ENVOI
Poètes , — loi qui vas chez tous les cœurs fervents Implorer pour les morts la pitié des vivants ; Et toi qui replias ta tète sous ton aile. Cygne endormi déjà dans la nuit éternelle, — Si je vous dis ces vers , dernier écho des chants Que vous dites au ciel, sublimes ou touchants. Ce n'est pas que perdu dans des routes nouvelles
Je veuille iiasurir mon tssor ;\ vos ailes: Non , je n'ai pas rêvé ce vol aiiibilieux, El satisfait pour moi d'une même origine, Je reste sur la Urre, humble el faible racine De l'arbre dont le front s'épanouil aux cieux.
Dotix emblème d'amour el de mélancolie, Entre toutes les lleurs, llcur que j'avais cueillie, Des jours qui ne sont plus souvenir chaste el pur, Bleu myosotis, lève ailleurs ton Iront d'azur: Va, de mon cœur élcinl dêsertanl les ruines. Aux pierres d'une tombe enfoncer tes racines. La vie est sérieuse , el le lemps est passé Où je pouvais l'aimer d'un amour insensé. Adieu : l'ombre el les bois, el la place choisie Pour y rêver 1 adieu, la belle poésie, Le silence el la paix sous les chemins couverts, El près des fraîches eaux le murmure des vers! Esclave, que la faim à coups de fouel réveille, Chaque jour je retourne au travail de la veille : Dans mon rude sillon, à peine refermé, Aussitôt qu'au soleil !a pensée a germé , Récoltant le bon grain avec les lollcs herbes. Sans les laisser mûrir je moissonne les gerbes, El la terre épuisée où tombent mes sueurs Ne se couvrira plus de feuilles ni de Heurs '. Du 'ommel de la roule avec effort gravie, 'D'o,! je domine au loin les deux paris de ma vie, De ce plateau désert qu'on traverse en deux pas. Je n'ai plus qu'un instant pour contempler en bas Les champs que j'abandonne... El déjà comme un songe Tout s'efface après moi dans l'ombre qui s'allonge : El je quille déjà , triste et seul , le chemin Où, pour se plaindre aussi, s'arrêteront demain Ceux qui de leur jeunesse ont franchi la colline , El regardent, pensifs, le côté qui décline.
Auguste Arnouid.
Nous devons à rot)lige.'»nce de M. Brizrux la commuiiicalion de ces deux nièces, et nous adressons nos remerciements à M. Arnouid de m» pnéiiqiie definiiion du myosotis, de «on offrjnde pieuse sur la tumbe d'Hégi-^ippe Moreau. (A'^/f tl^ l'ÉJ 'eiir).