‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 78 sur 108 · UN QUART D HEURE DE DEVOTION · texte numérisé non relu

UN QUART D HEURE DE DEVOTION

La pâle mère en deuil, devant un crucifix, Au vainqueur de la mort redemandant son fils ; Le vieillard qui, mourant, de ses lourdes sandales. Comme pour dire : « Ouvrez ! » heurte aux funèbres dalles. Et, prêt à s'endormir de son dernier sommeil. Aux pieds de Jésus-Christ s'étend comme au soleil... Mais plus souvent, hélas I c'est l'artiste profane Contemplant aux piliers l'acanthe qui se fane. Admirant des couleurs sur la toile où revit Le fait miraculeux qu'un siècle expiré vit, Époussetant de l'œil chaque peinture usée. Et du seuil à la nef parcourant un musée. Au milieu des autels qui s'écroulent partout, L'autel païen des arts est seul resté debout.

Et, la rougeur au front, je l'avoûrai moi-même, Qui suspens à la croix l' ex-voto d'un poème. Dans le temple, au hasard, j'aventurais mes pas, Et j'effleurais l'autel et je ne priais pas.

Autrefois, pour prier, mes lèvres enfantines D'elles-mêmes s'ouvraient aux syllabes latines. Et j'allais, aux grands jours, blanc lévite du choeur. Répandre devant Dieu ma corbeille et mon cœur. Mais depuis, au courant du monde et de ses fêtes Emporté, j'ai suivi les pas des faux prophètes. Complice des docteurs et des pharisiens, J'ai blasphémé le Christ, persécuté les siens. Quand l'émeute aux bras nus, pour la traîner au fleuve,

Arrachant une croix à la coupole veuve,

Insultait, blasphémait Dieu gisant sur le sol.

De loin sur les manteaux je veillais comme Saul.

Mais, de vagues remords assailli de bonne heure :

« Où puiser, ai-je dit, la paix intérieure?

Où marcher dans la nuit, sans étoiles aux cieux

Et sans guide ici-bas? Enfants insoucieux,

Les uns, pour ne rien voir des hommes ni des choses,

Abaissent sur leur front leurs couronnes de roses ;

D'autres, en proclamant l'idole Liberté,

Sous le glaive légal tombent avec fierté,

Et promettent, mourants, de leur voix fatidique.

Au Teutatès moderne un culte druidique;

Ou, soufflant la terreur sur l'Église et l'État,

Tonnent, bruyants échos, autour de l'apostat

Qui, disciple du Christ, au front sanglant du maître

Posa le bonnet rouge, avec ses mains de prêtre.

Combien de jeunes cœurs que le doute rongea !

Combien de jeunes fronts qu'il sillonne déjà !

Le doute aussi m'accable, hélas! et j'y succombe:

Mon âme fatiguée est comme la colombe

Sur le flot du désert égarant son essor;

Et l'olivier sauveur ne fleurit pas encor... »

Ces mille souvenirs couraient dans ma mémoire ; Et je balbutiai : « Seigneur, faites-moi croire I » duand soudain sur mon front passa ce vent glacé Qui sur le front de Job autrefois a passé. Le vent d'hiver pleura sous le parvis sonore,

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