‹ Le mystagogue guide général du musée royal bourbon dans lequel on trouve la description des antiques récemment fouillés à Pompei, RuvoChapitre 93 sur 136 · GRANDE TASSE EN 8ARDU1NE · texte numérisé non relu

GRANDE TASSE EN 8ARDU1NE

qu’on trouva des épis mûrs dans cet endroit inhabité, ce qu’ils n’auraient pas manqué de rappeler comme une circonstance qui eût été très-agréable à un conquérant qui cherchait dans ces lieux des présages de son opulence future. C’est pourquoi le devin Aristandre de Telmisse pour flatter la vanité du Roi de Macédoine prédisait à la ville naissante une abondance extraordinaire de blés, parce que, faute de plâtre pour circonscrire en forme de lignes l’enceinte des murs, on s’était servi de la farine que les soldats tenaient en provision dans des vases, et qu’ils s’empressèrent euxmêmes d’olfrir. Et que ne nous aurait-on pas rapporté s’ils y avaient trouvé une riche et abondante moisson? Cependant sans jamais perdre de vue les épis représentés dans la lasse, je passe à une autre opinion qui est beaucoup plus vraisemblable, et qui s’accorde mieux avec les autres figures de la composition.

Aujourd’hui la moisson, en Egypte , est suivie des semailles. La récolte des blés appelée el-beiady ou culture d'hiver, parce que les champs ensemencés n’ont pas besoin d’être arrosés, grâce à l’inondation du Nil, fait place aux nouvelles semailles appelées el-keïlï ou elseifi, ou culture d'été. 11 en était de même chez les anciens, car l’agriculture égyptienne est restée stationnaire. On y cultive encore à présent les mêmes plantes dans les mêmes saisons, et selon la même méthode géoponique. Je crois donc que, si la plupart des personnages de cette tasse ont évidemment relation à la moisson déjà faite, le protagoniste s'occupe du labourage, et que tous les symboles qui l’entourent, indiquent les semailles qui, in Egypte,

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suivent immédiatement la moisson. En effet, si l'espèce de poignard qu’Àlexandre tient dans la main gauche était un couteau, comme on pourrait se l’imaginer, je dirais qu’il le porte pour marquer que d’une main il protège l’agriculture de YEgypte, et que de l’autre il montre l’instrument qui en fait la prospérité. Pour soutenir cette opinion je n’aurais qu’à rapporter le Triptolème armé de cuirasse et de casque, qui parcourt la terre pour offrir aux hommes les présens de Cérès ; rappeler la Cérès Chrysaor à qui les Béotiens mirent en main un poignard pour montrer qu’il est difficile de se livrer aux travaux champêtres quand il faut à chaque instant se défendre contre un aggresseur; et citer Xénophon qui prétend que les gerbes donnent aux moissonneurs assez de courage et de force pour se défendre, parce qu’elles sont dans les campagnes, comme dans les jeux, le prix des vainqueurs. Mais l’instrument que tient ici Alexandre n’est point un poignard (1); et le personnage qui le porte n’offre rien de martial. Il n’a ni bouclier, ni casque, ni cuissarts, pas même le baudrier pour soutenir le fourreau de cette arme. De plus, si ce personnage avait dû paraître dans l’attitude d’un combattant, ce serait à coup sûr de la main droite, et non de la gauche qu’il tiendrait son glaive. Or si toute la composition se rapporte à l’agriculture, si le personnage qui tient cette espèce de couteau s’appuie aussi sur le timon de la charrue, je crois reconnaître dans le premier le coutre, d’autant plus que la lame est un peu recourbée comme l’était celle du coutre.

(i) Ce pourrait être aussi une faucille.

grandi: tasse en sardoine

Mais si l’on veut un nouvel argument non moins convainquant que ceux que je viens de rapporter pour prouver ce que j’ai exposé, c’est qu’un tel coutre ne diffère point du couteau, car le coutre, pour la figure qu’il avait du couteau, s’appelait culter , et par la même analogie les anciens appelèrent vomer le style avec lequel ils écrivaient sur les tablettes de cire.ÿtr* gile lui-même, entr’autres instrumens nécessaires au laboureur recommandait avant tout le coutre (1). Selon moi, c’est un instrument semblable que tient aussi la Cérès frugifère que l’on voit sur les monnaies égyptiennes de Démétrius, car il était le symbole du bon labourage et la cause de la fertilité exprimée par la corne d’abondance, riche présent de cette déesse.

Au reste on ne peut assez admirer le talent de l'artiste qui, faute de place pour représenter dans cette précieuse tasse l’extrémité inférieure de la charrue, pourvoit à la clarté du sujet en y plaçant aussi le coutre, qui resté long-temps inactif, fut selon les institutions géoponiques ôté du soc, où il était fixé pour le polir et le rendre plus tranchant, et remis à sa place pour être plus propre à fendre la terre (2).

Tout cela rend plus facile l’explication du sac suspendu au bras gauche de ce noble personnage. Ce sac est le semoir, le <x ipa. crvrepiio^opog que Lysixène, épuisé d’années et de travaux, dédiait à Cérès dans une épigramme grecque, avec le coutre, l’aiguillon, le timon de la charrue et les cordes qui servaient à

(t ) Géorgie. I. 60.

(a) Cette espece de couteau pourrait être le buplex , ou l’instrument pour piquer les boeufs.

l’attelage des bœufs; c’était en un mot les mêmes instrumens rustiques qui accompagnent cette figure. Si nous voyons, ici des épis en gerbes dans le champ, là d’autres épis dans la main de la femme assise sur le Sphinx; si parmi les personnages, l’un tient la charrue, le coutre, et le semoir, d’autres les vases pour faire les libations sacrées et pour conserver les fruits de la récolte et pour symboliser l’abondance de l’année (1); convaincus par tous ces argumens certains, manifestes, et très-évidens, nous dirons sans le moindre doute que le sujet de la représentation, est une fête d’agriculture, et proprement celle que les Grecs appelaient proerosia, o pralarosiae , fête qui précédait le labourage, et qui fut instituée et célébrée à. Alexandrie par son fondateur Âlexandre-le-Grand, à l’imitation de celles où les Grecs remerciaient les divinités champêtres de leur avoir appris l’art de semer le froment après avoir labouré la terre. Chez \es Athéniens, trois de ces fêtes étaient solemnelles, la première au champ de Scyros, la seconde au Rharius , le troisième au Pélys. Ils l’appelaient aussi buzypion, du joug des bœufs attelés à la charrue. Mais ce qui mérite surtout d’être rappelé, c’est que dans ces fêtes on choisissait un personnage qui représentait Buzygès en mémoire de ce qu’il avait le premier appris à atteler des bœufs sous le même joug; aussi avait-il fondé les institutions sacrées du labourage.

(i) On doit observer que dans la pompe d’un des Ptolémées , décrite par Philoxène , un personnage de haute taille, tenant en main une grosse corne, symbolisait l’année, et qu’une gracieuse jeune bile appelée Clino était, représentée une corne à la main, semblable à celle que nous voyons dans les maius d’une des jeunes filles de la tasse.

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