CHAPITRE VIII LE URACLE DE LAZARE
Parmi les « miracles » attribués à Jésus, il faut reconnaître une signification toute particulière à la résurrection de Lazare. Toutconcourl à donner au fait raconté ici par rÉvangélisle une place capitale dans le « Nouveau Testament ». Rappelons que ce récit ne se trouve que dans l'Évangile de Jean, c'est-à-dire de l'Évangélisle qui, par ses paroles d'introduction, réclame une interprétation précise de toutes ses confidences.
Jean commence par ces phrases : « La Parole était au commencement ; la Parole était avec Dieu, et cette Parole était Dieu... Et la Parole a été faite chair, et a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérilé ; eluous avons vu sa gloire,
une gloire telle que celle du Fils unique venu du Père. »
Celui qui met de telles paroles au début d'un récit, indique pour ainsi dire du doigl, que le récit tout entier doit être interprété dans un sens particulièrement profond. On ne peut s'en tenir ici à des raisonnements qui s'arrêtent à la surface des choses. Qu'est-ce donc que Tapôtre Jean a voulu dire avec ses paroles d'introduction ? Il dit clairement qu'il parle de quelque chose d^éternel, de quelque chose qui était dès le commencement. Il raconte des faits ; mais ils ne doivent pas être pris pour des faits qui s'adressent à l'œil et à Toreille et sur lesquels s'évertue l'esprit logique. « La Parole » qui agit dans l'Esprit des mondes, il la cache sous des faits. Ces faits sont pour lui les véhicules où s'exprime un sejis supérieur. On peut donc supposer que sous le fait d'un homme réveillé d'entre les morts, fait qui propose aux yeux, aux oreilles et à l'intelligence logique les plus grandes difficultés, se dérobe le sens le plus profond.
A cela vient s'ajouter autre chose. Renan a remarqué dans sa Vie de Jésus que, sans aucun doute, la résurrection de Lazare a dû exercer une influence décisive sur la fin de la vie de Jésus. Une telle pensée est tout à fait
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inadmissible du point de vue où se place Renan. Car pourquoi le fait que Jésus avait ressuscité un mort devait-il apparaître si dangereux à ses adversaires qu'ils en vinrent à penser : Jésus et le judaïsme sont incompatibles ? Il n'est pas logique de dire avec Renan : « Peut-être Lazare, pâle encore de sa maladie, se fît-il enfermer dans son tombeau de famille. Ces tombeaux étaient de grandes chambres taillées dans le roc, où Ton pénétrait par une ouverture carrée que fermait une dalle énorme. Marthe et Marie vinrent au-devant de Jésus, et, sans le laisser entrer dans Béthanie, le conduisirent à la grotte. L'émotion qu'éprouva Jésus près du tombeau de son ami qu'il croyait mort (Jean, XI, 35 et suiv.) peut être prise par les assistants pour ce trouble, ce frémissement qui accompagnaient les miracles ; l'opinion populaire voulait que la vertu divine fût dans l'homme comme un principe épileptique et convulsif. Jésus (toujours dans Phypothèse ci-dessus énoncée) désira voir encore une fois celui qu'il avait aimé, et la pierre ayant été écartée, Lazare sortit avec ses bandelettes et la tète entourée d'un suaire. Cette apparition dut naturellement être regardée par tout le monde comme une résurrection. La foi ne connaît d'autre loi que l'intérêt de ce qu'elle croit le vrai. » Cette interprétation du miracle de
Lazare apparaît simplement naïve, surtout lorsqu'on y rattache Topinion suivante : « Tout porte à croire que le miracle de Béthanie contribua sensiblement à avancer la fin de Jésus. » Et cependant il y a au fond de cette dernière assertion de Renan un sentiment juste. Seulement Renan ne peut ni interpréter ni justifier ce sentiment avec ses moyens.
Il faut admettre en effet que Jésus ait fait à Béthanie quelque chose de particulièrement important pour justifier des paroles comme celles-ci : « Alors les principaux sacrificateurs et les pharisiens assemblèrent le conseil et dirent : Que ferons-nous ? Car cet homme fait beaucoup de miracles? » (Jean, XI, 47-) Renan suppose aussi quelque chose de particulier. « Il faut reconnaître cependant, dit-il, que le tour de la narration de Jean a quelque chose de profondément différent des récits des miracles, éclos de l'imagination populaire, qui remplissent les Synoptiques. Ajoutons que Jean est le seul Évangéliste qui ait une connaissance précise des relations de Jésus avec la famille de Béthanie, et qu'on ne comprendrait pas qu'une création populaire soit venue prendre place dans un cadre de souvenirs personnels. 11 est donc vraisemblable que le prodige dont il s'agit n'est pas un de ces miracles complètement légendaires et
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dont personne n'est responsable. En d'autres termes, nous pensons qu'il se passa à Béthanie quelque chose qui fut regardé comme une résuF' reclion. » Cela ne veut-il pas dire que Renan soupçonne qu'il sVstpasséà Béthanie une chose pour laquelle il n'a pas d'explication? Il se met h couvert derrière ces paroles : « A la distance où nous sommes et en présence d'un seul texte offrant des traces évidentes d'artifice de composition, il est impossible de décider si, dan8 le cas présent, tout n'est que fiction ou si un fait réel arrivé à Béthanie servit de base au bruit répandu. » Mais qu'est-ce à dire ? Ne pourrionsnous pns nous trouver en présence d'un texte quil suffirait de bien lire pour le bien comprendre ? Alors peut-être cesserait^on de parler de a fiction ».
Il faut reconnaître que tout ce récit de l'Évangile de Jean est enveloppé d'un voile de mystère. Un seul trait le prouvera. Si le récit doit être pris à la lettre, quel sens faut-il donner à ces mots : « Sa maladie n'est pas mortelle mais une maladie à la gloire de Dieu, afin que le fils de Dieu en soit honoré. » Et que dire encore de ces paroles : « Jésus dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, si même il doit mourir. » (Jean, XI, 4'a5-) Ce serait une trivialité de croire que Jésus a voulu dire : Lazare
n'est tombé malade que pour donner à Jésus l'occasion de faire montre de son art. Et ce serait une autre trivialité d'attribuer à Jésus la pensée que la foi en lui fait littéralement re^âvre les morts. Et qu'y aurait-il d'extraordinaire dans un homme ressuscité d'entre les morts et qui après la résurrection serait le même qu'auparavant? Et quel sens cela aurait-il de désigner la vie d'un tel homme par ces mots : « Je suis la résurrection et la vie ? » La vie et le sens entrent dans les paroles de Jésus, si nous les prenons d'abord symboliquement et ensuite d'une certaine manière litléralement telles qu'elles sont écrites dans le texte. Jésus ne dit-il pas qu'il personnifie la résurrection advenue à Lazare et qu'il est la Vie même que vit Lazare ? Qu'on prenne à la lettre ce qu'est Jésus dans T Évangile de Jean.
Il est « la Parole faite chair ». Il est l'Éternel qui était dès le commencement. S'il Est vraiment la Résurrection : alors c'est la vie éternelle primordiale qui a été réveillée en Lazare. Il s'agit donc ici d'une évocation de « la Parole » éternelle — et cette Parole est la Vie à laquelle Lazare a été éveillé. II s'agit ici d'une maladie qui ne mène pas à la mort mais « à la gloire de Dieu». Si la parole éternelle est ressuscitée en Lazare^ alors tout cet évéu^ia^wV. xxv^wSifô^VR. Va.
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{rloire de Dieu. Car partout ce processus Lazare est devenu un autre. Avant cela, la Parole, r Esprit ne vivait pas en lui ; maintenant cet Esprit vit en lui. Cet esprit a été enfanté dans son âme. Sûrement toute naissance est accompagnée d'une maladie. Or cette maladie ne mène pas à la mort, mais à une vie nouvelle.
Où se trouve le tombeau d'où est née la Parole? Pour répondre à cette question, il suffit de penser à Platon, qui appelle le corps de rhomme « un tombeau de Tàme ». Et il suffit de rappeler que Platon lui aussi parle d'une sorte de résurrection quand il fait allusion au réveil de la vie spirituelle dans le corps. Ce que Platon appelle Tàme spirituelle, Jean le désigne par le Logos, le Verbe ou la Parole. Platon aurait pu dire : Celui qui devient spirituel, a ressuscité quelque chose de divin du tombeau de son corps. El pour Jean la vie de Jésus est cette résurrection. Rien d'étonnant donc s'il fait dire à Jésus : « Je suis la résurrection. »
On ne saurait douter que Tépisode de Béthanie est une résurrection dans le sens spirituel. Il suffit de caractériser son aventure avec les mots de ceux qui furent initiés aux Mystères, et le sens s'en dévoile aussitôt. Que dit Plutarque du but des Mystères ? Ils devaient servir à détacher rame de la vie corçoteWe eV^\\roLvc ^nss^^Swisl.
Voici comment Schelling décrit les sensations d'un initié :
« L'initié devenait par l'initiation un membre de la chaîne magique, lui-même un Kabire *, il était reçu dans un organisme indestructible, et, comme s'expriment les vieilles inscriptions, associé à l'armée des Dieux supérieurs. » (Schelling, Philosophie delà révélation.) On ne peut pas désigner d'une manière plus significative le revirement qui se produisait dans la vie de l'homme qui avait reçu l'initiation que par ces mots d'Adesius à son disciple l'empereur Constantin. « Quand un jour tu prendras part aux Mystères, tu auras honte d'être né comme un homme. »
Que l'âme entière se pénètre de tels sentiments et l'événement de Béthanie apparaîtra sous son vrai jour. Alors le récit de Jean nous fait vivre quelque chose de particulier. On entrevoit l'aube d'une certitude qu'aucune interprétation logique, aucun essai d'explication rationnelle ne peuvent donner. Un Mystère dans le vrai sens du mot est devant nos yeux. « Le Verbe éternel » est entré en Lazare. Il est devenu, pour parler la langue des Mystères, un véritable initié. Et l'événement qui nous est raconté est un phénomène d'initiation.
(1) Les /ifa6/rcs étaient le nom que se donnaient les initiés de Samoihrace.
iOO I.E MYSTÈRE CHRÉTIEN ET LES MYSTÈRES ANTIQUES
Représentons-nous la scène entière comme une initiation. Jésus aime Lazare. Ce n'est pas une amitié dans le sens ordinaire du mot. Cela serait contraire au sens de TEvangile de Jean, où Jésus est « la Parole ». Jésus a aimé Lazare [)arce qu'il Ta jugé mûr pour Téveil de « la Parole » en lui. Des rapports existaient entre Jésus et la famille de Béthanie. Cela veut dire Jésus avait tout préparé dans cette famille pour Pacte final du drame ; la résurrection de Lazare. Celui-ci est le disciple de Jésus. Il est un disciple tel que Jésus peut avoir la certitude que la résurrection s'accomplira en lui. Le dernier acte de la résurrection consistait en une action symbolique. L'homme ne devait pas seulement comprendre la parole : « meurs et deviens ! » ; il devait Taccomplir par un acte. Il devait rejeter sa partie terrestre, celle dont l'homme supérieur dans le sens des mystères doit avoir honte. L'homme terrestre devait mourir. Son corps était plongé^, pour trois jours dans un sommeil léthargique. Elu égard à la prodigieuse transformation vitale qui s'accomplissait alors en lui, cet acte ne peut être désigné autrement que du nom de symholico-réel. Mais ce processus était un événement qui partageait la vie du myste en deux parts. Celui qui ne connaît point par expérience personnelle le couletvw ^v\\>ë,T\^\vc de. pareils actes
ne peut pas les comprendre. On ne peut lui en donner une idée approximative que par comparaison.
Résumons par exemple en quelques mots la substance de la tragédie du Hamlet de Shakspeare. Celui qui comprend ce résumé peut dire dans une certaine mesure qu'il connaît Haralet. Selon la logique» il le connaît en effet. Mais quelle autre connaissance en possédera celui quia vu la tragédie shakspearienne se dérouler sous ses yeux avec toutes ses richesses. Celui-là en aura bu Tessence ; elle aura passé par son cœur et aucune description ne saurait remplacer la sensation vivante qui contient un infini. Pour lui, ridée est devenue un événement artistique, une expérience de Tâme.
Ce qui, dans le cas d'une représentation dramatique, s'accomplit dans l'imagination du spectateur, s'accomplit dans Thomme, sur un plan supérieur de la conscience, par l'événement magique et significatif de la résurrection, qui est le couronnement de rinitiation. En lui, Thomme «//symboliquement ce qu'il acquiert spirituelle* ment. Le corps terrestre a été vraiment mort pendant trois jours. Du sein de la mort jaillit la vie nouvelle. L'âme immortelle a survécu à la mort. Elle en sort avec la conscience de son immortalité ; car elle Ta vécue.
C'est ce qui advint à Lazare, Jésus l'avait préparé à la résurrection. La maladie dont il s'agit dans l'Évangile de Jean est à la fois symbolique et réelle. C'est une épreuve de l'initiation qui doit conduire l'initié, après un sommeil de trois jours, aune vie véritablement nouvelle.
Lazare est mûr pour accomplir cette métamorphose en lui-même. Il revêt la robe de lin des mystes. Il tombe dans une léthargie qui est un symbole de la mort. On l'enferme dans la crypte. Quand Jésus arrive, les trois jours étaient révolus. « Ils ôtèrent donc la pierre du lieu où le mort était couché. Et Jésus, élevant les yeux au ciel dit : Mon Père ! je te rends grûce de ce que tu m'as exaucé. » (Jean, XI, 4i.) Le Père avait exaucé Jésus, car Lazare était parvenu à Tactc final du grand drame de la connaissance. Il avait reconnu comment on arrive à la résurrection. Une initiation aux Mystères venait de ^'accomplir. L'initiation telle qu^on l'avait toujours conçue dans l'antiquité venait de s'accomplir au grand jour. Jésus en avait été Tinitlateur. C'est ainsi qu'on s'était toujours représenté Tunion avec le Divin.
Les paroles de Jésus qui suivent cet acte sont significatives : « Je savais bien que tu m'exauces toujours : mais je dis ceci à cause de ce peuple qui est autour de moi, afin qu'il croie que tu
m'as envoyé. » Au fond, cet événement n'était pour Jésus que le moyen et non le but. Il l'a provoqué, afin que ceux qui ne croient à la résurrection que sous celte forme extérieure, croient à sa parole. Pour lui, le principal est la résurrection de Tâme dont cette résurrection du corps n'était que le symbole. On en peut conclure qu'il croyait à un autre genre de résurrection et que cette résurrection était précisément la sienne. Mais la résurrection du Christ devait produire un effet sur l'humanité tout entière. Elle devait, dans une certaine mesure, être pour tous les hommes ce que la résurrection des Mystères était pour les initiés. Lazare, le ressuscité, devait être le témoin conscient du grand événement historique de la résurrection du Christ. En Jésus-Christ la tradition immémoriale est devenue une personne. Et l'Evangéliste de l'Esprit a ainsi le droit de dire : « En Lui la Parole a été faite chair. » Il a le droit de voir en Jésus un mystère corporisé. Et c'est pourquoi l'Evangile de Jean est un Mystère. Il faut le lire avec cette pensée que les faits y sont des faits spirituels. Si un prêtre de l'ancien cycle eût écrit cet Évangile, son récit eût pris la forme d'un rite traditionnel. Pour Jean C3 rite est devenu une personne. Il est devenu « la vie de Jésus ».
Un grand savant moderne, BuYkVi^YdA.^ ^ A5A»
dans Bon livre sur Tépoque de Constantin : « U lumière ne se fera jamais sur les Mystères antiques. » C'est que Burkhardt n'a pas su trouver le chemin qui mène à cette lumière. Qu^on lise rÉvangile de Jean comme un accomplissement à la fois symbolique et personnel dans la vie d'un homme et dans un moment capital de l'histoire du grand Drame de la Connaissance que les anciens représentaient dans leurs temples — êl U regard plongera au cours du mystère universel à travers le mystère chrétien.
Dans lo cri de Jésus : « Lazare, sors de là! » on peut reconnaître la voix des prêtres initiateurs de rÉgypte rappelant à la vie de tous les jours leurs disciples couchés dans le tombeau et figés dans le sommeil léthargique, où ils s'étaient plongés pour mourir aux choses terrestres et percevoir le monde divin dans le ravissement de Textase. Mais par là Jésus avait divulgué le secret des Mystères. On comprend donc que les Juifs pouvaient tout aussi peu laisser impuni un tel acte, que les Grecs auraient pu ne pas punir Eschyle s'il avait réellement trahi les secrets d'Eleusis.
Mais Jésus n'attachait aucune importance aux
procédés extérieurs de l'initiation : « Je savais
bien que tu m'exauces toujours ; mais je dis ceci
à cause de ce peupVe c\\ù ^^V ^>\V<i\i.\ 4^ moi^
afin qu'il croie que tu m'as envoyé. » Dans les Mystères, on provoquait la conviction de Timmortalité de Tâme par de savantes et secrètes procédures. Aussi l'antiquité a-t-elle dit par la bouche de ses poètes : « Heureux les initiés^ car ils ont vu, » Mais Jésus voulait donner la félicité à tous. Pour cela il fallait dire : « Heureux ceux qui n^onl pas vu et qui ont cru quand même. »
A la fin du Nouveau Testament se trouve un document remarquable « TApocalypse ou Révélation de saint Jean ». Il suffit de lire les premières paroles pour en pressentir le caractère mystérieux : « La révélation de Jésus-Christ, qu'il a reçue de Dieu pour faire connaître à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt et qu'il a mises en signes et envoyées par son ange à Jean son serviteur. » Ce qui est révélé ici l'est sous forme de signes. Le sens littéral ne doit donc pas être accepté comme tel ; il faut y chercher un sens plus profond dont le sens littéral n'est que Je symbole. Reaucoup d'autres détails prouvent qu'un « sens secret » se cache sous l'Apocalypse. Jean s'adresse *< aux sept
Églises d'Asie ». Ce nombre ne désigne pas des Eglises réelles. Carie nombre sept est le nombre sacré qui a été choisi à cause de son sens symbolique. Le côté mystérieux s'accentue par la manière dont Jean est arrivé à sa révélation. (( Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix éclatante, comme le son d'une trompette.. . Écris dans un livre ce que tu vois et Tenvoie aux sept Églises qui sont en Asie. » Nous sommes donc en présence d'une révélation que Jean a reçue en esprit. Et c'est la révélation de Jésus-Christ. Ce que Jésus a manifesté au monde apparaît donc enveloppé d'un sens secret. Il faut donc chercher un sens secret dans la doctrine de Jésus- Christ. Cette révélation est dans le même rapport avec le christianisme ordinaire et officiel que l'initiation aux Mystères avec la religion populaire des anciens peu[>les. Cela justifie l'essai de traiter l'Apocalypse comme un mystère.
Jeah s'adresse à sept Églises. Que l'on cherche à comprendre ce qu'il veut dire par là. Il suffit de prendre au hasard le message à Tune des Églises pour deviner le sens général des autres messages. Écoutons le premier : « Écris à l'Ange de rÉglise dÉ'phèse : je connais tes œuvres, à savoir ton travail et ta patience ; et je sais que tu ne peux souffrir les méchants, et que tu as
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éprouvé ceux qui se disent apôtres, et qui ne le sont point ; que tu les as trouvé menteurs; que lu as souffert, que tu as eu de la patience et que lu as travaillé pour mon nom et que tu ne t'es point découragé. Mais j'ai quelque chose contre loi, r'est que tu as abandonne ton premier amour. C'est pourquoi souviens^toi d'où tu es déchu, elle repens, et fais tes premières œuvres; autremenl je viendrai bientôt à toi, et j'ôterai ton chandelier de ta place, si tu ne te repens. Mais tu as ceci de bon : c'est que tu liais les actions des Nicolaïtes, lesquelles je hais aussi. Que celui qui a des oreilles écoute ce que TEspril dit aux Églises : A celui qui vaincra, je donnerai à manger de l'arbre dévie, qui est au paradis de Dieu. » V'>ici donc l'exhortation et la menace que l'Esprit fait à l'une des Églises. Cette Église a pris le chemin indiqué par le christianisme. Elle a même la clairvoyance nécessaire pour distinguer les faux apôtres des vrais. Elle veut être chrétienne, car elle a travaillé au nom du Christ. Mais elle a délaissé le premier amour. Elle est entrée dans le vrai chemin ; mais elle n'a pas poursuivi sa route dans la bonne direction. Elle s'est contentée des premiers fruits. Un chemin a été marqué par Jésus pour atteindre le Divin. Pour y marcher il faut de la patience. On peut croire trop tôt qu'on est devenu un vrai chrétien. On
s'est laissé conduire à une étape par le Christ ; mais alors on cesse de le prendre pour guide. On suit ses propres voies et Ton retombe dans les basses régions de l'humanité. Le savoir qui s'attache à ce qui est compréhensible pour les sens s'élève à une sphère supérieure en se spiritualisant ; alors il se divinise en sagesse. Si le savoir n'arrive pas à cette hauteur il reste dans le périssable. Jésus a montré un chemin pour atteindre l'Éternel. Il faut que la science patiente jusqu'à ce qu'elle devienne divine. Il faut qu'elle suive avec amour les traces qui la conduiront jusqu'à la sagesse. Les Nicolaïtes étaient une secte qui prenait le christianisme à la légère. Ils ne voyaient qu'une chose: le Christ est la Parole de Dieu, l'éternelle sagesse enfantée dans l'homme. Donc, concluaient-ils, la sagesse humaine est la sagesse divine. Il suffît de poursuivre la science humaine pour faire des choses divines en ce monde. Mais il n'en est pas ainsi. La sagesse humaine est aussi périssable que tout le reste à moins d'avoir été transmuée en une sagesse divine. Telle n'est pas votre pensée, dit « l'Esprit » aux membres de l'Eglise d'Éphèse par la voix de Tapôtre. Vous ne vous appuyez pas uniquement sur la simple sagesse humaine. Vous êtes entrés sincèrement dans la voie du christianisme. Mais vous croyez avoir atteint
son but avec quelques sentiments chrétiens. Vous en agissez avec les conceptions chrétiennes comme les mondains avec leurs conceptions mondaines. Vous ne comprenez pas que la voie (lu Divin est une voie infinie ; et que, si vous avez atteint un degré de la divinité, vous devez monter toujours plus haut dans la lumière.
En se retournant, Jean aperçoit « sept chandeliers d'or » et au milieu d'eux « quelqu'un qui ressemblait au Fils de THomme, vêtu d'unelongue robe, et ceint sur la poitrine d'une ceinture d'or. Sa tôte et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche et comme la neige et ses yeux étaient comme une flamme de feu. » Nous apprenons ensuite (Chap. I, 20) : « Les sept chandeliers sont les sept Églises. » D'après ce qui a clé montré pour la première Eglise, les chandeliers sont sept voies différentes par lesquelles on peut parvenir au Divin. Elles sont toutes plus ou moins imparfaites. « Et le fils de THomme avait sept étoiles dans sa main droite. » (I, 16). Les étoiles sont les Anges des sept Eglises(1, 20). Les Daïmones de la sagesse des Mystères sont ici devenus des Anges. Us doivent donc servir de guides sur tous les cheminsimparfaits quimènent au Divin. « Et de sa bouche (de celle du Fils de rilomme)sorlait une épée aiguë à deux tranchants et son visage resplendissait comme le soleil
quand il luit dans sa force. » Cette épée elle aussi se retrouve dans les Mystères grecs. On effrayait celui qui devait être initié en brandissant une épée à ses yeux. Elle symbolise la situation terrible dans laquelle se trouve celui qui veut atteindre la divinité pour que « la face de la sagesse luise sur lui comme un soleil éclatant ». Jean, lui aussi, passe par la crainte et la terreur. « Dès que je Teus vu, je tombai à ses pieds comme mort ; mais il mit sa main droite sur moi et me dit. Ne crains rien. » (I, 17.) Celui qui veut être initié, doit passer par la mort. Celui qui le guide doit le conduire au delà de la naissance et de la mort. L'initié entre dans une vie nouvelle. « J'étais mort, mais maintenant je suis vivant aux siècles des siècles et je tiens les clefs de l'enfer et de la mort. »
Ainsi préparé, Jean est conduit aux secrets supérieurs. « Après cela je regardai et je vis une porte ouverte dans le ciel ; et la première voix que j'avais entendue comme celle d'une trompette et qui parlait avec moi, me dit : Monte ici, et je te ferai voir les choses qui doivent arriver dans la suite. » (IV, 1.} C'est la source des choses que l'on montre à Jean. « Et aussitôt je fus ravi en esprit; et voici un trône était dressé dans le ciel, et quelqu'un était assis sur ce trône. Celui qui y était assis paraissait semblable à une pierre
de jaspe et de sardoine ; et le trône était environné d'un arc-en-ciel qui paraissait comme une émeraude. » Ceci est une description de la source originaire de toute chose ; elle ne fait qu'indiquer l'essence de V Indescriptible. « Autour de ce trône il y avait vingt-quatre autres trônes ; et je vis sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, vêtus d'habillements blancs et qui avaient sur leurs têtes des couronnes d'or. » Les hommes très avancés en sagesse entourent la source primordiale de TÉtre pour voir et rendre témoignage de son Essence infinie. « Et au milieu du trône et autour du trône il y avait quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière. Le premier animal ressemblait à un lion ; le second ressemblait à un taureau ; le troisième avait le visage comme celui d'un homme, et le quatrième ressemblait à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient chacun six ailes, et ils étaient pleins d'yeux tout à l'entour et au dedans ; et ils ne cessaient jour et nuit, de dire : Saint, saint, saint est le Seigneur tout-puissant qui était, qui Est et qui sera ! » 11 n'est pas difficile de reconnaître que les quatre animaux signifientla vie multiforme. Plus tard, quand retentissent les trompettes (au chapitre VI) ils élèvent leurs voix; cela montre clairement ce qu'ils signifient. Dans la main droîVe; de. celui <\ui est assis sur
le trône, se trouve un livre dans lequel est prescrit le chemin delà plus haute sagesse (V, i). Un seul est digne d'ouvrir le livre. « Voici, le lion, qui est issu de la tribu de Juda et de la race de David, a vaincu pour ouvrir le livre et en délier les sept sceaux. » Le livre a sept sceaux. La sagesse humaine a sept voies différentes qui conduisent au même but. La nature septuple tient au caractère sacré du nombre sept, qui est le chiff're organique de la vie. La sagesse mystique de Philon désigne sous le nom de sceaux^ les pensées éternelles qui s'expriment dans les choses. La sagesse humaine cherche ces grandes pensées de la création. Mais la vérité divine ne se trouve que dans le livre scellé des sept sceaux. Il faut d'abord que les pensées fondamentales de la création soient dévoilées, que les sceaux soient ouverts. Alors sera révélé cequiestécritdansle livre. Jésus, lelion de l'Esprit, a le pouvoir d'ouvrir les sceaux. Il adonné aux grandes pensées de la création une direction, qui conduit, à travers elles, à la sagesse. L'Agneau, qui a été égorgé et qui a acheté de son sang son droit à la divinité, Jésus qui a fait entrer le Christ en lui, qui a traversé ainsi le mystère de la vie et de la mort dans le sens suprême, ouvre le livre (V, 9 à 10). Et les animaux, dont les formes s^ftûboVi'àÇiVNÎv. V.'è» ^njc^s-
tu LE MYSTÈRE CHRETIEN ET LES MYSTÈRES ANTIQUES
sances de la vie universelle, proclament ce qu ils savent à Touverture de chaque sceau.
A Touverlure du premier sceau, Jean aperçoit un cheval blanc sur lequel est assis un cavalier avec un arc. Dans le cheval blanc, la première Puissance de l'univers devient visible ; c'est une personnification de Isi Pensée créatrice. L'humanité est mise dans la droite voie par le nouveau cavalier qui représente le christianisme. La lutte s'apaise par la foi nouvelle. — A Touverture du second sceau, apparaît un cheval roux monté par un autre cavalier. Il bannit de la terre la Paix, qui est la seconde Puissance de l'univers, afin que Thumanité ne néglige pas dans la paresse la culture du Divin. — A l'ouverture du troisième sceau, se montre la Puissance universelle de /a Jtts//ce (le cavalier qui tient la balance). — Avec le quatrième sceau, apparaît la Puissance religieuse, qui a reçu par le christianisme une dignité nouvelle.
La signification des quatre animaux s'éclaire ici. Ils représentent les quatre puissances universelles qui doivent recevoir du christianisme une direction nouvelle : la Guerre (le lion) ; le Travail paisible (le bœuf) ; la Justice (l'être au visage humain) ; la Religion ou l'élan vers le Divin (raiglc). La signification du troisième animdil k figure Viumeivxve «i^^^tV. ^^ ^^ WvV, oji'à
L APOCALYPSE DE JEAN 21ft
Touverture du sceau il est dit: « La mesure de froment vaudra un denier et trois mesures d*orge un denier. » Le cavalier, auquel il répond, tient une balance, signe antique de la Justice. A Touverture du quatrième sceau, on aperçoit celui dont le nom est : « La Mort etTEnfer le suivent. » Ce cavalier est la Justice Religieuse. (VI, 6 et 7.)
A l'ouverture du cinquième sceau, apparaissent les ûmes qui ont déjà agi dans le sens du christianisme. La grande pensée de la création, qui s'est incorporée dans le christianisme apparaît ici tout entière. Mais le christianisme dont il s'agit ici ne signifie encore que la première communauté chrétienne, périssable comme d'autres formes de la création. — Le sixième sceau est ouvert (chap. VII) ; on voit ici par le triomphe des élus, de ceux qui ont lutté « pour la parole de Dieu » que le monde spirituel du christianisme est un monde éternel. Il est sanctifié par sa propre création. « Et j'entendis que le nombre de ceux qui étaient marqués était de cent quarantequatre mille, marqués d'entre toutes les tribus des enfants d'Israël. » (Vil, 4) Or, ce sont là ceux qui ont contemplé l'Eternel avant le temps du christianisme.
Suit l'ouverture du septième sceau. Ici se manifeste ce que le vrai christianisme doit réelle-
ment devenir dans révolution de notre monde Les sept Anges, qui « sont debout devant Dieu » apparaissent. Ces sept Anges sont les grands Daïmones des Mystères antiques. Ce sont les esprits qui conduisent à la contemplation de Dieu par la voie chrétienne. Ce qui s'accomplit maintenant représente la marche directe vers Dieu ; c'est une « initiation » qui devient le privilège de Tapôtre Jean. Ce qu'annoncent ces esprits est accompagné des signes nécessaires dans les initiations. « Le premier Ange sonna de la trompette : et il y eut une grêle et du feu mêlé de sang, qui tombèrent sur la terre ; et la troisième partie des arbres fut brûlée et tout ce eu il y avait d'herbe verte. » Et de semblables fléaux arrivent quand les autres Anges sonnent de la trompette.
Ici Ton s'aperçoit qu'il ne s'agit pas d'une initiation dans le sens antique, mais d'une initiation nouvelle qui doit prendre la place de la première. Le christianisme ne devait pas comme les Mystères anciens être réservé à un petit nombre d'élus. Il devait appartenir à toute l'humanité et se projeter dans son plus lointain avenir. Le christianisme devait être une religion populaire et la vérité préparée pour tous ceux « qui ont des oreilles pour entendre ». Les mystes anciens étaient choisis parmi utv gv^TidxvûxsJave ; les trom-
pettes du christianisme retentissent pour tous ceux qui veulent les écouter. Il dépena d'eux de s'en approcher. C'est pour cela que les terreurs qui accompagnent cette initiation de l'humanité future s'accroissent en proportions gigantesques.
Après les épouvantes de l'initiation, après que tout ce qui tient trop au périssable, pour pouvoir atteindre au christianisme, a trouvé la mort, apparaît « l'Ange puissant qui descend du ciel, dont le visage est comme le soleil et les pieds comme des colonnes de feu ». Il montre à Jean un petit livre ouvert et le lui donne. « Et il me dit : Prends-le et le dévore ; et il te causera de l'amertume dans le ventre, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. » Jean ne doit pas seulement lire dans le petit livre ; il doit l'absorber en lui-même ; il doit se pénétrer de son contenu. A quoi sert toute connaissance si l'homme ne s'en imprègne pas jusqu'à en faire la substance de son sang et de son âme. La sagesse doit devenir de la vie ; Thomme ne doit pas seulement reconnaître le Divin ; il doit se diviniser. Une telle sagesse, celle qui est écrite dans le livre de l'Ange, cause sans doute de la douleur à la nature périssable. « Il te causera de l'amertume dans le ventre... » mais elle donne d'autant plus de félicité à la nature éternelle : <r,.. mais
dans la bouche il sera doux comme du miel. » C'est seulement par une telle initiation que le christianisme peut devenir une chose présente • sur la terre. Il tue tout ce qui appartient à la nature inférieure. « Et leurs corps demeureront étendus dans les places de la grande cité, qui est appelée spirituellement Sodome et Egypte, où notre Seigneur a été crucifié, n Le Christ est crucifié partout dans la nature inférieure. Là où cette nature remporte, tout reste mort. Les hommes couvrent de leurs cadavres les places des villes. Mais ceux qui triomphent do la nature inférieure, qui réveillent en eux-mêmes le Christ crucifié, ceux-là entendent les trompettes du septième ange. « Les royaumes du monde sont soumis à notre Seigneur et à son Christ, et il régnera aux siècles des siècles. » (XI, i5.) « Elle temple de Dieu s'ouvrit dans le ciel, et l'arbre de son alliance fut vu dans son temple. »> (XI, 19.) Le vieux combat entre la nature inférieure et la nature supérieure recommence. Car tout ce que rinitié d'autrefois avait à traverser dans les cryptes des temples, se renouvelle dans celui qui marche dans les sentiers du christianisme. De môme qu'Osiris était autrefois menacé par le méchant Typhon, ainsi « le vieux dragon, le grand serpent » doit être vaincu.
La Femme, T A.me Vixxm^wv^ ^wI^bx^ la science
L APOCALYPSE DE JBAN 310
inférieure, qui devient une puissance du mal quand elle ne s'élève pas à la sagesse. L'homme peut être séduit par ce serpent de la connaissance inférieure quand il n'éveille pas en lui le Fils de Dieu, qui écrase la tête du serpent. « Et le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, qui séduit tout le monde, fut précipité en terre, et ses anges furent précipités avec lui. » (XII, 9.) On peut lire dans ces paroles ce que voulut être le christianisme : une nouvelle sorte d'initiation. Ce qu'on avait atteint dans les Mystères devait l'être sous une forme nouvelle. Car en eux aussi le serpent devait être vaincu. Les nombreux Mystères de l'antiquité devaient être remplacés par le Mystère chrétien. Jésus, en qui le Verbe s'est fait chair, devait devenir rinitialeur de toute l'humanité, et cette humanité devait devenir sa communauté mystique.
L'idéal nouveau n'était donc plus une sélection d'initiés mais l'union de tous. Dans la mesure de sa maturité, chaque homme devait pouvoir devenir un myste. Labonnc nouvelleest annoncée à tous : celui qui a une oreille pour entendre accourt pour l'écouter et comprendre ses secrets. C'est la voix du cœur qui doit trancher la question dans chaque homme en particulier. On no conduira plus des hommes isolés dans les temples des Mystères ; la Parole a été çrononoée
pour tous. Elle aura plus ou moins de force pour les uns et pour les autres ; chacun Tentendra selon ses moyens. Il dépend du Daïmon, de TAnge qui habite la poitrine de chaque homme de décider jusqu'à quel point chacun doit être initié. L'univers tout entier est un temple de Mystères. La félicité éternelle n'est plus seulement promise à ceux qui voient les phénomènes merveilleux dans les temples d'initiation, phénomènes qui doivent être pour eux un gage de la vie immortelle, mais *< heureux sont ceux qui n'ont joas va et qui croient quand même ». Peu importe qu'ils trébuchent encore dans les ténèbres, peut-être la lumière viendra-t-elle un jour jusqu'à eux. Rien ne doit être refusé à personne ; la voie est ouverte pour tous.
La fin de l'Apocalypse décrit les dangers dont les puissances anti-chrétiennes menacent le christianisme et comment le christianisme en triomphe. Tous les autres Dieux sont absorbés par l'antique divinité chrétienne. « Et la ville n'a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l'éclairer ; car la gloire de Dieu l'éclairé et l'Agneau est son flambeau. » (XXI, 28.) Le secret de la révélation de saint Jean est que les Mystères ne doivent plus être fermés. « Et il me dit : Ne scelle pas les mots de la prophétie du Livre, car la divinité est procVve. >>
L'auteur de TApocalypse nous donne à entendre ce qu'il pense du rapport de son Eglise avec les Églises anciennes. Il a exprimé son idée sur les Mystères dans un mystère spirituel. C'est dans Tîle de Patmos que l'auteur a écrit ce mystère et c'est dans une grotte qu'il doit avoir reçu sa révélation. Ce détail indique à lui seul que la révélation de Jean représente l'initiation à un mystère.
Le christianisme est donc comme la fleur des Mystères antiques. Sa plus haute sagesse s'enfante elle-même comme un nouveau mystère dans l'Apocalypse, mais c'est un mystère qui dépasse le cadre de l'ancien monde.
Les mystères particuliers y deviennent le mystère universel.