L AVENIR DU CHRISTIANISME ESOTERIQUE
tiennes et notamment de TÉglise anglicane vis-àvis de la religion et delà sagesse brahmaniques. Pour Tesprit hautement impartial de Steiner, ces considérations d ordre secondaire n existent pas. Lui aussi révère Sakia Mouni Gautama, le fils de roi devenu mendiant et ascète par l'immense pitié qu il eut du genre humain, comme une des plus grandes figures de Thistoire et de la religion. Lui aussi reconnaît qu'il s'éleva à un haut degré d'initiation et qu'il en réalisa les phases successives dans ses actes publics comme un grand exemple aux yeux du monde. Mais il constate qu'en entrant dans le Nirvana, à la fin de sa vie, le Bouddha n'atteignit que ce qui, dans l'initiation antique, s'appelait « la mort », tandis que Jésus poussa la sienne, aux yeux de ses disciples et de l'univers, jusqu'à « la résurrection ». — « Le Bouddha, dit Steiner, a prouvé par sa vie que l'homme vient du Logos et qu'il retourne dans sa lumière quand meurt son enveloppe terrestre. Jésus est le Logos, le Verbe lui-même en sa manifestation humaine. En lui la Parole a été faite chair. »
i A cela les savants européens objecteront, textes en main, que pour les bouddhistes orthodoxes, le Logos a fait une œuvre mauvaise en produisant le monde et que le but suprême de la sagesse bouddhiste est le Nirvana, c'est-à-dire Tannihilation.^A quoi les néo-théosophes répondent qu'ésotériquement le Nirvana signifie tout
autre chose, c'est-à-dire un état surhumain et même supracéleste d'union avec Dieu, que notre conscience actuelle ne peut se figurer. Admettons cette explication théorique comme une possibilité. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a dans les mots une fatalité inéluctable. Nirvana signifie en sanscrit extinction. On aura beau lui donner un sens transcendantalement métaphysique, il aura toujours, pour nos oreilles et nos âmes occidentales, une couleur négative et passive par sa seule vertu étymologique. Le mot Résurrection, au contraire, a un sens positif et actif, puisqu'il signifie Vie éternelle^ Action par le Divin, Que les théosophes européens, qui, par tempérament et par conviction, préfèrent le Bouddha, suivent son enseignement et sa voie, rien de plus légitime assurément et rien de mieux, puisque cela contribue à enrichir notre expérience et à élargir notre horizon. Mais il importe de reconnaître et de maintenir que le monde actuel tourne autour du Christ comme autour de son axe et que toute l'évolution historique s'opère sous son signe et dans son esprit ^ La théo-
1. Remarquons que, depuis la mort de Mme Blavatzki, plusieurs membres éminenls de In Société Ihéosophique ont tâché de réparer le silence ambigu de la fondatrice sur la personnalité de Jésus et sur la valeur intrinsèque du christianisme. Il faut citer en première ligne le remarquable livre de Mme Annie Besant sur le Christianisme ésotérique et aussi la très intéressante monographie de M. Mead, un helléniste distingué : Fragments d'une foi perdue. Je dois ajouter toutefois que, si ces ouvrages fournissent des don-
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g2 INTRODUCTION
Sophie nouvelle a donc mille fois raison et nous rend un service inappréciable en foudlant jusqu'en ses derniers arcanes le trésor de la sagesse hindoue pour faciliter la synthèse religieuse et philosophique dont l'esprit moderne a besoin. Mais elle se condamnerait à ne comprendre que le passé, à ignorer le présent et l'avenir, si elle écartait de son programme le facteur essentiel et central de notre évolution planétaire qui est le Christ. Si la théosophie veut agir d'une manière féconde sur la mentalité contemporaine, elle ne pourra le faire qu'à travers le christianisme, qui est la tradition de l'Occident, et à travers l'ésotérisme chrétien qui est son principe vital.
Si Rudolf Steiner proclame la supériorité du Christ sur le Bouddha, cette préférence ne l'aveugle nullement sur l'éclipsé rapide qu'a subie le principe de l'initiation dans l'histoire de rÉglise chrétienne, à partir de saint Augustin. Il en explique les raisons avec une remarquable netteté dans les derniers chapitres de son livre. Les temps approchent cependant oii « l'esprit d'immobilité et de domination » qu'un catholique croyant, l'illustre romancier italien Fogazzaro, signalait récemment comme le ver rongeur de l'Église actuelle, ne suffiront plus à la mainnées imporlanles sur le Christ des Gnostiques, ils laissent complMeincrit dans l'ombre et ont l'air d'ignorer le Jésus de niistoire ainsi ([uc la tradition ésotérique qui procède de lui.