IL -Les deux traditions occultes
..KT Orient et en Occident.
L'initiation en Urieni
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T'"" r' ; ici le lu de dire quelques mots sur S;e^Ti;;àleaeceUesocié..C^^^^
aispLsable pour -^^t^, J^Stein^r et r -Sof-trr::; indépendante qu'il y
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nirn Fondée par une Russe, Mme Hélène Blavalzki et par un Américain, le colonel Olcolt, actuellement présidée par une Anglaise il ustre, Mme Annie Besanl, qui lui apporta 1 intégrité de sa vie, la noblesse de son caractère et 1 élévation de son esprit, la Société Ihéosoph.que se proposa dès l'origine d'étudier impartialement les philosophies orientales et toutes les sciences occultes. Convaincue que le rapprochement entre la science et la religion est un des besoins essentiels de notre époque, quil doit s'opérer dans toutes les confessions et chez tous les peuples, elle se proposa d'établir un lien entre les âmes pensantes et les esprits religieux de toutes les nations. Rien de plus beau que sa devise : « H n'y a pas de plus haute Religion que la Vérité. - Rien de plus large que ses s atuts. Elle ne demande à ses membres d autre profession de loi que l'adhésion à la fraternité humaine, persuadée que l'affirmation e surtout la pratique de ce sonlimenl supposent la recon-
1. La Sociélé lUéosophl„uo est -J-'-;;'-; ^^ dans le .non.l.- entier et comp.e envnon ^^^O" ^^•«m branches et une vin.'taine de .'■«;"«-. ^"^f^î.^.-e à ,-,n,le. „ui .0 recrute surtout parnu les ""î^ou^. ^^^^ «^ 4.000 u,euvl.ros. LAn>éri,,ue du Nurd eu a 2..00, \^^ ISOO l'MlemaiçneitOO.La revue theosophuiue "••H;»'^<''' /:!; «el est airi.ee avec talent P^^e co.n^anaa.d^D. A Gourmes. La section française de la S. T. es P'«»'^* P , M. Charles Blech. Une série d'»l«;essanles confe. ences
ont été faites en été 1«07 par Mme ^^^-''^^ff^l^^'^^jf^;;. ' docteur Rudolf Steiner au siège général de la Société, U3 de la Bourdonnais, 59, à Pans.
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naissance et la mise en action d'un principe divin commun à tous les hommes.
Le principe de liberté et le principe d'universalité dans la Science comme dans la Religion, tels furent, tels sont encore le drapeau et la devise de la Société tliéosophique, et certes il n'en est pas de meilleurs pour réveiller la conscience de rOrient comme celle de lOccident et les rapprocher dans un même esprit. Il est visible d'autre part que, malgré son programme, la Société théosophique a conservé jusqu'à ce jour une couleur prononcée d'orientalisme et d'hindouisme, accentuée et maintenue par le fait que son quartier général et son centre directeur se trouve en Inde, à Adyar près de Madras. Tel fut d'ailleurs son caractère primitif et comme son sceau originel, grâce aux deux ouvrages principaux, qui lui ont imprimé sa direction et qui font autorité pour la plupart de ses membres, je veux dire : le Bouddhisme ésoiérique de M. Sinnett e4 la Doctrine secrète de Mme Blavatzki. Ces deux ouvrages, inspirés par d'éminents maîtres hindous, contiennent de profondes et capitales vérités. L'effet de ces livres devait être d'autant plus grand, que ces vérités jusqu'alors tenues secrètes par les maîtres de la science occulte, tant en Orient qu'en Occident, y furent divulguées pour la première fois. Mais il faut ajouter que ces vérités y apparaissent déformées, chez M. Sinnett par un intellectualisme philoso-
LES DEUX TRADITIONS OCCULTES
rhommc sur l'évolution planétaire et sur la l nomme, »ui i:i,,o t^mci moms
cosmosïonic ésotérique n en consl.tuc pas moins
TL^or des plus précieux su.^^^^^^^^^^^^ sait les remettre au point avec les ciels ^ oui La Société théosophique est devenue ainsi un
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parle à l'Occident et agit sur lu. - Ln H^e^d
rcltc initiative hardie, que devait fane 1 csote
si occidental, qui a lui aussi sa Irad.t.on se
maîtres et ses lois? Dcvail-.l se ta re ou pa.le. maures Cl ^^.j^^. ^^mment
i:i-i l'iairèl Cette question l'ut discut^,, à
":r ^ Lr sSX r Ues -ntrera dans quel sens elle fut résolue.
Quand Rudolf Sleiner vint à Bcrhn il y trotaune hranche de la Société U.éosophique
La branche allemande de -^'^ l^'!^XZnà'Z iours remarquer par une grande indépendance iequi est naturel dans un pays de P^'losoph e ranscendante et de critique mét.cu euse^ El avait déjà fourni un apport considérable a la mttturl occultiste avec l^intér--^^^^^^^^^^^ dique le Sphinx, dirigé par Hubbe Schleiden
INTRODUCTION
le livre du docteur Karl du Prel Philosophie der Mijslik. Mais, les chefs s'étant retirés, le groupe ne battait plus que d'une aile. De grosses discussions et de petites querelles de ménage divisaient les théosophes d^outre-Rliin. Rudolf Steiner devait-il entrer dans la Société théosophique ? Cette question se posait impérieusement, et elle était pour lui comme pour sa cause de la plus
haute gravité.
Par son premier maître, par la confrérie à laquelle il s'est associé ct)mme par sa plus intime nature, Steiner appartient à une autre école d'occultisme, je veux dire à Tésotérisme chrétienoccidental et plus spécialement à l'initiation rosicrucienne. — [établissons ici la fdiation de cette doctrine et de cette tradition dans ses traits les plus généraux. Car l'écrire en détail ne serait rien moins que faire l'histoire de résotérisme chrétien, lequel esta l'histoire officielle de l'Église ce que les coulisses d'un théAtre sont à la pièce qui se joue devant le public.
L'ésotérisme chrétien a toujours existé, quoique l'Église de Rome nait jamais consenti h le reconnaître.
Si Ton voulait remonter à sa source, il faudrait voir son premier représentant dans l'apôtre Jean, « le disciple^que Jésus aimait», l'inspirateur du
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plus ésotérique et du plus profond des évangiles. Mais la tradition ésotérique chrétienne proprement dite se rattache directement et d une manière ininterrompue au fameux et mystérieux Manès, fondateur du Manichéisme, qui vécut au fle|quatrième siècle, sur les bords de l'Euphrate,
en Perse. .
Manès est un de ces précurseurs qui paraissent dans l'histoire des vaincus, mais dont linfluence profonde devient un ferment de l'avemr On sait que saint Augustin avait été un manichéen fervent avant d'être gagné à lEglise régnante par saint Ambroise et qu'il devint le plus redoutable ennemi de la secte manichéenne après sa conversion. L'Église postérieure a cherché à effacer jusqu'aux traces de Manès. Elle a détruit ses écrits et défiguré sa doctrine. On ne la connaît que par les réfutations de ses détracteurs '. N importe, on en sait assez pour deviner l'essence de sa pensée et le caractère incisif de cette forte personnalité. Élève des mages persans, il devint chrétien par ses méditations et ses inspirations personnelles. La doctrine qu'il enseigna a ses disciples différait sur trois points de la doctrine officielle de l'Église : i° Jésus était pour lui comme pour elle le centre de la révélation, mais Manès concevait autrement les rapports du prophète de Nazareth avec la divinité ou, pour
1. Voir niisloire du Manichéisme, par Beausobre, Amsterdam, 1734.
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mieux dire, avec le Christ, Tarcane du Verbe planétaire, dont le maître Jésus n'était selon lui que l'organe et Tinterprcte; 2"* il croyait à la réincarnation et aux nombreuses existences ascendantes de Tome humaine ; 3^ enfin ce qu'on appelle « le mal » n'était pas à ses yeux une chose absohie qu'il faut détruire, mais une force déviée qu'il faut remettre dans sa voie, un ingrédient nécessaire dans l'économie générale du monde, un stimulant de sa marche, un ferment de l'évolution universelle.
Certes ces idées étaient trop avancées pour être comprises de la foule et même des évéques du quatrième siècle. Il fallait à TEglise, pour vaincre la décadence latine et s'imposer aux barbares, des idées ])lus simplistes. Au principe de l'initiation individuelle et du contrôle de la raison, que Manès maintenait avec TOrient et la Grèce en matière religieuse, saint Augustin substitua le principe de la tradition non contrôlée et du Credo quia absurdiim, dogme qui devait faire de la foi un bandeau pour l'intelligence et un bâillon pour la liberté, contrairement à la parole de saint Paul : « Nous sommes libres par le Christ. » En un mot, à partir de saint Augustin, l'Eglise confisqua et supprima l'initiation, seul fmoven de la vraie connaissance, pour y substituer le dogme de la foi aveugle, au profit de son autorité absolue et arbitraire.
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Manès, condamné par une sorte de concile chrétien, fut mis à mort on ne sait trop par qui. La tradition ecclésiastique prétend que ce fut par le roi de Perse. Mais il avait eu le temps de former des disciples et de les envoyer en Palestine, en Grèce, en Italie, en Afrique, en Gaule, même en Scythie et sur le Danube. Sa doctrine se propagea par tradition orale pendant les siècles qui suivirent, souvent affaiblie, mais renaissant toujours sous des formes et des noms nouveaux. Les Catharres de Hongrie et ceux de Provence persécutés et massacrés sous le nom d'Albigeois, les Templiers impitoyablement exterminés par Philippe le Bel et le pape Clément V possédèrent des fragments de la doctrine. Mais ceux qui conservèrent et développèrent la tradition chrétienne sous sa forme la plus pure furent les frères de Saint-Jean de Jérusalem, qui se propagèrent dans toute l'Europe. Elle se perpétua chez eux dans le plus grand secret, à Tombre des cloîtres, par une méthode de méditation et d'initiation basée sur le quatrième évangile ^. Ils avaient pour règle de joindre la
1. Les grands mystiques et les grands penseurs ont toujours considéré l'évangile de Jean comme le plus profond des quatre et comme celui qui contient l'arcane du christianisme. Parmi ces penseurs il faut compter Goethe. Dans les dernières années de sa vie, le chanceher MuUer vint lui dire un jour : « Grande nouvelle I Les théologiens de Tubingue viennent de découvrir que l'évangile de saint Jean n'est pas authentique. — (Ju'est-ce qui est authentique ? s'écria le patriarche de Weimar en redressant son front olympien, et ses
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ferveur du sentiment religieux à la méditation et pour but d'amener le règne de Dieu sur la terre
par l'Amour.
Au quinzième siècle, l'ésotérisme chrétien, toujours inspiré de la même tradition , prit un caractère laïque et scientifique sous l'influence de la Kabbale et de Talchimie, qui vinrent jeter des ferments nouveaux dans l'esprit occidental desséché par l'abus de la scolastique. Ce fut alors qu'un certain Christian Rosenkreutz se rendit en Egypte et en Inde pour chercher une synthèse entre l'initiation orientale et occidentale. Le résultat de ce travail fut la fondation de l'ordre des Rosecroix, qui devait conserver sévèrement et dans le plus profond secret les vérités spirituelles de la science occulte jusqu'au temps où la science officielle aurait découvert, par sa méthode qui est l'observation physique : !« l'unité matérielle de l'univers ;2« l'évolution organique ; 3" les états de conscience supérieurs à l'état de veille. Tel fut le testament de Christian Rosenkreutz laissé à ses disciples. — Or, ces trois vérités, dont les vrais initiés eurent toujours conscience par intuition spirituelle, ne devaient
grands yeux bruns flamboyèrent. Qu'est-ce qui est authentique"^ C'est ce qui est éternellement beau et vrai ! » L évangile de saint Jean préoccupe actuellement un certam nombre de penseurs catholiques qui aspirent à une interprétation plus libre des textes. On lira avec intérêt, à cet égard a traduction avec commentaire du quatrième évangile par Alta (Chacornac, 1907). Cet ouvrage est écrit dans un sens largement libéral et souvent ésolérique.
être prouvées scientifiquement que quatre siècles plus tard. A savoir : i"* Tunité matérielle de l'univers — par l'analyse spectrale ; 2" l'évolution organique — par la transformation des espèces selon
Darwin et Hœckel ; S** les états de la conscience humaine différents de l'état ordinaire — par l'hypnotisme et la suggestion. — C'est à ce moment aussi, c'est-à-dire depuis une vingtaine d'années que les vérités centrales de la science occulte, c'est-à-dire l'évolution planétaire, la doctrine de la réincarnation et l'unité des religions ont été divulguées.
En attendant, la pensée rosicrucienne, gardant sa réserve, rayonna dans le monde au seizième siècle par une série de personnalités remarquables, telles que le Kabbaliste Henri Kunrath, auteur du curieux livre Amphilheatrum sapientiœ aeternœ, le prêtre mystique Eckehardt, le cordonnier théosophe Jacob Bochm, le médecin alchimiste Paracelse et l'occultiste espagnol Raymond Lulle. Un certain- nombre d'idées rosicruciennes ont passé dans la franc-maçonnerie du dix-huitième siècle, mais toujours déformées et travesties. Elles exercèrent cependant une heureuse influence sur une foule de hauts esprits. Parmi eux il faut citer, au premier rang, le plus grand poète de rAllemagne. Goethe reçut, dans sa première jeunesse, une initiation rosicrucienne, dont on trouve les traces dans ses mémoires (Vérité et Fiction). Ce fut entre
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son séiour à Leipzig et son séjour à Strasbourg, ' oar riXmcdiairr de Mlle de Klettenberg < . S te inilialion devait féconder son vaste geme tt s ter la lumière de sa vie. Son œuvre se-nt. fique en est pleine et sa poésie eu debord • Les idées ésotériques regorgent dans son Fausljm commence par invoquer le —-^-^^^ \l microcosme, l'Esprit de l'Umvers et » L^P"^ ^^ la Terre et se termine par la victoire du bien ^/^mal sous l'apothéose derEie™el Fe— Sa théorie des couleurs, sa métamorphose des plais et sa découverte de rosinlermax.na.e chez l'homme ressorlent du >«ême ordre didces On en trouve la marque plus P-^-u 'ère dans un petit poème de son recueil lyrique intitule Les Wts .. {Die Geheimnisse), poème qui est ': uil "ne énigme pour tous ses commenta turs mais dont le symbolisme dev.eii d une transparence lumineuse pour qui c -n ;drosicrucienne. Le frcrc Maicus, a ic i de la Vérité, arrive vers le soir à l'entrée d un couvlnt, cadié dans une vallée verdoyante, a Tbn d'une haute montagne. Au-dessus de la porte d'entrée, le voyageur aperçoit le symbole
îosicrucien, la Croix «"S-'-^'î^^^./^^,^;;':;
c'est-à-dire la Science éternelle fécondée par
■Amour. Sous l'étreinte des fleurs amoureuses
une lumière incandescente jaillit en trois rayons
1. voir la fm du huitième chapitre de Vaulobiographle de Goethe {W^ahrheit und Dichlung).
LES DEUX TR.\DITIONS OCCULTES
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du centre de la Croix, que des nuages brillants entraînent vers le ciel. Les douze religieux du couvent, qui reçoivent le voyageur, et dont chacun occupe dans la salle du chapitre un siège surmonté d'une autre enseigne, représentent douze religions différentes. Le treizième siège vide appartient au Maître absent, qui les inspire tous. Son nom esi Humanus et signifie la Science occulte, la Sagesse éternelle. Les beaux jeunes gens qui partent à l'aurore sont ses messagers.
En sa qualité de Rosecroix, Rudolf Steiner sentait profondément la différence entre les pratiques de l'initiation occidentale, qui estla sienne, et celles de Tinitiation orientale qui a été le principe et l'origine de la Société Théosophique. Cette différence ne consiste pas dans une vue diverse de l'univers et de son évolution, mais dans une autre attitude en face du monde et de la vie et dans une autre méthode d'entraînement.
Le docteur Steiner a défini lui-même l'attitude de l'occultiste occidental en face de la réalité et de la vie. Elle est diamétralement opposée à celle du bouddhisme orthodoxe. « On a prétendu, disait-il dans unedesesplus remarquables conférences, que la théosophie tendait à établir
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certains dogmes et qu'elle poursuivait Tannihilation du corps par rascëtisme. On a répandu cette idée que la réalité était une illusion et devait être vaincue. Ce sont là plus que des exagérations, ce sont des erreurs théoriques, contredites par la science et par la pratique du véritable occultisme. Bien plus juste est l'image grecque qui compare Tàme à une abeille. De même que l'abeille sort de la ruche et butine le suc des fleurs pour le distiller et en composer son miel, de même l'àme, issue de Dieu, pénètre dans la réalité et en rassemble le suc pour le rapporter au foyer de l'Esprit. Il ne s'agit pas, dans l'occultisme, de mépriser la réalité mais de la comprendre et de l'utiliser. Le corps n'est pas le vêtement mais l'instrument de l'esprit. La science occulte n'est pas la science qui supprime le corps, mais la science qui apprend à s'en servir pour des fins supérieures. Celui qui regarde un aimant en aurait-ilcompris la nature s'il disait que c'est un morceau de fer en forme de fer à cheval ? Non ; mais celui-là l'aura comprise qui dira que c'est un morceau de fer, qui renferme la puissance d'attirer à lui d'autres morceaux de fer. De même que l'aimant, la réalité est toute saturée d'une réalité supérieure que l'ame doit pénétrer pour la dominer. »
J'en viens à la difl'érence de l'initiation orientale, qui procède de l'Inde, et de l'initiation occidentale, qui procède de Jésus-Christ.
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Dans les temples de l'Inde, de TÉgypte et de la Grèce, après une longue préparation, le myste était plongé par son maître dans un sommeil léthargique, durant en général trois jours et trois nuits. Dans une telle léthargie, Tâme, c'est-à-dire le moi conscient, se sépare temporairement de son corps physique, accompagnée de son corps éthérique (celui qui contient le fluide vital) et de son enveloppe rayonnante (ou corps astral). Or, l'impressionnabilité du corps éthérique, séparé du corps matériel, est bien plus grande que lorsqu'il est absorbé et protégé par lui. L'ame du myste, ayant été ainsi extraite et isolée de son corps physique, l'initiateur lui imprimait avec force sa sagesse et sa pensée sous formes d'images, qui demeuraient en lui jusqu'à la fin de sa vie comme l'empreinte indélébile du maître K Lorsque le disciple s'éveillait, il était considéré comme né à nouveau ou comme deux fois né. Il avait acquis en effet une sagesse et la conscience de facultés nouvelles. Mais il demeurait, pour le reste de ses jours, vis-à-vis de son maître dans une dépendance étroite.
L'initiation orientale, l'initiation avant le Christ, est donc une sorte de suggestion à vie.
Le principe de l'initiation occidentale est plus large, plus respectueux de Toriginalité et de la
1. J'ai décrit celte cérémonie et ses elTets psychiques dans le chapitre sur Hermès de mes Grands Initiés.
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liberté individuelles. Son but est le même, c'està-dire l'enfantement de Tâme divine par Tâme humaine, une véritable résurrection à travers une mort temporaire. Mais ici l'initiateur se ^rarde de Timposer, il s'ingénie à Tobtenir par IJeffort personnel du disciple dont il est le guide et qu'il prépare seulement à chercher et à trouver lui-même sa voie. Le maître n'est plus un suggestionneur, mais un éveilleur. Au disciple, qui lui demanderait la science infuse dans une formule ou dans une révélation subite, il répondrait comme maître Janus, dans TAxël de Villiers de l'Isle Adam : Je n instruis pas, Réveille.
Voici comment Rudolf Steiner s'exprimait à ce sujet dans une de ses conférences : « La différence entre l'initiation orientale et l'initiation occidentale consiste en ce que la première se fait à Fétat de sommeil et la seconde à l'état de veille. On évite par conséquent la séparation, toujours dangereuse, du corps éthérique d'avec le corps physique. On évite aussi la sujétion absolue du disciple au maître. Le maître occidental ne veut ni dominer ni convertir mais seulement raconter ce qu'il a vu et dire ce qu'il sait pour l'avoir expérimenté lui-même. Or, il y a trois manières d'écouter : i° Écouter en se soumettant à la parole comme à une autorité infaillible ; 2^ Écouter avec le sens purement critique, en s'opposant à chaque idée comme un adver-
saire ; 3" Écouter simplement, sans foi servile comme sans opposition systématique, en laissant agir les idées sur soi et en observant leurs effets. — Telle doit être l'attitude du disciple devant son maître dans Tinitiation occidentale. Quant à l'initiateur, sa première règle sera que pour être le maître il faut être le serviteur. 11 s'agit pour lui, non de modeler son disciple à son image, mais d'en deviner l'énigme. Il ne veut pas fabriquer une fleur artificielle, mais faire éclore un bourgeon vivant. Quant au dogme, il n'a de valeur que comme principe ^ d'évolution. Toute vérité, qui n'est pas en même temps une force vitale, est une vérité stérile, et toute pensée, qui ne va pas à l'âme parce qu'elle n'est pas imprégnée de sentiment, est une
pensée morte. »
Acesdeuxdifférencesentrel'initiationorientale
et occidentale, qui ont une grande importance pour l'éducation et pour l'action dans la vie, s'en ajoute une troisième non moins sérieuse. Car elle concerne l'avenir de la religion en Occident. Il s'agit du rôle capital attribué par la doctrine ésotérique occidentale à la personne historique de Jésus et au rôle du Christ dans toute l'évolution humaine, rôle complètement négligé par les fondateurs de la Société Théosophique et insuffisamment éclairé par leurs successeurs. J'y reviendrai tout à l'heure.
On peut donc affirmer que si l'occultisme tout
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entier est en opposition avec TÉglise officielle par le principe de l'initiation individuelle, il y a dans Toccultismc lui-même deux courants distincts, qui, sans se combattre ouvertement (car tous les vrais maîtres reconnaissent la nécessité et Tutilité des deux) sont parfois en conflit. Par ses antécédents comme par ses maîtres et ses plus profondes aspirations, Rudolf Sleincr appartient à la tradition occidentale, à l'ésotérisme chrétien. De là ses hésitations. Fallait-il faire cause commune avec les représentants de l'Orient ou créer une association particulière sous un autre signe ?
Après mûre réflexion, il se décida à s'adjoindre à la Société Théosophique, dont il fait partie depuis l'année 1902. Toutefois il n'y entra pas comme un écolier de la tradition orientale, mais comme un initié de l'ésotérisme rosicrucien, qui reconnaît avec joie l'immense profondeur de la sagesse hindoue et lui tend une main fraternelle, pour établir entre les deux la chaîne magnétique. 11 comprit que les deux traditions ne sont pas faites pour se combattre, mais pour s'entendre, dans leur pleine indépendance, et travailler ainsi au bien commun de la civilisation. La tradition hindoue contient, en effet, le plus vaste trésor de science occulte en ce qui concerne la cosmogonie et les périodes préhistoriques de l'humanité, tandis que la tradition de Tésotérisme chrétien et occidental regarde, par son incommensu-
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rable hauteur, l'avenir lointain et les destinées finales de notre espèce. Car le passé contient et •> prépare l'avenir, comme l'avenir sort du passéj et Taché ve.
Rudolf Steiner fut aidé dans celte tache par une recrue puissante et d'une valeur inappréciable pour l'œuvre de propagande qu'il voulait entreprendre.
Mlle Marie de Sivers, d'origine russe et d'une éducation cosmopolite exceptionnellementvariée (elle écrit et parle également bien le russe, le français, l'allemand et l'anglais) était venue, elle aussi, à la théosophie par d'autres chemins, après une longue recherche de cette vérité qui éclaire tout parce qu'elle éclaire le fond de nousmêmes. La finesse extrême de sa nature aristocratique, à la fois modeste et fière, sa sensibilité délicate et profonde, l'étendue et Téquilibre de sonintelligence,égalementdouéepourrartetpour
la pensée, la rendaient merveilleusement apte à un rôle de médiatrice et d'apôtre. La théosophie orientale l'avait attirée et charmée sans la convaincre absolument. Les conférences de Rudolf Steiner lui donnèrent la lumière qui persuade en jaillissant dans toutes les directions comme d'un foyer éblouissant. Indépendante et libre, elle cherchait comme beaucoup de Russes de la haute société une œuvre idéale pour s'y consacrer de toutes ses forces. Elle Tavait trouvée. Le docteur Steiner ayant été nommé secrétaire général de
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la section allemande de la SociétéThéosophique, Mlle Marie de Sivers devint son adjointe. Dès lors elle déploya, pour la diffusion de l'œuvre, dans toute l'Allemagne et dans les pays voisins, un véritable génie organisateur soutenu par une activité infatigable.
Quant à Rudolf Steiner il avait déjà fourni mainte preuve de sa pensée profonde et de son éloquence. Il se connaissait et se possédait. Mais une telle foi, un tel dévouement devaient centupler son énergie et donner des ailes à sa parole. Ses écrits traitant de questions ésotériques se succédèrent rapidement^. Ses conférences se multiplièrent à Berlin, à Leipzig, à Cassel, à Munich, à Stuttgard, à Vienne, à Budapest, etc.. Ses livres sont tous d'une haute tenue. Il est également rompu à la déduction des idées dans Tordre philosophique et à l'analyse rigoureuse des faits scientifiques. Il sait aussi, quand il le veut, donner à sa pensée une forme poétique en des images originales et frappantes. Mais toute sa personnalité n'apparaît que par sa présence et sa parole privée ou publique. Ce qui distingue son éloquence, c'est une force singulière toujours enveloppée de douceur et qui provient sans doute d'une parfaite sérénité d'âme jointe à une merveil-
1 Die Myslik, ini Auf qànge des neuzeUlichen Geislesleben (1901). Das 'Chrislenlhum als mystische Thatsache [1902). Theosophie (1904). — Il prépare en ce moment un livre important, qui sera sans doute son œuvre capitale et qui s'appellera : Die Geheimlehre (La Doctrine occulte).
leuse lucidité d'esprit. 11 s'y mêle parfois une vibration intérieure et mystérieuse dont les ondes se communiquent à l'auditeur dès les premiers mots. Jamais une parole qui choque ou qui détonne.De raisonnement en raisonnement,d'analogieen analogie,il vous mène duconnu à Tinconnu. Soit qu'il suive le développement parallèle de la terre et de l'homme, selon la tradition occulte, à travers la période lémurienne, atlantide, asiatique et européenne, soit qu'il expose la constitution physiologique et psychique de Thomme actuel, soit qu'il énumère les étapes de Tinitiation rosicrucienne, soit qu'il commente l'évangile de saint Jean et TApocalypse, ou qu'il applique ses idées-mères à la mythologie, à l'histoire et à la littérature, ■— ce qui domine et scande son discours, c'est toujours ce pouvoir de synthèse qui coordonne les faits sous une idée maîtresse et les ramasse en une vision d'ensemble. C est aussi toujours cette chaleur intérieure et communicative, cette musique secrète de l'âme, qui semble une mélodie subtile en sympathie avec l'âme universelle.
\ 'oilà du moins ce que j'éprouvai en le rencontrant et en l'écoutant pour la première fois, il y a de cela deux ans. Je ne saurais mieux caractériser cette sensation indéfinissable qu'en rapportant le mot d'un poète de mes amis auquel je montrais le portrait du théosophe allemand. Devant ces yeux profonds et clairvoyants, devant
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cette physionomie énergique, creusée par les luttes intérieures, moulée par un grand esprit qui a trouvé son équilibre aux sommets et son calme dans les extrêmes, mon ami s'écria : « Voilà un maître de lui-même et de la vie ! »