‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 39 sur 108 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

v^UAND il faisait des vers dans sa dernière veille, Crédule aux mille voix qui répétaient : « Merveille ! » — « Il est donc vrai? disais-je; un poète voleur! Un poète assassin 1 » hélas ! et ma douleur Cherchait querelle à Dieu, qui voulut qu'en notre âge La sainte poésie essuyât cet outrage.

Notre père Villon, que harcelait sans fin

126 Lit MYOSOTIS

Ce démon tentateur qu'on appelle la Faim,

Médita de son temps moins de vers que de ruses ;

Salvator se jeta bandit dans les Abruzzes,

Et, l'escopette au poing, bivouaquant sur les monts,

Pour mieux peindre l'enfer, vécut chez les démons.

Mais, autour du premier, de hauts voleurs sans nombre

Consommaient au soleil ce qu'il tentait dans l'ombre.

Et l'on dut pardonner au troubadour forain

D'avoir, humble vassal, les goûts d'un suzerain.

De Masaniello le poétique élève

Contre la tyrannie avait brisé son glaive,

Et, pour sauver ses jours, le proscrit montagnard

Des morceaux qui restaient dut se faire un poignard.

Mais tuer sans combat, égorger qui sommeille.

Ramasser un écu dans le sang d'une vieille,

Et pouvoir dire après: « Je suis poète!... » Non!

Car il ne suffit pas, pour mériter ce nom,

D'emprunter au public de banales pensées

Qu'on rejette au public en phrases cadencées :

Le poète, amoureux du bien comme du beau,

Attend deux avenirs par delà le tombeau,

Et riche, en vieillissant, de candeur enfantine,

N'a rien à démêler avec la guillotine.

Le poète ne voit qu'un seul bourreau de près :

Le Malheur! ou, frappé par d'iniques arrêts,

S'il meurt, c'est en martyr, et le ciel est en fête,

Et personne ici-bas ne dit: « Justice est faite! »

Interrogez Samson : depuis qu'André Chénier

D'un sang si précieux parfuma son panier.

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