‹ Le mystère chrétien et les mystères antiques [microform]Chapitre 11 sur 27 · LES SAGES GRECS AVANT PLATON A LA LUMIÈRE DE LA SAGESSE MYSTIQUE · texte numérisé non relu

LES SAGES GRECS AVANT PLATON A LA LUMIÈRE DE LA SAGESSE MYSTIQUE

Des faits nombreux nous prouvent que la sagessephilosophique des Grecs ressortaitdu même état d'âme que la sagesse des Mystères. On ne comprend les grands philosophes qu'en les aboruant avec la disposition d'esprit que les Mystères nous ont fait connaître. Avec quel respect Platon parle des u doctrines secrètes »! — « Il semble presque, dit-il, que les ordonnateurs de l'initiation n'étaient rien moins que des gens ordinaires. Depuis longtemps ils nous font savoir que celui qui entre dans l'autre monde, sans être initié et sanctifié, tombe dans la fange, que le purifié et l'initié au contraire y habite avec les Dieux. Car, disent les maîtres de l'initiation, il y a beaucoup

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nalité qui prenait la vie au grand sérieux. II avait le sentiment que les mots ne pouvaient qu'indiquer sa science intime mais non lexprimer. Cela ressort du Ion de sa pensée. Sa maxime « Tout coule )> Tcàvia pu£t, ce qui veut dire u toutes les choses sont dans un tlux perpétuel », ressort de cet esprit. Plutarque l'explique ainsi : « On ne descend pas deux fois dans le même fleuve et on ne touche pas deux fois un être mortel. Par sa violence et sa rapidité, il se disperse et se rejoint, il va et vient de mille manières. » L'homme qui pense ainsi a pénétré la nature des choses périssables. Car il a éprouvé le besoin de caractériser leur essence sous la forme la plus aiguë. On ne peut pas donner une telle caractéristique quand on ne mesure pas l'Éphémère avec TEternel, et en particulier on ne peut pas étendre cette caractéristique à l'homme quand on n'a pas regardé dans son intérieur. Or, Heraclite a étendu cette caractéristique à l'homme. « La vie et la mort, la veille et le sommeil, la jeunesse et la vieillesse sont la même chose. L'un se change en l'autre et l'autre redevient le premier. » Cette sentence exprime l'absolue conviction que notre personnalité inférieure n'estqu'une vaine apparence. 11 le dit plus énergiqueinent encore : « Il y a de la vie et de la mort dans le fait de vivre comme il en y a dans le fait de mou-

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rir. » Cela veut dire qu'au point de vue de l'éphémère seulement la vie a plus de prix que la mort. Mourir c'est périr pour faire place à une vie nouvelle ; mais l'Éternel vit dans cette vie nouvelle comme dans l'ancienne. Le même élément éternel apparaît dans la vie périssable comme dans la mort. Une fois que l'homme a saisi cet élément éternel, il considère la mort et la vie avec la même égalité d'ûme. La vie n'a pour lui une valeur particulière que s'il ne parvient pas à éveiller en lui cet élément éternel. On peut répéter mille fois la maxime : « Tout est dans un flux perpétuel », si on ne la prononce pas dans ce sentiment, elle est vaine. La connaissance de réternel devenir est sans prix pour nous, si elle ne nous élève pas au-dessus de ce devenir. C'est le détachement du désir de vivre qui se jette sur l'éphémère qu'Heraclite a en vue dans cette sentence. Comment pourrions-nous dire de notre vie quotidienne : « Nous sommes » quand, au point de vue de rÉternel, nous savons que « nous sommes et ne sommes pas » (Fragments d'Heraclite, n" 81). « Hadès et Dionysos sont un seul et même Dieu. » Dionysos, le Dieu de la joie de vivre, de la germination et de la croissance, est celui pour lequel on célébraitles fêtes dionysiaques ; pour Heraclite il est le même que Hadès, le Dieu de la destruction et de l'anéantissement.

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Celui qui voit la mort dans la vie et la vie dans la mort, celui-là seul voit sous leur vrai jour les défauts et les avantages de l'existence. Alors les défauts eux-mêmes se justifient, car PÉternel vit aussi en eux. Ils sont autre chose à ce point de vue qu'au point de vue de la vie inférieure. » « L'accomplissement de leurs désirs ne serait pas un bonheur pour les hommes. La maladie rend la santé douce et bonne, la faim fait apprécier la nourriture et le travail le repos. » — « La mer est l'eau la plus pure et la plus impure ; elle est potable et salutaire aux poissons, impotable et pernicieuse aux hommes. » Ce qu'Heraclite veut démontrer en première ligne, ce n'est pas la fragilité des choses terrestres, mais la splendeur et la majesté de l'Eternel . Heraclite s'est permis des propos violents contre Homère et Hésiode. Il leur en veut de leur manière de penser qui ne s'attache qu'aux choses périssables. D'autre part, une science qui ne s'occupe que des lois du devenir et de la mort ne lui paraissait pas la science suprême. Pour lui, un Etre Eternel parle à travers les choses périssables. Pour désigner cet Etre Eternel, il se sert d'un profond symbole. « L'harmonie du monde revient sur ellemême comme la lyre et comme l'arc. » Que ne peut-on voir dans cette image? Les forces qui se disjoignent en sens opposépour se rejoindre par

une courbe créent l'unité. Les notes diverses se contredisent mais produisent ensemble l'barmonie. Appliquez ce principe au monde de l'esprit et vous aurez cette pensée d'Heraclite : (( Les Immortels sont mortels, et les mortels sont Immortels. Les premiers vivent la mort des hommes; les autres meurent la vie des Dieux »

Faute originelle, la faute-mère de Tliomme est de s'attacher aux choses périssables avec sa connaissance. Par là la vie devient un danger. Ce qui advient à l'homme lui arrive par la vie. Mais ces événements perdent leur aiguillon s'il n'attache plus à la vie une valeur absolue. Alors il retrouve son innocence comme si du soidisant sérieux de la vie il pouvait revenir à l'insouciance de l'enfant. L'adulte prend au sérieux une foule de choses qui servent de jouet à l'enfant. Considérées du point de vue de l'Eternité, des valeurs importantes perdent leur valeur. Voilà pourquoi Heraclite appelle l'Eternel « un enfant qui joue » et l'Éternité « le règne d'un enfant ». En quoi consiste la faute originelle? A prendre au grand sérieux ce qui ne mérite pas d'être pris ainsi. Dieu s'est déversé dans l'univers. Celui qui accepte les choses sans y trouver Dieu, prend « les tombeaux de Dieu » pour Dieu lui-même. Pour être sage, il

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devrait jouer avec les choses comme l'enfant; et employer son sérieux à en faire sortir le Dieu ensorcelé qui y sommeille.

La contemplation de T Eternel brûle et consume ridée illusoire que l'homme se fait vulgairement des choses. L'esprit dissout les pensées qui viennent des sens, il les fait fondre. Il est un feu dévorant. Tel est la signification transcendante de cette pensée d'Heraclite, qui fait du Feu la substance primordiale de toute chose. Sans doute il faut prendre cette pensée tout d'abord comme une explication physique des phénomènes de l'univers. Mais personne ne comprend Heraclite qui ne pense pas de lui ce que Philon, vivant aux premiers temps du christianisme, pensait dès lors de la Bible. « Il y a des gens, dit-il, qui ne prennent les lois écrites que pour des symboles de doctrines spirituelles, qui recherchent soigneusement ces symboles et méprisent les lois elles-mêmes. Je ne puis que blûmer ces personnes, car elles devraient songer aux deux choses : à la connaissance du sens caché et à l'observance du sens apparent. » Discuter la question de savoir si Heraclite a entendu par « le Feu » le feu physique, ou si « le Feu » n'était pour lui qu'un symbole de l'Esprit éternel, qui dissout et recompose toute chose, c'est dénaturer sa pensée. Il a voulu dire ces deux choses

et aucune des deux. Car pour lui TEsprit universel vivait aussi bien dans le feu ordinaire que dans le cerveau de riioinme. Et la force, qui agit dans le feu comme force physique, agit sur un plan supérieur dans l'âme humaine qui fond dans ses creusets la fragile sagesse des sens pour en tirer la conscience de rEternel.

Heraclite est un des philosophes qu'on peut méconnaître le plus facilement. Il fait du « Combat », ttoXeuloç, le père des choses. Or, le Combat est bien le père des choses, mais non le père de rEternel. S'il n'y avait pas de contradictions dans le monde, si les intérêts les plus divers n'y entraient pas en lutte, le monde du devenir et des choses n'existerait pas. Mais ce qui se manifeste dans cette lutte, ce qui la rythme et l'enveloppe, ce n'est pas le Combat, c'est l'Harmonie. Justement parce que la guerre est dans les choses, l'esprit du sage doit y passer comme le feu et les changer en harmonie.

De ce point rayonne une des grandes pensées de la sagesse d'Heraclite. Qu'est-ce que l'homme comme être personnel ? C'est par le développement de cette idée qu'Heraclite répond à cette question. L'homme est formé des éléments contraires dans lesquels la divinité s'est déversée. Ainsi il se trouve et découvre en lui-même l'esprit qui a sa racine dans l'Eternel. Cet esprit naît

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de la lutte des éléments entre eux. Mais cet esprit doit aussi calmer les éléments. Dans l'homme la nature créatrice se dépasse elle-même. C'est la force universelle qui a engendré la lutte et le mélange — et qui doit maintenant apaiser cette lutte par sa sagesse. Nous touchons ici du doigt la grande dualité qui vit dans l'homme, le déchirement de son âme entre le Temporel et l'Éternel. Par l'Éternel il est devenu quelque chose de tout à fait déterminé ; de cet être déterminé,il doit créer un être supérieur. Il est dépendant et indépendant. Il ne peut prendre part à l'Esprit éternel qu'il contemple que dans la mesure du mélange que cet Esprit a créé en lui. Et c'est précisément pour cela qu'il est appelé à former de rEternel avec du Temporel, L'esprit agit en lui, mais il agit d'une certaine façon. Il agit par le Temporel. Qu'une chose périssable puisse agir comme une chose éternelle, qu'elle s'accroisse et se dynamise jusqu'à devenir une puissance indestructible, voilà le trait particulier de Tàme humaine. Cela fait qu'elle ressemble à la fois à un Dieu et à un ver de terre. Par là l'homme tient le milieu entre Dieu et l'animal. Cette force de croissance et de puissance grandissante est son élément démonien \

1. J'emploie le mot de démonien au lieu du mot démoniaque pour lui rendre le sens noble et hautain qu'il avait

(( Le Démon de l'homme est sa destinée », telle est la définition frappante qu'Heraclite donne de l'élément dcmonien. Pour lui l'essence vitale de riiomme dépasse de beaucoup sa personnalité. L'homme est le porteur de son démon, et ce démon n'est [)as enfermé dans les limites de sa personnalité. Pour lui la naissance et la mort de la personnalité humaine n'a pas d'importance.

Quel est donc le rapport entre cet élément démonien qui dure et l'élément personnel qui naît et qui périt? La personnalité humaine n'est qu'une forme passagère, une manifestation partielle du démon qui l'adombre et l'illumine. Celui qui a reconnu son démon commence à regarder au-delà de lui-même^ en arrière et en avant. L'expérience des choses démoniennes qu'il a vécues lui prouve sa propre éternité. A ce démon, à cette Ame divine il ne peut plus attribuer la seule fonction de remplir sa personnalité terrestre. Car cette personnalité n'est

dans riniliation helléni((ue. Le péjoratif démoniaque a pris avec l'Église romaine le sens «l'espril inférieur et d'esprit du mal, tandis que le terme DaïniOn avait pour le Grec le sens d'un esprit supérieur, d'un génie divin et bienfaisant. C'est parce (lue l'Église a supprimé linitiation à partir du quatrième siècle (jumelle a terni le sens du mot Daïmôn et calomnié l'initiation grecque. L'honuiie ne devait plus faire son salut que par l'Église et du moment qu'il le cherchait à travers son propre génie, celui-ci était taxé d'infernal.

Note du traducteur.

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qu'une des formes sous lesquelles ce démon se montre au jour. Le démon ne peut pas s'enfermer dans une seule personnalité ; il a la force d'en animer beaucoup. Il est capable de se mouvoir de personnalité en personnalité. La grande pensée delà métempsycose sort d'elle-même des prémices

d'Heraclite. Et ce n'est pas seulement la pensée, c'est [expérience de cette migration d'âme qui en jaillit. La pensée ne fait que préparer lexpérience. Celui qui découvre l'élément démonien dans son être, ne le trouve pas comme une chose innocente, comme une feuille blanche. Il le trouve doué de propriétés. D'où lui viennontelles? Pourquoi ces facultés? Parce que d'autres ont déjà travaillé à mon démon. Et que devient le travail que j'accomplis sur mon démon, du moment que son rôle ne finit pas avec ma personnalité ? Je travaille pour une personnalité future. Entre moi et le principe universel s'interpose quelque chose qui me dépasse ; mais qui n'est pas encore de même nature que la divinité. C'est mon démon qui se place entre elle et moi. Mon Aujourd'hui n'est que le produit de mon

Hier ; mon Demain sera le produit de mon Aujourd'hui , ainsi ma vie est le fruit d'une vie précédente et sera la semence d'une vie future. De même que l'homme voit de nombreux jours vécus derrière lui et de nombreux jours à vivre

devant sa route, ainsi Tî^nie du sage aperçoit de nombreuses vies dans son passé et de nombreuses vies dans son avenir. Les pensées, les aptitudes que j'ai acquises hier, je m'en sers aujourd'hui. N'en est-il pas ainsi dans la vie? Les hommes n'entrent-ils pas avec les facultés les plus diverses dans l'horizon de l'existence? D'où vient cette diversité? Vient-elle du néant?

Nos sciences naturelles se vantent hautement d'avoir chassé la notion du miracle du domaine de la vie organique. David Frédéric Strauss (dans son livre sur la Vieille el la Nouvelle Foi) considère comme une grande conquête des temps nouveaux que nous ne nous figurions plus un être complètement organisé comme un miracle sorti du néant. Nous comprenons la perfection quand nous pouvons l'expliquer comme un développement de l'imparfait. La structure du singe n'est plus un miracle, si nous considérons comme ses ancêtres les poissons primitifs dont il est graduellement sorti. Prenons donc l'habitude d'admettre comme naturel dans le domaine de l'esprit ce que nous trouvons légitime dans le domaine de la nature. Faut-il qu'un esprit parfait ait la même origine qu'un esprit imparfait? Les conditions du génie d'un Gœthe seront-elles les mêmes que cellesd'un Hottentot? Les antécédents d'un singe ressemblent aussi

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peu à ceux d un poisson que les antécédents de Tesprit de Gœthe à celui d'un sauvage. La lignée des ancêtres de l'esprit de Gœthe est plus longue que celle de l'esprit d'un sauvage . Que l'on considère en ce sens la doctrine de la migration des âmes et l'on n'y verra plus rien d'anti-scientifique. Au contraire, on y trouvera la raison des inclinations particulières, et des facultés de chaque àme. On n'acceptera plus la donnée de chaque individualité comme un miracle. Si je sais écrire, je le dois au fait de ravoir appris. Celui qui n'a jamais tenu une plume en main ne peut pas se mettre à écrire d'un moment à l'autre. Mais on admet implicitement qu'un homme venu au monde avec « un coup d'œil génial » le doit à un miracle. Eh bien non, ce « coup d'œil génial » doit être lui aussi une acquisition : il faut qu'il ait été appris. Lorsqu'il apparaît dans une personnalité, nous l'appelons un don du ciel ou « l'éclair du démon qui jaillit de Thomme ». Mais ce démon lui aussi a été à l'école. Il s'est acquis dans une vie précédente le pouvoir qu'il met en œuvre dans

celle-ci.

C'est sous cette forme et sous cette forme seulement que Heraclite et d'autres sages grecs concevaient la pensée de Téternité. Il n'était pas question chez eux d'une continuation de la

110 LE MYST^.RE CHRÉTIEN El* LES MVsjTERKS ANTIQUES

personnalité terrestre après la mort. Ou'on relise 5 cet égard certains vers d'Empédocle (490-430 avant Jésus-Christ.) Il dit de ceux qui n'acceptent les données de l'expérience que comme des miracles :

Ce sont des insensés, car leurs pensées ne vont pas loin Ceux qui croient que ce qui n'a pas été peut devenir, Ou que quelque chose peut mourir et disparaître entiè-

[reinent.

Aucune existence ne peut sortir du Xon-Ètre ; Il est impossible aussi que ce qui est i)érisse tout à lait ; Car où qu'on le relègue, il sera là.

Celui qui a compris cela ne croira jamais Que les hommes ne vivent que pendant ce qu'on appelle

[leur vie Et n'éprouvent qu'alors peines et joies, Qu'ils n'aient pas été avant leur naissance et ne seront

[pas après leur mort.

La question de savoir si Hiomme renferme une essence éternelle n'était même pas posée par le sage grec, mais celle seulement de savoir en quoi consiste cet élément éternel et comment l'hoinme peut l'enclore et le cultiver en lui. Car il était évident pour lui dès l'abord que riiomme est un intermédiaire entre le terrestre et le divin. II n'était pas question d'un divin en dehors et au-delà du monde. Le Divin vit dans Thomme ; il y vit d'une façon humaine. II est la lorce qui

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pousse l'homme à se rendre de plus en plus divin. Celui-là seul qui pense ainsi peut dire comme Empédocle :

Si quittant le corps tu t'élances vers le libre éther, Tu deviendras un Dieu immortel, échapi)ant à la mort.

Oue peut-on faire à ce point de vue pour une vie humaine ? On peut l'introduire dans le cercle magique de rÉternel. Car, dans ce cercle, il y a des forces que la simple vie naturelle ne développe pas. Et cette vie pourrait passer inutile, si ces forces demeuraient inemployées. En ouvrir la source; rapprocher par là l'homme du divin ; telle était la tâche des Mystères. Telle était aussi la tâche des sages grecs. Ce point de vue nous fait comprendre la déclaration de Platon : « Celui qui descend aux enfers ' sans avoir été initié et sanctifié s'enlise dans la fange, mais l'homme pur et initié échappe à la mort et habite avec les Dieux. » Il s'agit ici d'une pensée d'immortalité dont la signification rentre dans l'édifice de l'univers. Tout ce qu'entreprend Thomme

1. Pour le sage grec coinnie pour liiutiô descendre aux enfers ne voulait pas dire, comme i)Our l'hoinme ordinaire, entrer dans le royaume souterrain du Hadès. Pour eux l'enfer ne signifiait pas un lieu mais un étal de l'àme après la mort lorsiiu'elle passe du plan physique au plan astral appelé Kania loca ou sphère du désir par les Hindous et quelquefois sphère de la pénélrabililé, ou quatrième dimension, par les occultistes modernes. — Note du Traducteur.

pour éveiller rÉtcrnel en lui, il le fait pour hausser la valeur de lexislence dans le monde. 11 n'est pas un contemplateur oisif de l'univers, mais un centre de connaissance active qui se fait une image de ce qui existerait aussi sans lui. Sa force de connaissance est une puissance supérieure, une force créatrice de la nature. L esprit, qui jaillit par étincelles de sa conscience est le feu divin qui dormait en lui et qui, sans le choc de sa volonté, serait demeuré enseveli attendant un autre exorciseur. Ainsi la personnage humaine ne vit pas en elle-même et pour elle-même, elle vit pour le monde. La vie s'clars-l bien audelà de l'existence individuelle quand on la considère de ce point de vue. U nous fait comprendre cette pensée de Pindare qui nous ouvre une échappée sur l'Éternel : « Bienheureux qui a vu les Mystères et descend ensuite sous la terre creuse. U connaît la fin de la vie, il connaît son commencement annoncé par Zeus. »

On comprend l'attitude hautaine et la vie solitaire des sages comme Heraclite. Ils pouvaient affirmer fièrement deux-mêmes que beaucoup de choses leur avaient été révélées, car ils n at ribuaientpas leur connaissanceà leur personnalité terrestre, mais au Daïmôn éternel qui était en eux. Leur orgueil avait pour revers un sceau d'humilité, et leur modestie s'exprime dans ces

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paroles : Toute science des choses périssables est dans un flux perpétuel comme ces choses ellesmêmes. Heraclite appelle l'univers éternel un jeu ; il pourrait l'appeler aussi bien la chose digne du plus grand sérieux. Mais l'emploi du mot '( sérieux » a perdu sa force par son application aux événements terrestres. Au contraire,

la contemplation du jeu, auquel se livre TEternel avec les choses périssables, rend à l'homme la sécurité de la vie qu'il avait perdue en prenant ces choses au sérieux.

Une autre conception de l'univers est sortie des associations mystiques, c'est celle de la communauté pythagoricienne, fondée au sixième siècle avant Jésus-Christ par Pythagore dans l'Italie méridionale. Les Pythagoriciens voyaient dans les nombres et dans les figures géométriques, dont ils étudiaient les lois par les mathématiques, le fond des choses. Aristote dit d'eux dans son histoire de la philosophie : « Ils étudiaient d'abord les mathématiques, et en s'y absorbant tout entiers ils tenaient leurs principes pour les principes de toute chose. Or, comme dans les mathématiques les nombres sont par nature la chose première et qu'ils croyaient voir dans les nombres beaucoup d'analogies avec les choses et leur devenir et des analogies plus réelles qu'avec le feu, la terre et l'eau, ils pre-

naient telle qualité des nombres pour la justice, telle autre pour ràine et pour l'esprit, telle autre encore pour le temps et ainsi pour tout le reste. Ils trouvaient ensuite dans les nombres les propriétés et les rapports de l'harmonie, et ainsi toutes les choses leur semblaient par leur nature une image des nombres et les nombres la première chose de la nature. »

L'examen mathématique et scientifique de la nature ramène forcément à un certain pythagorisme. Quand une corde d'une certaine longueur est touchée, il se produit un certain ton. Si l'on raccourcit la corde de différentes longueurs selon des chiff'res déterminés, des tons nouveaux se produiront. On peut exprimer en chiff'res la hauteur des tons. La physique exprime aussi les rapports des couleurs par des nombres. Quand deux corps se combinent en un seul, une certaine quantité de 1 un se combine toujours dans la même proportion avec une certaine quantité de l'autre. Le sens observateur des Pythagoriciens était dirigé sur ces lois de la Mesure et du Nombre qui sont dans la nature. Les figures géométriques jouent un rôle analogue dans la nature. L'astronomie par exemple est une mathématique appliquée aux corps célestes. Un fait avait pris une importance capitale pour l'imagination contemplative des Pythagoriciens. Voici ce fait

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capital. L'homme perçoit, à lui tout seul et par ces opérations purement intellectuelles, les lois des nombres et des figures. Lorsqu'il regarde ensuite la nature, il constate que les choses obéissent à ces lois qu'il a établies en lui-même selon les principes de son esprit. L'homme conçoit en lui-même l'idée de l'ellipse ; il en établit les lois. Et les corps célestes se meuvent dans le sens de ces lois déduites de sa raison. Il s'en suit rigoureusement que les opérations de l'âme humaine ne sont pas des fonctions diff'érentes de celles du monde extérieur, mais que Tordre éternel du monde s'exprime dans ces opérations. Le Pythagoricien se disait : Les sens montrent à l'homme les phénomènes physiques, mais ils ne lui montrent pas l'ordre harmonieux que suivent ces choses. Cet ordre harmonieux, l'esprit humain doit le trouver en lui-même avant de le retrouver dans le monde extérieur. Le sens profond du monde, ce qui le régit, sa loi éternelle et nécessaire, voilà ce qui apparaît dans l'âme humaine et ce qui devient en elle une réalité présente. C'est dans rame que se révèle le sens de V univers. Ce sens ne réside pas dans ce que nous voyons, entendons et tou-

ch

ons, mais dans ce que l'âme tire de ses

arcanes immuabl

pour le mettre à la lumière Les règles es sont donc cachées dans les profon-

deurs de l'âme. Qu'on descende dans l'âme : on y trouvera rÉterncI, Dieu et l'harmonie du monde. L'élément animique ne se borne pas a a substance corporelle qui est enfermée .lans la peau. Car ce qu'entante l'âme repliée sur ellemême, ce ne sont rien moins que les lois d après lesquelles les mondes tournent dans les espaces céiestes.L'âmenerésidepasdansla personnalité.

La personnalité n'est qu'un organe pour 1 expression de ce ciui se passe dans les espaces célestes. Il V a comme un reflet de l'esprit de Pythagore da;is ce qu'a dit un Père de l'Église, Grégoire de Nisse « On dit que la nature humaine est quelque chose détroit et de limité, tandis que Dieu est infini et l'on ajoute comment l'infiniment petit cmbràsserail-il l'infiniment grand? Maisqui oserait prétendre que l'infini de la divinité est contenu dans l'étroite enceinte de la chair. Car la nature spirituelle de l'homme nesl pas enfermée dans les limites étroites de son corps. 11 est vrai que la masse du corps est limitée par les corps voisins, mais l'âme s'étend librement dans tout l'univers par les mouvements de la pensée. »

L'âme n'est pas la personnalité, l'âme appartient à l'infini. A ce point de vue, les Pythagoriciens devaient tenir pour insensés ceux qui s'imaginent que la force animique s'épuise avec la personnalité.

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Pour les Pythagoriciens comme pour Heraclite le point essentiel était le réveil de l'Eternel dans l'âme. Plus Thomme avait fait sortir TEternel de lui-môme et plus il devait leur sembler grand. Le but de leur communauté était de développer le commerce de l'âme avec Tinfini. L'éducation pythagoricienne consistait à conduire ses adeptes à cette communion. Cette éducation était donc une initiation philosophique, et les Pythagoriciens eurent bien le droit de dire que par leur mode de vie ils aspiraient au même but que les cultes des Mystères.

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