‹ Le mystagogue guide général du musée royal bourbon dans lequel on trouve la description des antiques récemment fouillés à Pompei, RuvoChapitre 29 sur 136 · Muraille · texte numérisé non relu

Muraille

9i. Persée qui délivre Andromède du monstre marin. ( P.)

95. La Fable de Zéphyr e et de Chloris. ( P.) Sur les bords d’ une rivière claire et limpide on voit un beau jeune homme assis sur un rocher , tenant de la main gauche une corbeille de fleurs et s’ appuyant de la droite posée sur le même rocher. Une femme endormie, dans tout l’éclat de la beauté et étendue devant lui, pose mollement son corps sur les genoux et les jambes de ce jeune homme. Elle a un collier et des bracelets aux poignets , elle était couverte de deux manteaux, dont l’Amour en soulève un et la laisse à demi-nue , tandis qu’ il fait signe à un autre jeune homme qui vient aussitôt sur les airs au moyen de quatre ailes, deux grandes au dos et deux petites à la tète qui est couronnée de fleurs. Ce jeune homme tient

REZ-DE-CHAUSSÉE

de la main gauche un gros bouquet d’herbes en fleurs et s’ appuie bien doucement sur les bras de deux autres Amours qui le soutiennent. 11 passerait sans faire attention à la belle endormie s’il n’était pas forcé de diriger son vol vers elle par le voile flottant d’ une autre femme du même tableau assise plus haut à gauche. Celte femme a presque toute la figure effacée par les injures du temps; elle est comme la première, découverte à-demi par un Amour. Elle a un joli collier attaché sur le sein par un bijou de pierreries , avec des bracelets aux bras et aux poignets. Elle est assise sous une de ces tentes que les Grecs nommaient •jra.pa.iftra.cryLa.ra. et av\aix,et dont elle serait entièrerement couverte, si un Amour, semblable à celui qui est à côté d’elle, ne la soulevait par le moyen d’ une longue perche. Enfin plus loin de la belle endormie est un flambeau comme celui publié par Rossi et celui d’une autre peinture publiée par les Académiciens d’Herculanum. Ce flambeau a deux tuyaux: l’un servait à le tenir en main sans se brûler, l’autre pour les allumettes trempées dans le soufre qui en devaient entretenir la flamme. Ceflambeau est entouré d’une guirlande de fleurs semblables à celles dont nous avons déjà parlé . Sur le rivage, comme sur le premier champ, on voit plusieurs herbes naissantes éparpillées çà et là. Les herbes, les fleurs et les autres accessoires de ce tableau nous font connaître qu’il représente quelque fable de Zéphyre, car les ailes aux épaules et au front du jeune homme qui fend les airs, et le voile flottant en arc dans leur espace, sont des attributs de ce dieu. Ajoutons encore que la jeunesse et les formes belles et délicates de ce personnage, donnentfoi à mes conjectures. Zéphyre,

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scion Philostrate , est représenté avec des ailes pour exprimer sa légèreté. Et quoique je ne sois pas de l’avis de mes collègues, en ce qu’ils croient apercevoir dans le jeune homme qui soutient l’endormie, X Hymen, ou le Génie de Bacchus, et Flore dans la Belle; néanmoins le teint bruni, tout propre aux personnes qui sont exposées aux intempéries du grand air, ce teint convient à Zéphyre sous deux rapports. En premier lieu comme fécondateur de toute la nature, et en second lieu parce qu’il est toujours exposé aux rayons ardens du soleil. , Or donc si le jeune homme à quatre ailes est indubitablement Zéphyre, et si la femme qui l’oblige de diriger son vol vers la dormeuse, est Vénus, il s’ensuit que l’autre est Chloris ; puisque l’Amour, qui est à côté d’elle, doit être le compagnon de ceux qui soutiennent Zéphyre, et si dans ce moment il la découvre c’est pour la lui montrer afin de la mettre en relation avec lui. 11 en est de même de toutes les autres femmes découvertes par des Amours , elles sont mises en relation avec les protagonistes des monuments.

J’ai appelé Chloris la jeune femme endormie, parce que cette fable me paraît traitée à la grecque, et que Chloris est la môme divinité à laquelle les Romains donnèrent ensuite le nom de Flore.

Mais quel est ce jeune homme qui soutient la Belle assoupie? Voilà le grand problème qui a mis à la torture plusieurs archéologues. Il est indubitable que ce personnage est supérieur par sa puissance et par sa dignité à tous les autres représentés dans ce tableau. Cette espèce de nuage qui entoure sa tête ceinte de rayons lumineux, ce nuage, dis-je, que les anciens nommaient nimbe, et qui orne cette seule figure, de

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préférence à Vénus même qui ne l’a pas, doit être une marque de cette supériorité. Or l'antiquité ne connaît que trois divinités au-dessus de Vénus, savoir: Jupiter ,

Y Amour, et le Sommeil, tous trois très-puissans, tous trois souverains absolus, révérés par les anciens comme les maîtresdeshommesetdesdieux. Ce personnage n’ayant aucun des attributs de Jupiter ou de C upidon est donc le Sommeil , que Junon implorait en disant: T c çrv£ ct.rx% vruvrajv <ri &uov, çrxyrwv «r ’anôpunrwv, que Sophocle appela le roi de l’univers crafx/3ao-iX£ a, Apollonius 0£fc>v VTrxro , l’auteur des hymnes Orphiques araxra <xxvr(ov <r£ ©iwy, <xa r«rwv «r’avêp&wyr xxi <rai- «rwv Çûw>, et Valérius Flaccus Somne paler, Somne omnipotens.

Cette peinture est devenue célèbre non seulement par la rareté de l’argument, mais par une aventure singulière qui a rendu incontestable mon explication. Sitôt quelle fut tirée des cendres de Pompei, le jeune homme qui fait coussin de ses genoux à la belle sommeilleuse, et sur lesquels elle repose tranquillement, devint la pomme de la discorde de nos savans et des savans étrangers. Les archéologues qui ont parlé de ce monument célèbre, sont Toelken, qui a dit que c’était Hymen ; Guarini, un Bacchus ailé; Raoul-Ro chef te en fait une Pasiphaé soutenant une Rhéa Sylvia, qui va recevoir les faveurs de Mars. Ært suppose que c’est la Nuit par laquell ePasiphaé était soutenue, lorsque son amant Morphée allait la voir. Jannelli enfin le prit pour Bacchus ou pour Y Amour Uranius. Sur ces entrefaites, en 1835, dix ans après la découverte du Zéphyre, on trouva aux mêmes fouilles une autre peinture qu’on verra sous la lettre A, et qui représente une

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Ariadne abandonnée, mollement appuyée sur les genoux d’un jeune homme tout-à-fait pareil à celui qui soutient Chloris dans le tableau de Zéphyre, tandis que Bacchus et son cortège la surprennent. Or, comme dans plusieurs monuments trouvés jusqu’à présent on sait qu' Ariadne est couchée dans le sein de Morphée, ou d ’/fypnos dieu du sommeil ; il en est de même du jeune homme ailé du tableau de Zéphyre , c’ est un Hypnos. Ainsi que celui d’Ariadne, il tient un vase d’or dans lequel il plonge le bout d’un rameau qu’il tient en l’air par la tige. Cette particularité rend d’autant plus évidente l’opinion que ce Dieu est le Dieu du sommeil, qui endormait Ariadne et Chloris, comme il endormait Palinure dans Virgile:

Ecce Deus ramum lelhaeo rare madentem

Vique soporalutn stygia super utraque quassat

Tempora,cunct antique nutantia lumina solvit.

Un vase d’or semblable à celui que porte ici le Sommeil qui assoupit Ariadne, le tient de la gauche et danslaméme attitudele Sommeil qui assoupitCA/orâ; mais au lieu cependant du rameau elle tient un bouquet de fleurs pour en faire le même usage. C’est ainsi que se trouve vérifiée la sentence de Tullius: Opinionum commenta delet dies, veritatem autem confirmât.

96. Médée méditant le crime affreux d’immoler ses deux enfans. (P.)

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