‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 32 sur 108 · VIVE L^ "BEAUTE · texte numérisé non relu

VIVE L^ "BEAUTE

L^Ès l'aurore, quand, pour boire, Adam-Billaut se levait, Un baiser rend la mémoire A ma Suzon qui rêvait; Dans ses bras, heureux esclave, Je dis au vieux chansonnier :

« Tu peux descendre à la cave, Moi, je suis bien au grenier. «

Vous dont le cœur bat au ventre, Chantez Bacchus et Cornus; Pour moi, s'il faut opter entre Les divinités en us, Dieux gourmands, je vous néglige, Et, suivant un rit plus beau.

C'est à Vénus Callypige Que je dis : Introïho.

L'Alcoran, que je révère, Traite le vin de poison :

Le vin noie au fond d'un verre L'amour comme la raison.

L'infortuné, qu'il enivre.

Chancelle en parlant d'amour; Fi donc! l'amant qui sait vivre Ne doit tomber qu'à son tour.

Tout votre or devient potable.

Et bien souvent, au dessert.

Gourmands, vous quittez la table Comme on quitte un tapis vert.

Prodiguez : je suis avare, Et le soir, quand je m'endors, Pour que rien ne m'en sépare.

J'ai la main sur mes trésors.

VIVE LA B E A U T i;

Sur les genoux de ma belle Je dîne, et, pour un amant.

Cette méthode nouvelle Offre plus d'un agrément.

A l'étiquette on échappe, Puis, à la fin du repas.

On n'a qu'à lever la nappe, Et l'on met la table à bas.

En vain un docteur morose Me dit : « Jouir, c'est vieillir; Une guêpe est dans la rose, Prends des gants pour la cueillir.

Au hasard je marche et j'aime, Aventureux pèlerin; « Vive la beauté quand même! i> Sera toujours mon refrain.

V^ïM^'H.T TIMIDE

J\ seize ans, pauvre et timide Devant les plus frais appas, Le cœur battant, l'oeil humide, Je voulais et n'osais pas, Et je priais, et sans cesse Je répétais dans mes vœux :

« Jésus ! rien qu'une maîtresse, Rien qu'une maîtresse... ou deux

LAMANT TIMIDE

Lors une beauté, qui daigne

M'agacer d'un air moqueur,

Me dit : « Enfant, ton cœur saigne,

Et j'ai pitié de ton cœur.

Pour te guérir, quel dictame

Faut-il donc, pauvre amoureux?

— Oh ! rien qu'un baiser, madame !

Oh! rien qu'un baiser... ou deux! »

Puis le beau docteur, qui raille,

Me tâte le pouls; et moi,

En façon de représaille.

Je tâte je ne sais quoi !

« Où vont ces lèvres de flamme ?

Où vont ces doigts curieux?

— Puisque j'en tiens un, madame.

Laissez-moi prendre les deux. »

La coquette, sans alarmes,

Rit si bien de mon amour.

Que j'eus à baiser des larmes

Quand je riais à mon tour.

Elle sanglote et se pâme :

« Qu'avons-nous fait là, grands dieu>

— Oh ! rien qu'un enfant, madame !

Ohl rien qu'un enfant... ou deux! »

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