‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 50 sur 108 · A MADAME EMMA FERRAND, DE LA GIRONDE · texte numérisé non relu

A MADAME EMMA FERRAND, DE LA GIRONDE

OoRDEAux, paradis de mes anges, Olympe de mes dieux, Bordeaux, J'irai te chanter des louanges, La besace homérique au dos. Sur le grand chemin noir de pluie Qu'un blanc rayon tombe et l'essuie, Et demain, troubadour piéton, Dans la haie aux grappes vermeilles, Où dansent mes soeurs les abeilles, Je veux me tailler un bâton.

Humble oiseau, ma voix tremble, il neige.

Belle veuve du beau Ducos,

Pour dire tes gloires, que n'ai-je

Un luth fécond en mille échos I

Vers ta rive, qu'il a choisie,

Tout mon fleuve de poésie

Bondirait, dévorant ses bords.

Et chaque vague, chaque rime,

Bordeaux, ferait le bruit sublime

Que fait l'Océan dans tes ports.

Aux grands poètes ce grand rôle.

Les pieds pendants au fil de l'eau, Moi, j'aime à rêver sous un saule Avec l'amante d'Othello; Et pourtant voici la semaine Rouge d'une hécatombe humaine, Rouge du sang de vingt héros Qui jetaient, fiers et sans murmures, Leurs belles têtes demi-mûres Dans la corbeille des bourreaux.

J'ai caché de la Muse antique L'autel proscrit dans mon grenier. Je suis un païen de l'Attique Comme Vergniaux et les Chénier.

Page 1