I. AMANT TIMIDE
« Où vont CCS Icvres de flamme ?
Où vont ces doigts curieux?
— Puisque j'en liens un, madame, Laissez-moi prendre les deux. »
La C()(|ucite sans alarmes
Rit si bien de mon amour,
Que j'eus à baiser des larmes
Quand i<i riais à mon tour.
Elle sanglote et se pâme :
« Qu'avons-nous fait là, grands dieux ?
— Oh ! rien qu'un enfant, madame !
Oh ! rien qu'un enfant... ou deux ! »
L'ÉCOLIERE
AppROCHKz, aimable écolière, Vous qui fûtes maîtresse un jour ; Approchez, et, moins familière Avec Lhomond qu'avec l'Amour, Instruisez-vous : chacun son tour.
INIais, par un doux air de folie, Grand Dieu ! comme elle est embellie ! Finissez, Rose, finissez :
Est-ce l'instant d'être jolie ?
Finissez, Rose, finissez :
Je suis le maître, obéissez.
Quoi ! vous épelez, incertaine, INlême un chapitre de roman ; Attendez-vous la soixantaine Pour savoir lire couramment Les petits vers de votre amant ?
Mais que demande ce sourire ?
Pourquoi ce bras nu qui m'attire ?
Finissez, Rose, finissez :
Est-ce dans mes yeux qu'il faut lire ?
l'bcomèhe 1 17
Finissez, Rose, finissez :
Je suis le maître, obéissez.
La grammaire vous effarouche, El j'entends rire à mon côté I,ors(|iie les S dans votre bouche Usurpent la place des T :
Quel soufllet pour ma vanité !
Mais cette bouche que j'accuse Veut se défendre par la ruse :
Finissez, Rose, finisse/ :
Un baiser n'est pas une excuse !
Finissez, Rose, finissez :
Je suis le maître, obéissez.
Hélas ! elle est encor maîtresse ;
Le livre échappe de sa main :
Il tombe, et s'effeuille. . . Ah ! traîtresse !
Vous le foulez avec dédain,
Vous triomphez, mais c'est en vain.
Ne pas céder est mon système :
Passons au chapitre deuxième.
Vite, vite recommencez,
(Dût la leçon finir de même !)
Vite, vite, recommencez :
Je suis le maître, obéissez.
LA FERMIERE
ROMANCE Et rennes à Madame Guérard.
MOUR à la fermière ! elle est Si gentille et si douce !
C'est l'oiseau des bois qui se plaît Loin du bruit dans la mousse ;
Vieux vagabond qui tends la main.
Enfant pauvre et sans mère,
Puissiez-vous trouver en chemin La ferme et la fermière !
De l'escabeau vide au foyer
Là le pauvre s'empare, Et le grand bahut de nover
Pour lui n'est point avare ; C'est là qu'un jour je vins m'asseoir.
Les pieds blancs de poussière ; Un jour... puis en marche ! et bonsoir
La ferme et la fermière !
LA FEU Ml EUE
Mon seul beau jt)ur a dû finir,
Finir dès son aurore ; Mais pour moi ce doux souvenir
Est du bonheur encore :
Kn lerinanl les yeux, je revois
L'enclos plein de lumière, La haie en Heur, le pelit bois,
La ferme et la fermière !
Si Dieu, comme notie curé
Au prône le répète, Paie un bienfait (même égaré),
Ah ! (ju'il songe à ma dette.
Qu'il prodigue au vallon les fleurs,
La joie à la chaumière, El garde des vents et des pleurs
La ferme et la fermière !
Chaque hiver qu'un groupe d'enfants
A son fuseau sourie, Comme les anges aux fils blancs
De la vierge Marie ; Que tous, [)ar la main, pas à pas.
Guidant un petit frère.
Réjouissent de leurs ébats
La ferme et la fermière !