‹ Le mystagogue guide général du musée royal bourbon dans lequel on trouve la description des antiques récemment fouillés à Pompei, RuvoChapitre 94 sur 136 · GRANDE TASSE EN SARDOINE · texte numérisé non relu

GRANDE TASSE EN SARDOINE

Les Grecs transmirent à l’ Egypte, où la religion était toute agraire, leurs fêtes de la moisson avec ces rites, ainsi que la procession de leurs divinités, qui était solemnisée avec tant de luxe par les Ptolémées et les Ântiochus, et les pieux mystères Adonis qu’y fesait célébrer somptueusement la magnifique Bérénice. A ce nom, ma mémoire me remet, presque involontairement, les traits de cette reine grecque d'Egypte, et je me vois forcé de la reconnaître dans la femme qui tient les épis à la main. Les traits du visage , le menton , et surtout le diadème , et les cheveux qui retombent en trois tresses partagées en deux boucles sur le cou, rendent, on na peut plus ressemblante sa tête à celle que présentent quelques monnaies égyptiennes avec l’épigraphe grecque BEPEN1- KH£, médailles publiées par Vaillant, Goussème, Visconti, etc. et que j’ai étudiées dans le célèbre Musée de S. E. le Chevalier Nicolas Santangelo.

Or si la femme assise sur le Sphinx est Bérénice; les deux jeunes figures à ses côtés seront ses filles. Cette opinion est d’autant plus probable que l’histoire nous a conservé les noms des deux filles de cette Reine, Phüotéra et Arsinoé, comme aussi les traits de celle qui est le plus près de la gerbe d’épis; car quelques camées présentent le portrait d’Arsinoé quand k son tour elle monta sur le trône d’ Egypte .

Après cela ne verra-t-on pas autant de portraits de famille? Ne reconnaltra-t-on pas aussi dans le vieillard assis sur le tronc de l’arbre le mari ed Bérénice, le père de Philotéra et d 'Arsinoé, Ptolémée Soter? Ce qui doit nous persuader de cette vérité , ce sont ses traits comparés à ceux que rapporte l’iconographie

de Visconti, à la seule différence près, que si l’artiste l’a représenté ici avec la barbe, c’est parce qu’il voulut le faire paraître sous les formes de Jupiter Soler, car nous savons que ses sujets l’avaient déifié pendant sa vie , et que l’ épithète de Soler qu’ ils lui avaient donnée, n’était qu’un attribut de Jupiter qui pouvait bien convenir à Pldémée comme Libérateur de ses sujets pendant la guerre, et comme dispensateur de leurs richesses pendant la paix. En effet, la peinture d’un vase antique publié par Tischbein représente un Jupiter assis comme notre Ptolémée, nu jusqu’à la ceinture, tenant en main une corne d’abondance, symbole qui caractérise ce Jupiter, comme dieu arotrios, ctesias et tamias, ainsi que l’appelèrent les Grecs, parce qu’il était le dispensateur et le conservateur des richesses qui provenaient de la charrue qu’il avait inventée. C’est ainsi que s’explique la raison pour laquelle l’artiste a effigié sur le fond extérieur de la tasse une égide avec la tête de Méduse au milieu. L’égide fut adoptée par Alexandre comme descendant de Persée, et par ses successeurs, les Ptolémées. L’égide était un des attributs de Minerve Soteira, lequel convenait aussi au nom de Soter; comme Démétra ou Cirés, cette divinité fait allusion au nom de Démétrius sur les monnaies de ce Roi.

Mais, me dira-t-on, comment Alexandre pouvait- il se trouver avec Bérénice et ses filles, si le grand Roi de Macédoine était déjà mort quand elle épousa Ptolémée Soter ? L’artiste comprit bien cette incohérence ; mais pour plaire à Ptolémée qui désirait perpétuer sur un seul monument la mémoire de sa famille, celle de la fête qu’elle venait de célébrer,

grandi; tasse en sardoine 171

et celle d’Alexandre qui l’institua dans le royaume dont il fut depuis le maître, il s’imagina de transformer tous les personnages de cette composition en autant de divinités et de héros, en évitant ainsi tout anachronisme. En conséquence il représenta Ptolémêe sous les formes de Jupiter, Bérénice sous celles de Cérès, ses filles, en autant de Nymphes, et Alexandre , en Buzygès, fonction bien digne de la vanité du héros de Pella qui se fesait représenter tantôt comme Hercule, et tantôt comme Jupiter Ammon, à l’exemple de Parrhasius qui peignant un Mercure s’était représenté lui-même sous les formes de ce dieu. — D’ailleurs la figure de Buzygès, un des héros les plus chéris et les plus vénérés de la Grèce, convenait à Alexandre qui aspirait à l’honneur d’être adoré comme un nouvel Osiris; à ce conquérant de Y Asie qui régnait aussi sur X Egypte, ou le souverain accompagnait lui-même le bœuf Apis dans les rues, et dont le sceptre avait la forme d’une charrue; à lui qui vit fleurir dans sa plus grande prospérité l’agricultnre à Alexandrie, et qui, selon Plutarque, ne dédaigna pas de l’enseigner aux Aracosiens; à lui enfin qui voulut qu’à la fondation de cette ville on y élevât des temples en l’honneur des divinités de la Grèce, et qu’on y introduisit ses mythes, ses fêtes, et ses solemnités avec tout l’appareil et le prestige qu’on les célébrait chez eux (1). Et ne voyons nous pas aussi plusieurs artistes distingués de la peinture moderne mêler leurs portraits parmi les grands personnages de l’antiquité pour en

(') Arsinoi fit jurer à Cdrauous sur l'autel de Jupiter qu'il respecterait ses enfant.

perpétuer la mémoire dans des tableaux qui rappelaient des faits passés depuis long-temps. Raphaël se peignit avec Perugino sous la figure de personnages mitrés dans la dispute du Saint-Sacrement , en costume grec à l’école d'Athènes, et en celui d’autres personnages dans le grand tableau d'Attila. Ainsi pour éterniser la fête de la moisson instituée d’abord par Ahxandre , ses successeurs l’auront célébrée avec la même pompe et les mêmes cérémonies; parmi lesquelles se distinguait celle des ibations qui devaient se faire avec une tasse semblable à la nôtre, comme l’indique la jeune fille qui tient gracieusement dans la main une tasse de la même forme. Je m’imagine enfin que Bérénice épouse du magnifique Plolémée Soter, voulant une tasse pour accomplir ce rite sacré reçut en don de son époux celle dont nous parlons, et que conjoinctement au fondateur d 'Alexandrie et de la monarchie grecque, il s y fit représenter avec toute sa famille.

On a cru que le trou qui traverse monument a été fait pour y introduire un pied pourle soutenir, ce qui est contraire à l’usage des anciens qui se servaient d’une base appelée ayyoônxyi, pour ceux qui n’en avaient pas ; c’est ainsi qu’il n’aurait pas été nécessaire de la percer. Mais ce trou fut fait quand ce précieux monument servit, ainsi que tant d’autres, à orner une cuirasse impériale , comme j’ai remarqué, moi le premier.

Cette Tasse fut trouvée en 1527 a Rome par un soldat de l’armée de Bourbon, dans l’emplacement de la maison de campagne de l’empereur Hadrien, et présentée à P aul III.

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