‹ Le mystère chrétien et les mystères antiquesChapitre 14 sur 16 · CHAPITRE XIIl SAINT AUGUSTIN ET L ÉGLISE CATHOUQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIl SAINT AUGUSTIN ET L ÉGLISE CATHOUQUE

Toute la force du combat qui déchira les âmes chrétiennes, pendant leur passage du paganisme à la religion nouvelle, se révèle à nous dans la personnalité de saint Augustin (354-43o). On jette un regard profond et mystérieux dans les luttes d'àme d'un Origène,d'un Clément d'Alexandrie, d'un Grégoire de Naziance, d'un saint Jérôme et d'autres quand on voit ces luttes s'apaiser dans Tesprit d'un saint Augustin.

Saint Augustin est une personnalité, dans laquelle les plus profonds besoins spirituels ressortcnt d'une nature sensuelle et passionnée. Il se développe à travers des conceptions payennes et demi-chrétiennes. Il souffre de ces doutes effrayants quiass9L*\WeiilV\io\ïvav^Vi\^Q^'\l cens-

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tate Timpuissance de la spéculation purement rationnelle devant les problèmes spirituels et qu'il ressent le contre-coup décourageant de cette pensée : « On ne peut rien savoir ! »

La pensée de saint Augustin a pris son essor en partant d'un degré inférieur. Son imagination était si fortement attachée aux choses sensibles et périssables qu'il ne pouvait se représenter le Divin que sous forme d'images matérielles. Il éprouve une véritable délivrance lorsqu'il s'est élevé au-dessus de ce degré. Il décrit cette phase de sa vie religieuse dans ses Confessions, — u Quand je voulais penser Dieu, je ne pouvais me le représenter que sous forme d'immenses masses de corps et je croyais que rien ne pouvait exister en dehors de cela. C'était là la principale et presque la seule cause de Terreur que je ne pouvais éviter. » Par là saint Augustin indique le point où doit arriver tout homme qui cherche la vraie vie de Tesprit. Il y a des penseurs qui prétendent — et ils sont nombreux — qu'en général on ne peut pas arriver à une pensée pure, libre de toute substance sensible. Ces penseurs confondent leur propre point de vue peu élevé avec les capacités humaines. La vérité est au contraire qu'on ne peut atteindre la connaissance supérieure des choses qu'après avoir développé sa pensée jusqu'au point

OÙ elle s'affranchit des choses sensibles. Saint Augustin demandait à Tunivers : Où est le Divin? « J'interrogeai la terre et tout ce qui vit sur elle et elle me répondit : Je ne suis pas Dieu Et tout ce qui vit sur elle me fît la même réponse. J'interrogeai la mer et ses abîmes et les êtres vivantsqu'ils cachent et tous ils répondirent: Nous ne sommes pas ton Dieu, cherche au-dessus de nous. J'interrogeai les souffles des airs, et tout le nimbe terrestre avec ses habitants me répondit: les philosophes qui ont cherché en nous l'essence ries choses se sont trompés ; nous ne sommes pas Dieu. J'interrogeai le soleil, la lune et les étoiles. Ils dirent : Nous ne sommes pas le Dieu que tu cherches. » Et saint Augustin reconnut qu'une seule chose pouvaitrépondre à sa question sur le Divin, à savoir sa propre âme. Elle dit : Nul œil, nulle oreille ne peut te communiquer ce qui est en moi. Moi seul je puis te le dire et je te le dis d'une manière indubitable. « Si la force de la vie réside dans Tair ou dans le feu, les hommes ont pu en douter. Mais qui pourrait douter que Thomnie vit, se souvient, comprend, veut, pense, sait et juge? S'il doute, il n'en vit pas moins, il se souvient et comprend pourquoi il doute, il veut s'en assurer, il sait qu'il ne sait rien, il juge qu'il ne doit rien admettre préinaturémeni. » Les cYioses ^^V.^x\^\rcçi^ \:i^ ^<^ dé-

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fendent pas quand on leur refuse Texistence, mais Tàme se défend. Pourrait-elle douter d'elle même, si elle n'était pas? Son doute confirme son existence. « Nous sommes et nous reconnaissons notre être, nous aimons notre être et notre existence ; sur ces trois objets, l'illusion et Terreur sont impossibles, car nous ne les saisissons pas comme des objets du dehors avec nos yeux corporels. » L'homme s'informe sur le Divin dans son âme. Saint Augustin s'était élevé au .point de reconnaître cela. C'est d'une disposition semblable que naissait chez les peuples payens le désir de frapper aux portes des Mystères. Au siècle de saint Augustin, on pouvait devenir chrétien avec de telles convictions. Le Logos, devenu homme, Jésus avait trouvé la voie qui doit suivre l'âme lorsqu'elle est devenue capable de s'entretenir avec elle-même. A Milan, saint Augustin reçut, en 385, l'enseignement de saint Ambroise. Tous ses doutes sur l'Ancien et le Nouveau Testament disparurent, quand son maître lui expliqua les passages les plus importants des écritures non plus seulement d'après le sens littéral « mais en soulevant le voile mystique qui recouvre leur esprit ».

Pour saint Augustin, les secrets et les pouvoirs gardés par les Mystères antiques secorporisent dans la tradition historique des Évangiles

et dans la puissance conservée par elle. Il se persuade peu à peu que « la loi de cette tradition qui consiste à croire ce qu'elle n'a pas prouvé, est pleine de mesure et sans malice ». Il en arrive à cette idée : « Qui pourrait être assez aveugle pour dire que l'Église des apôtres ne mérite pas de foi, alors que cette Église est si fidèle à sa mission supportée par la concordance de tant de frères, que ceux-ci ont légué si consciencieusement les écritures à la postérité et que cette Église a maintenu les chaires de la doctrine chrétienne en une série non interrompue jusqu'aux évêques actuels. »

Par une telle disposition d'esprit, saint Augustin devint le modèle de tous ceux qui, animés d'un esprit élevé, voulurent se faire membres de Téglise chrétienne. Par sa nature personnelle, saint Augustin était un myste ; il déclara que rÉglise était le seul temple dans lequel il fallait recevoir l'initiation. L'Église devint le détour par lequel Tâme humaine devait arriver à « Tinitiation ». Les disciples pénétrés de son esprit cessèrent de chercher une expérience personnelle du Divin. Le désir personnel devait trouver son contentement en abdiquant devant le trésor de vérités divines conservées par l'Église. « Quel bonheur, quelle jouissance durable du bien suprême et vènlaiYAe ^'oS^tç^ ^ w<2»\%^q^^V^&^4-

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rénité, quel souffle d'Éternité ! Mais comment l'exprimer ? Cela fut dit autant qu'on peut le dire par ces âmes grandes et incomparables auxquelles nous concédons qu'elles ont vu, qu'elles voient encore... Nous arrivons à un point où nous reconnaissons combien est vrai ce qu'on nous a ordonné de croire, combien salutairement nous avons été élevés par notre mère t Église et quelles vertus découlent de ce lait que l'apôtre Paul a offert aux petits... »

Par là le Divin cessa d'être une expérience immédiate, une chose personnelle et vécue. L'individu eut beau s'enfoncer en lui-même : le Divin qu'il y pouvait trouver désormais n'était qu'un reflet terrestre de cette vérité enseignée par l'Église. Dès lors, la vérité divine fut reléguée dans une perfection infinie et inapprochable. Quant à Phomme, il demeurait emprisonné dans sa personnalité terrestre. A quelque hauteur qu'il s'élevât, tout ce qu'il pouvait atteindre n'était plus que de la science humaine. La pleine vérité ne pouvait plus être créée immé- ' diatement dans l'intérieur de l'âme. Tout ce que rame crée de son propre fond (sans son Daïmon ou son Génie supérieur) est lié à la personnalité. Cela est terrestre. Le myste au contraire vivait et reconnaissait dans son expérience mystique un degré du Divin. L'échelle

des degrés de la connaissance fut effacée ^ A partir de ce moment, le Divin lui-môme flotta dans un lointain inapprochable. On ne pouvait plus l«î reconnaître, on ne pouvait plus le vivre, il fallait le croire sur l'autorité de TÉglise. « Je ne croirais pas à la vérité de TEvangile si TÉglise catholique ne m'y forçait pas, » dit saint Augustin. Par là la contradiction entre la foi et la connaissance fut érigée en dogme. Cette contradiction devint le point de vue de TÉglise. Saint Thomas d'Aquin (1237-127/1) Ta exprimée dans ses écrits de la manière la plus diverse. Le savoir humain peut arriver jusqu'au point atteint par saint Augustin dans la connaissance de luimême, jusqu'à la certitude du Divin. Quant à Tesscnce du Divin, c'est la sainte théologie qui le donne à l'Église ; et elle le donne sous forme d'uneî foi élevée au-dessus de toute connaissance.

1. Il importe de remarquer ici que cet efTacement est le fait de TÉglise et non pas du maître Jésus. Jésus avait établi dans sa communauté une hiérarchie de Finitiation entn» la masse des lidéles, les soixante-dix et les apôtres. Parmi los apôtres eux-mêmes, on remarque une différence de dejrré entre les neuf et les trois disciples préférés, Pierre, Jacques et Jean. Ajoutons que Jean, « le disciple que Jésus aimait, »> parvint par son intimité particulière avec le maître à un degré d'initiation très supérieur à celui des deux autres et qu'il peut être considéré, grâce à l'Kvangile qui s inspira de sa tradition et à l'Apocalypse, comme ra/icétredc t()uU'éso\.èr\ïMïiftc\\v(A\ç\\.— ^Qr\^\s>i'\v.K\ivicTRUR..

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On peut étudier Torigine de cette doctrine dans la théologie de Jean Scot Erigène, qui vécut au neuvième siècle à la cour de Charles le Chauve, et qui forme la transition naturelle entre les croyances des premiers temps du christianisme à la Somme de saint Thomas d'Aquin. Cette conception de Tunivers se tient dans le cadre du néo-platonisme. Scot Érigène a développé à sa manière, dans son œuvre, les doctrines du soidisant Denys TAréopagyte. Cette doctrine partait du Dieu élevé au-dessus de tout ce qui est sensible et périssable et en fait dériver le monde. L'homme est compris dans les métamorphoses de ce Dieu, qui finit par devenir à la fin des temps ce qu'il était au commencement. Tout retombe à la fin dans la divinité qui a passé elle-même par le processus universel. Mais la personnalité de l'homme n'est pas en rapport immédiat avec le Divin. Seul le Logos, qui s'est fait chair, Ty conduit. La foi contenue dans les Ecritures qui parlent de ce Logos (de Jésus-Christ) mène au salut. La raison et l'autorité de l'Écriture sont placées sur le même niveau ; il n'y a pas de médiation entre la Foi et la Connaissance. Elles ne se contredisent pas; mais la foi doit nous conduire au point où la connaissance ne pourra jamais nous élever.

La Connaissance de l'Eternel^ que les Mystères antiques refusaient à la foule, l'Église chrétienne en fit le contenu de la foi et le désigna comme quelque chose d'inaccessible à Thomme par sa nature môme. Tandis que les Mystères antiques avaient placé Tlnitiation et la vraie Connaissance au-dessus de la religion populaire comme TArcane de la Philosophie et de la Religion, TÉglise fit de l'image de l'Éternel qu'elle offrait à la foule une borne de la connaissance et un signe de l'impuissance humaine à saisir Tessence de la divinité.

Dans rhistoire du christianisme, la sagesse des Mystères et le mythe populaire se confondent en une religion révélée. Le contenu de la foi et la science humaine y sont placés en deux compartiments séparés.

Le inyste avait la conviction que la Connaissance du Divin était pour lui — et la foi, sous forme d'images, pour le peuple. L'Église créa cette conviction : Dieu a donné la sagesse à l'homme, par une révélation; en la reconnaissant, Thomme reçoit un reflet de la révélation divine. — Désormais, la vérité doit appartenir à tous, mmH en réalité, ç^rsoTiwe. ive. la çossède vrai-

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