‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 79 sur 108 · UN QUART DHEURE DE DEVOTION · texte numérisé non relu

UN QUART DHEURE DE DEVOTION

Et soudain je sentis que je gardais encore

Dans le fond de mon cœur, de moi-même ignoré,

Un peu de vieille foi, parfum évaporé.

Cependant mon genou, fléchi par la prière,

Se heurta contre un livre oublié sur la pierre,

Et la secrète voix qui parle aux cœurs élus

Murmura dans le mien : « Prends et lis, » et je lus.

Je lus avec amour ces quatre chants sublimes,

Dont l'auteur s'est voilé de quatre pseudonymes,

Mais où sur chaque mot le poète à dessein

Imprima son génie à défaut de son seing,

Page de vérité, qu'à sa ligne dernière

Le Golgotha tremblant sabla de sa poussière.

Qjaand je me relevai plus léger de remords.

Comme au dedans de moi, c'était fête au dehors :

La vitre occidentale, allumant sa rosace,

D'une langue de feu m'illumina la face;

Les deux blancs chérubins, levant leur front courbé.

Avec plus de ferveur prièrent au jubé;

Et l'orgue, s'éveillant sous un doigt invisible,

D'un long et doux murmure emplit la nef paisible.

Et je versai des pleurs, et, reconquis à Dieu,

Au tombeau de Racine alors je fis un vœu.

Ce vœu, je l'accomplis en écrivant ces pages. Les temps étaient passés des saints pèlerinages : Je ne pouvais aller, courbé sous le bourdon, Boire au Jourdain captif le céleste pardon ;

Au rivage où fleurit k parole divine Ma muse ira du moins. Pars, muse pèlerine ! Conduite à Bethléem par l'étoile des Rois, Au Gloria des cieux mêle ta douce voix ; Rallume l'âtre éteint de Marthe et de Marie ; Consulte le Voyant au puits de Samarie, Et, fidèle au gibet de ton Dieu méconnu. Sous le sang rédempteur prosterne ton front nu, Puis, malgré l'incrédule et ses bruits de risée, Relève fièrement ta tête baptisée.

Dieu bénira mes chants ; sur les autels divers Puisqu'on sème des fleurs, on peut jeter des vers. Depuis le temps antique où vibrait à tes fêtes La harpe de David et des anciens prophètes. N'est-ce pas, ô Seigneur, un encens précieux Que l'encens du poète ? et les anges des cieux Ne se courbaient-ils pas, avides, pour entendre Jean Racine toucher son luth pieux et tendre. Quand il eut pour le cloître abandonné les cours Et dans ton amour pur éteint tous ses amours ? Et puis mon grain d'encens, qui sait? fera peut-être Pétiller l'urne éteinte entre les mains du prêtre.

J'ai dans mes souvenirs un fabliau bien vieux Dont, au bruit de la mer et des vents pluvieux, Mon aïeule bretonne, à la voix sibylline. Berçait pendant la nuit mon enfance orpheline : — Un jour. Dieu sait pourquoi, l'élément nourricier

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