II
« Guerre et mort aux profanateurs !
Sur eux le sang versé retombe, Et les Français gladiateurs S'égorgent devant une tombe. »
Ils sont tous morts, morts en héros, Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes.
Alors le bataillon sacré Surgit de la foule, et tout tremble ; Mais contre eux Paris égaré Lève ses mille bras ensemble.
On prête, pour frapper leur sein, Des poignards à la tyrannie, Et les derniers coups du tocsin N'ont sonné que leur agonie.
Ils sont tous morts, morts en héros.
Et le désespoir est sans armes; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes.
Non, non, ils ne s'égaraient pas Vers un avenir illusoire :
Ils ont prouvé par leur trépas Qu'aux Décius on pouvait croire.
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O ma patrie ! ô Liberté !
Qiiel réveil, quand sur nos frontières
La République aurait jeté
Ce fiiisceau de vertus guerrières !
Ils sont tous morts, morts en héros.
Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes.
Sous le dôme du Panthéon, Vous qui rêviez au Capitule, Enfants ! que l'appel du canon Fit bondir des bancs d'une école.
Au toit qui reçut vos adieux Que les douleurs seront amères, Lorsque d'un triomphe odieux Le bruit éveillera vos mères !
Ils sont tous morts, morts en héros.
Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes.
On insulte à ce qui n'est plus, Et moi seul j'ose vous défendre :
Ah ! si nous les avions vaincus, Ceux qui crachent sur votre cendre.
Les lâches, ils viendraient, absous Par leur défaite expiatoire, Sur votre cercueil, à genoux.
Demander grâce à la victoire.
Ils sont tous morts, morts en héros.
Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes.
Martyrs, à vos hymnes mourants Je prêtais une oreille avide; Vous périssiez, et dans vos rangs La place d'un frère était vide :
Mais nous ne formions qu'un concert, Et nous chantions tous la patrie, Moi sur la couche de Gilbert, Vous sur l'échafaud de Borie.
Ils sont tous morts, morts en héros, Et le désespoir est sans armes ; Du moins, en face des bourreaux Ayons le courage des larmes.