde partie : c'est ainsi que le combat de Richard Sans Peur avec le démon Brudemor semble une imitation du Tournoiement Antéchrist, poëme en vers françois, de la première moitié du XllP siècle , par Huon de Méry. On voit que d'une simple légende composée avec les traditions fabuleuses qui se rattachoient au nom de Richard Sans Peur , l'auteur du roman s'est appliqué à faire un récit complet et dans le genre des compositions de l'époque.

La première édition du roman de Richard Sans Peur en vers est un livret de la plus grande rareté : c'est un petit volume de douze feuillets in-40 en caractères gothiques. Le seul exemplaire connu se trouve à la Bibliothèque du Roi ; il provient de l'ancienne collection de M. le marquis Châtre de Cangé. En voici le titre exact:

(1) T. II, p. 325-362 de la Chronique des ducs de Normandie publiée par M. F. Michel. Paris, 1838, in 4°.

(2) T. I, p. 278-283 du Koman de Kou de Wace, publié par T. Pluquet. Rouen 1827, 2 vol. in-8'5.

XXViij NOUVELLE BIBLIOTHEQUE BLEUE.

S'ensuyt le Bornant de Bichard, filz de Robert le Diable, qui fut duc de Normandie (1).

Au XVI« siècle, ce petit roman fut mis en prose et publié sous le titre suivant :

S'ensuit le roman de Richart Sans Paour duc de Normandie lequel fut filz de Robert le Liahle, et fui par sa prudence roy d'Angleterre, lequel fst plusieurs nobles conquestes et vaillances. Imprimé nouvellement à Paris. — A la fin : imprimé par Alain Lotrian et Denis Jeannot, S.-D., in-4% Goth.

— Une autre édition avec ce titre :

Histoire du redouté prince Richard Sans Peur, duc de Normandie, lequel fut fils de Robert surnommé le Diable, et par sa proesse et prudence roy d'Angleterre, Paris, Nicolas et Pierre Bonfons, etc. S.-D., in-4°, Goth.

— Une autre édition, sous le même titre, avec la datede 1584. —Paris, Bonfons, iD-40 (Calai. Dufay, n^ 2346.) L'édition suivante sembleroit faire croire que Gilles Corrozet fut l'auteur de la version en prose :

L'Histoire de Richard Sans Paour, duc de Normandie, lequel fut fils de Robert le Diable, et fit plusieurs nobles conquestes et vaillances, mise en français par Gilles Corrozet. — Paris, Simon Calvarin, in-40, Goth. (Calalogue Lavallière, en 2 vol. de i767. — N« 3393.)

Richard Sans Peur est au nombre des ouvrages in-S» de Vancienne Bibliothèque bleue; on le trouve indiqué sans date précise dans plusieurs catalogues, parmi les livres

(0 Ce petit volume a été réimprimé en 1838 par M. Silvestre dans sa collection de poésies, romans, chroniques, etc. en caractères gothiques.

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