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imprimés à Troyes, chez Oudot. — Une édition de Rouen 1757, est mentionnée page 114 du Catalogue de la comtesse de Verrues ; enfin j'ai sous les yeux celle dont je vais donner le titre; elle est sans date, mais le privilège est de l'année 1736.
Histoire de Richard Sans Peur^ duc de Normandie, fUs de Robert le Diable, qui par sa prudence fui roi d' Angleterre, et fit de grandes conquêtes et vaillances; à Troyes, chez Pierre Garnier, in-8°.
m. JEAN DE PARIS. ^ IV. JEAN DE CALAIS.
Le petit roman de Jean de Paris méritoit bien le succès populaire qu'il a obtenu. C'est, sans contredit, l'histoire la plus spirituellement racontée de toutes celles qui composent la ^/6/20//iegwe bleue. Un jeune roi de France, dans le but d'épouser une princesse, fille du roi d'Espagne, à laquelle son père, avant de mourir, avoit désiré qu'il fût uni, voyage sous le nom de Jean de Paris , se disant fils d'un riche bourgeois de celte ville. 11 est accompagné de tous ses officiers, d'une partie de son armée, et déploie une magnificence d'autant plus extraordinaire qu'il semble y être parfaitement accoutumé. C'est pourquoi les princes avec lesquels il se rencontre , bien qu'un peu surpris des manières du riche bourgeois, consentent à le traiter avec honneur. Bien plus, la fille du roi d'Espagne, en le voyant jeune et beau, le préfère à son fiancé, le roi d'Angleterre, qui est loin de pouvoir égaler le luxe déployé par ce bourgeois. En vain le prince anglois cherche-t-il à se moquer de mailre Jean et à le faire passer pour un impertinent ou un sot ,
chacun à la cour d'Espagne se range de son côté. Enfin le jeune roi cesse de garder Yincognilo, et devient l'époux de la princesse. Ce roman, dont la plus ancienne édition que je connoisse est de l'année i 554 , a été évidemment composé quelques années auparavant, dans une intention satyrique, à l'époque de la lutte qui eut lieu entre François P"" et les deux rois d'Espagne et d'Angleterre, Charles-Quint et Henri VIÏI. Peut-être fait-il allusion à quelques circonstances du mariage de François I^"" et d'Éléonore d'Autriche, qui fut célébré, comme chacun lésait, en 1530, et devint le gage de la paix entre les deux monarques. Quant au luxe déployé par le jeune roi de France, dans ses habillements, dans sa vaisselle, dans tous ses équipages enfin, il est facile de reconnoître François h\ L'étiquette observée à l'égard de Jean de Paris, est la même que celle qui fut introduite par ce roi dans sa cour. Tout ce qui est dit de sa jeunesse et de sa beauté se rapporte aussi parfaitement à ce prince. L'allusion étoit doue facileà saisir, et la popularité dont cette petite histoire a joui dès l'origine n'a riea qui doive nous étonner.
Depuis la seconde moitié du xvi^ siècle, cette popularité n'a pas cessé de s'accroître, et une fois mis au nombre des ouvrages de la Bibliothèque bleue, le petit roman de Jean de Paris, réimprimé chaque année, vint divertir ses nombreux lecteurs, sans que jamais un seul d'entre eux se soit enquis de l'origine de cette histoire. Je dois signaler, entre la première version de Jean de Paris et celle qui fait partie de la Bibliothèque bleue, une petite différence de rédaction. La première est plus étendue : les rapports entre les faits réels de l'histoire de François I" et ceux du roman sont plus faciles à saisir que dans la seconde. Il y a dans le langage
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quelque chose de cette finesse naïve qui rappelle les contes et les ouvrages facétieux ou satiriques de l'époque. L'autre version, plus courte, se rapproche davantage du conte merveilleux, et l'on s'aperçoit que l'écui^ain populaire a voulu se mettre à la portée de tous les lecteurs. On doit regretter que l'auteur du roman de Jean de Paris ne soit pas connu. La composition, le style de ce roman, l'esprit vif et railleur avec lequel certains passages sont écrits, en font une production remarquable, où dominent principalement la malice et la gaîté françoises. L'une des rédactions de la Bibliothèque bîeue porte au titre : Corrigée par M. C. iMallemans de Sage; cet écrivain n'a fait que remettre dans un françois plus moderne l'ancien texte du roman de Jean de Paris.
On verra, par les indications bibliographiques qui vont suivre, que l'histoire de Jean de Paris a toujours fait partie de la Bibliothèque bleue, puisque déjà en 1 6 1 3 il en existoit une édition, et que ce n'est qu'en 1606 que Jean Oudot commença cette collection. La dernière de ces indications est de l'année 1701; mais depuis cette époque jusqu'à nos jours on n'a jamais cessé de réimprimer cette histoire, et j'ai entre les mains une petite édition in-i8, sur papier gris, publiée l'année dernière à Montbéliard , chez les frères Dekker.
- Le roman de Jehan de Paris, roi de France, lequel fiet de grandes prouesses. Lyon, Franc. Chaiissard, 1554, ln-4o Goth (no 3394 du catal. Laval, en 2 vol. 1767.)
- Le roman de Jehan de Paris, roy de France, lequel après que son père eut remis le roy de Espaigne en son royaume , par ses proesses et par ses pompes et subtillitez, épousa la fille du dict roy de Espaigne, laquelle il amena en France, et vesquirent
longuement en grand Iriomphc et honneur, et à la gloire de toute France. YII Ca. Paris, pour la vefve Jean Bonfons, in-4'', Goth. (vers 1570.) (Exempt. Lavall., n» 4113 du catal.)
— Le Roman de Jehan de Paris, roy de Fréince, etc., Paris, Jehan Bonfons, petit in-4o, Goth., avec un titre gravé antérieur ù la précédente édit. (Bibl. de l'Arsenal.)
— Le même, Paris, Velut 1608, in-4», figures en bois.
— Le Bornant de Jean de Paris, roy de France, lequel après que son père eut remis le roy d'Espagne en son royaume, par sa prouesse et i)ar ses pompes et subtilités, espousa la fille du roy d'Espagne, laquelle il amena en France. La Rochelle, Touss. de Govy, in-8<> (catal. Guyon de Sardières, n° 865.)
— Le romant de Jean de Paris, roy de France, etc., Troyes, Nicolas Oudot, 1013, in-S».
— Le même, in-S», S.-^D,, catal. Barré, n^ 4031.
^- Le même, in-8°, S.-D. Nie. Oudot, Troyes, avec ce titre : Histoire de Jean de Paris, etc., corrigée par M. G. Mallemans de Sage ( catal. Guyon Bes Sardières, n° 899. )
— Roman de Jean de Paris, Rouen, 1701, in-S» (catal. de la comtesse de Verrues, p. 113.)
Je n'ai que peu d'observations à faire au sujet de Jean de Calais. Ce petit roman, en comparaison de quelques unes des histoires qui composent ce volume, est moderne. La plus ancienne édition que j'ai pu en rencontrer est de 1738. Voici le titre exact : Histoire de Jean de Calais j, par M"** seconde édition^ Bruxelles chez Eugène' Henry FricXj libraire-imprimeur, 1738 m- 18. Je regarde celte édition comme l'une des plus anciennes, et voici pourquoi ; c'est que dans les catalogues antérieurs à cette époque, dans lesquels on trouve les différents ouvrages de h Bibliothèque bleue, imprimé par Oudot, rhisloire de Jean de Calais ne s'y trouve pas. Ce récit
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populaire ne me paroît pas avoir fait partie de rancienne Bibliolhéque bleue , au moins n'est-ii pas au nombre des livres de fond de la'veuYe de Nicolas Oudot , et je soupçonne Castillon, qui publia chez Lacombe, en 1770, une édition de ce roman avec ce titre ; Histoire de Jean de Calais sur de nouveaux mémoires, i vol. ?n-8'^, de l'y avoir fait enirer. Dans tous les cas, il faut lui en savoir gré, car cette nouvelle, simple et attachante, méritoit défigurer parmi les ouvrages destinés au peuple.
Si jamais une légende a été populaire c'est, sans, contredit , celle qui consacre le souvenir des malheurs de Geneviève de Brabant. Parcourez les villes de l'Europe entière, et dans toutes les foires, dans tous les marchés, à la porte des églises, vous entendrez chanter le récit de ses malheurs. A côté d'une image de la croix , sur laquelle mourut Jésus-Christ, ou de l'étable qui le reçut à sa naissance, vous verrez celle de la forêt où Geneviève endura patiemment son infortune, et du cerf que Dieu lui envoya pour nourrir son enfant. On seroit curieux de savoir si cette tradition , qui *a traversé tout le moyen âge , renferme quelque chose de vrai. Malheureusement les documents que l'histoire nous a transmis à cet égard ne sont pas de nature à éclaircir tous nos doutes. Le savant Freher, dans un recueil sur les origines des comtes Palatins, nous a conservé une légende latine assez étendue , contenant le récit des aventures de Geneviève. Il la regarde comme ayant été composée à peu près dans le temps où ces aven-
tures se sont passées- c'est-à-dire dans le milieu du Ville siècle. Sans assigner à la composition de cette légende une date aussi reculée, il faut reconnoître qu'elle a été célèbre pendant tout le moyen âge, et l'opinion de Brower, qui reporte à Tannée 1166 la rédaction de celte histoire, me paraît admissible. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle est écrite d'une manière fort remarquable, et renferme des passages d'une touchante naïveté. Ainsi, lorsque Geneviève est rencontrée par son mari dans la forêt, abandonnée avec son enfant, sans secours et sans vêtement , elle est environnée par des chiens haletants, tout près de saisir la biche qui nourrit son enfant ; «Et quand cette tendre mère s'aperçoit qu'elle va être privée du seul appui que le ciel lui ait laissé, elle s'arme d'un bâton pour défendre les jours du pauvre animal. Le comte arrive entouré de ses serviteurs, il s'écrie: «Chiens, retirez-vous;» puis s'adressant à Geneviève qui se cachoit : «Es-tu chrétienne? lui demanda-til. „ — Je suis chrétienne, répond Geneviève, mais privée de tous vêtements, comme tu le vois, j'ai honte de me montrer; donne-moi le manteau dont tu es enveloppé, afin que je couvre mon corps.» Le comte ayant obéi, lui dit: «Oh femme! tu n'as donc ni vêtement ni subsistance?» Geneviève répond: « Je n'ai pas un seul morceau de pain et je me nourris des herbes qui sont dans cette forêt. — Depuis quelle époque y demeures-tu?— Depuis six ans et trois mois.— A qui est cet enfant? — C'est le mien.— Le comte se plaisoit beaucoup à regarder l'enfant; il demanda : «Quel est son père ? — La femme répondit: «Dieu le connaît. — Comment, reprit le comte , es-tu ici;, et quel est ton nom ? — Je m'appelle Geneviève!...» A ce nom, le comte pensa que ce devoitêtre sa femme, etc »