‹ Le mystère chrétien et les mystères antiquesChapitre 8 sur 16 · C.onsidérez sous ce jour le mystère égyptien d'Osiris · texte numérisé non relu

C.onsidérez sous ce jour le mystère égyptien d'Osiris

Osiris était devenu graduellement une des plus importantes divinités égyptiennes. Sa figure se substitua à celle d'autres Dieux chez une partie du peuple égyptien. Autour d'Osiris et d'isis se forma un cycle important de mythes. Osiris était le fils du Dieu du soleil, son frère était Typhon Set, sa sœur Isis. Osiris épousa sa sœur et régna avec elle sur TÉgypte. Typhon, le méchant frère, se demanda comment il pourrait anéantir Osiris. 11 fit fabriquer une caisse qui avait exactement la longueur d'Osiris. A un festin, la caisse fut ofï'erte à celui qui y entrerait exactement. Osiris seul avait la juste mesure. Alors Typhon et ses compagnons se jetèrent sur Osiris, fermèrent la caisse et la lancèrent dans le fleuve. Quand Isis entendit la chose terrible, elle erra partout pour chercher le cadavre de son mari. Quand elle Teut trouvé. Typhon s'en empara de nouveau. 11 le déchira en quatorze morceaux qui furent dispersés dans les contrées les plus diverses. On montrait en Egypte plusieurs tombeaux d'Osiris. Çk el là^ en beaucoup

d'endroits, on prétendait que des parties du Dieu avaient été ensevelies. Mais Osiris luimême sortit des enfers et vainquit Typhon ; un de ses rayons tomba sur Isis, qui en conçut Harpocrate ou Horus.

Que Ton compare maintenant avec ce mythe la cosmogonie du philosophe grec Empédocle (490-430 avant J.-C.) 11 suppose que TÊtre unique et originaire a été déchiré en quatre éléments : le feu, Teau, la terre et Tair, ou dans la pluralité des êtres. Il oppose l'une à l'autre deux puissances qui produisent le devenir et la mort dans ce monde de l'existence : TAmour et le Combat. Voici ce qu'Empédocle dit des éléments :

Eux-mêmes restent identiques, mais en se connbinant Ils deviennent des hommes, et tous les ôtres innom-

[brables, Qui tantôt, par la force de r Amour, se rassemblent en

[une forme vivante, Tantôt, par la Haine et le Combat se dispersent en indi-

[vjdus.

Que sont donc les choses du monde au point de vue d'Empédocle ? Ce sont les divers éléments mélangés. Ils ne pouvaient naître que parce que rUn primordial s'est déchiré en ces quatre entités. Cet Un primordial s'est donc répandu dans les éléments. Qu'une chose quelcon(\ue nous

apparaisse, elle est une partie de cette divinité partout répandue. Mais cette divinité est cachée dans la chose. 11 a fallu d'abord qu'elle meure pour que les choses puissent naître. Et ces choses que sont-elles ? Des mélanges de parties divines dont la structure est formée par r Amour et la Haine. Empédocle le dit en propres termes.

La preuve en est la structure des membres humaius. D'abord les éléments que possède le corps dans sa fleur Se combinent en un tout par la force de TAmour. Ensuite, arrachés Tun à Tautre par la Dissension et le

[Combat Ils errent séparés aux confins de la vie. Ainsi vivent et meurent les plantes, les poissons de la

[mer, Le gibier des montagnes et les oiseaux portés sur des

[ailes.

Empédocle pensait donc que le sage retrouve Tunité divine, cachée dans le monde, et comme ensorcelée sous les liens inextricables de TAmour et de la Haine. Mais si l'homme trouve le Divin, il faut qu'il soit divin lui-même. Car, au point de vued'Empédocle, un être ne peut être reconnu que par son égal. Sa conception de la connaissance se résume dans un quatrain de Gœthe.

Si l'œil n'était pas d'essence solaire Comment verrait-il le soleil ?

Si la force même de Dieu ne vivait pas en nous, Comment le Divin po\iTT^\V-\\ xi^m^ \%x\]c ?

Ces pensées sur le monde et sur rhommc, qui dépassent l'expérience des sens, le mysle les retrouvait dans le mythe d'Osiris. La force divine créatrice s'est diversifiée dans le monde. Elle apparaît sous la forme des quatre éléments. Dieu (Osiris) est mort. L'homme doit le réveiller avec sa connaissance, qui est d'essence divine ; il doit le retrouver comme Horus (le Fils de Dieu, le Logos, la Sagesse) dans la lutte entre la Haine (Typhon) et l'Amour (Isis). Écrivant en langue grecque, Empédocle exprime sa conviction en imagesqui confinent au mythe. Il appelle TAmour Aphrodite et la Haine Neikos ou le Combat.

De ce point de vue, on découvre le fil d'Ariane qui conduit à travers le labyrinthe des mythes grecs. Jetons un coup d'œil sur la légende d'Hercule. Les douze travaux d'Hercule apparaissent SOUS une lumière supérieure, quand on se rappelle qu'avant la dernière et la plus difficile de ces épreuves il se fit initier aux Mystères d'Eleusis. Sur la demande du roi Eurysthée de Mycène, le fils de Jupiter doit amener le chien des enfers, Cerbère, à la lumière du jour et le faire rentrer dans sa demeure. Pour cette descente aux enfers, il faut qu'Hercule soit initié. Les Mystères faisaient passer Thomme à travers la mort des choses périssables, c'est-à-dire à travers Tenfer, et ils sauvaient par l'initiation

lôS LE MYSTÈRE CHRÉTIEN ET LES MYSTÈRES ANTIQUES

son essence éternelle de la mort. Comme mysle l'homme pouvait vaincre la mort. C'est comme mysle qu'Hercule triomphe des dangers du monde inférieur. Cela justifie Tinterprétation qui considère ses épreuves précédentes comme les degrés successifs de l'évolution intérieure de Tûme. — Hercule terrasse le lion de Némée et se revêt de sa peau. Cela veut dire qu'il se rend maître de la force physique dans l'homme ; il la dompte. — Il tue ensuite Thydre aux neuf têtes. 11 en triomphe avec des brandons allumés el trempe ses flèches dans son fiel ; elles en acquier* rent la vertu d'atteindre infailliblement leur but. Cela veut dire qu'il triomphe de la science inférieure, de la science morcelée qui vient des sens. 11 en triomphe par. le feu de l'Esprit, et, dans ce qu'il a appris par cette science inférieure, il trouve la force de voir toutes les choses avec l'œil vainqueur de l'Esprit. — Dans ses courses au pays des Hyperboréens, Hercule saisit et met en laisse la biche d'Artémis. Celle-ci est la déesse de la chasse. Tout ce que la libre nature peut offrir à Tûme, Hercule le conquiert et le soumet. — On peut interpréter de même les autres travaux d'Hercule. Il ne faut pas suivre servilement chaque trait de la légende pour l'expliquer allégoriquement. H suffit de pénétrer le sens général de* é^t^wv^ç^ dont l'ordon*

nance poursuit le développement intérieur du héros. Il s'entend de soi qu'il faut tenir compte de la libre fantaisie des poètes qui ont illustré le mythe.

Une semblable interprétation s'applique à l'expédition des Argonautes. Phrixusetsa sœur Hellé, les enfants du roi de Béotie, étaient opprimés par leur belle-mère. Les Dieux leur envoyèrent un bélier à la toison d'or, qui les emporta à travers les airs. Au passage du détroit entre l'Asie et l'Europe, Hellé se noya. Delà le nom du détroit de l'Hellespont Phrixus arriva chez le roi de Colchide sur la rive orientale de la mer Noire. Il sacrifia le bélier et fît cadeau de sa toison au roi Aétès. Celui-ci la suspendit dans un bois et la fît garder par un terrible dragon. Le héros grec Jason entreprit, de concert avec de puissants et hardis compagnons, Hercule, Thésée, Orphée, de chercher la toison d'or en Colchide. Pour obtenir le trésor, le roi Aétès lui imposa de lourds travaux. Mais Médée, la fille du roi, initiée à la magie, le soutint. Il dompta deux taureaux qui lançaient du feu par leurs naseaux. Il laboura un champ et y sema des dents de dragons dont naissaient des hommes armés. Sur le conseil de Médée, il jeta une pierre au milieu de ces guerriers, sur quoi ils s'entretuèrenl. Par un procédé magi(\iie d<i Médée ^

Jason endort le dragon et parvient à ravir la toison d'or. Il l'emporte en Grèce à son retour et Mcdée raccompagne comme son épouse. Le roi poursuit les fugitifs. Médée tue pour Farrêler son petit frère Absyrtus et répand ses membres dans la mer. En les rassemblant Aétès reste en route. Ainsi les deux époux peuvent atteindre la patrie de Jason avec la toison d'or.

Chacun de ces faits requiert une explication profonde. La toison est quelque chose qui appartient à rhomme et qui lui est inQniment précieux. C'est un trésor dont il a été séparé dans le cours des âges et qu'il ne peut reconquérir qu'en surmontant des puissances terribles. Il en est ainsi de Téternel dans Tàme humaine. Il appartient à l'homme, mais celui-ci en est séparé. Sa nature inférieure se dresse entre eux. Il faut qu'il Tendorme pour s'emparer de son plus cher trésor. Cela lui devient possible, lorsque sa conscience profonde (Médée) lui vient en aide avec sa force magique. Médée devient pour Jason ce que Diotime est devenue pour Socrate, un maître qui lui enseigne l'Amour. La sagesse propre de l'homme a la puissance magique d'atteindre le Divin après avoir vaincu le périssable. De la nature inférieure ne peut sortir qu'une humanité inférieure. Ce sont les hommes cuirassés, vaincus par la force spirituelle^ sur le conseil de

U^. SAGE5>E DES lin'?TERES ET IX M'^TflE îfl

[édée. Même quand l'homiDe a conquis TÉterel, la Toison d'or, il ue>\ pas onc(.»re en silretê. l faut qu'il sacrifie une partie de sa conscience Vbsyrius). Celaest nécessi^ire à cause du monde es sens, que nous ne pouvons concevoir que omme un monde multiple i morcelé .

Le mythe de Prométhée est dun intérêt pariculier au point de vue ésolérique, parce qu'il lous donne en quelque sorte la synthèse de toute a doctrine des Mystères et qu'il dramatise en jn puissant raccourci toute révolution cosmique.

Prométhée et son frcre Épiméthée sont les fils du Titan Japétos. Les Titans sont les enfants de la plus ancienne génération de Dieux, d'Ouranos (le Ciel; et deGèa (la Terre). Kronos, le [)his jeune des Titans, a renversé son pero do son trône et s'est emparé de Tempire du nioililcî. A la suite de quoi, il fut vaincu par les autres Titans. C'est sur son conseil que Zcus exila U)s Titans dans les enfers. Mais en Prométhée vivait néanmoins l'esprit tilanesque. 11 n'était (piVi moitié lami de Zeus. Quand cclui-e.i voulut détruire les hommes à cause de leur outrecuidance, Prométhée eut pitié d'eux, hMir (juscuf^-na les nombres et l'écriture et tous les arts (|ui ron duisent à la civilisation, notamment Tusaf^e du feu. Ceci excita la colère de Zeus contnî son ancien ami. Vulcain, fils de Zeus, fut chargé de

modeler l'image d'une femme d'une grande beauté, que les Dieux ornèrent de tous les charmes possibles. Elle s'appelait Pandore, celle quia tous les dons. Hermès, le messager des Dieux, lamena à Épiméthéc, frère de Prométhée. Elle portait dans ses mains une boîte, présent des Immortels. Épiméthée accepta la boîte, malgré le conseil de Prométhée de ne rien accepter des Dieux. Quand on ouvrit la boîte, toutes les plaies humaines imaginables s'envolèrent du coffret et s'abattirent sur le genre humain. L'espérance seule y resta et cela parce que Pandore referma bien vile le couvercle. L'espérance reste seule à riioinme, présent douteux des Dieux. Sur Tordre de Zeus, Prométhée fut rivé sur un rocher du Caucase à cause de son indulgence pour les hommes. Un aigle mange perpétuellement son foie qui renaît toujours. Prométhée est contraint de passer ses jours dans une solitude torturante jusqu'à ce qu'un des Dieux se sacrifie librement, c'est-à-dire se voue à la mort. Le Titan tourmenté supporte son épreuve en martyr courageux. Il a su que Zeus serait détrôné par le fils d'une mortelle s'il neconsentait pas à s'unira cette femme. Il était important pour Zeus de savoir ce secret. Il envoya son messager Hermès à Prométhée pour apprendre ce qui en était. Celui-ci refusa de répondre. — V.^ V^ç^etide d'Hercule se

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renoue à celle de Prométhée. Dans ses courses, Hercule arrive au Caucase. Il tue Taigle qui dévorait le foie de Prométhée. Le Centaure Chiron, qui ne peut pas mourir quoiqu'il souffre d'une blessure inguérissable, se sacrifie à Prométhée. Alors celui-ci est réconcilié avec les Dieux.

Les Titans sont la force de la volonté, qui sort comme nature (Kronos) de l'Esprit universel primitif (Ouranos). Prométhée est un des Titans, et cela caractérise son être. Mais il n'est pas tout à fait Titan. En un sens, il est partisan du Dieu de l'Esprit Zeus, qui prend en main le gouvernement du monde après avoir dompté la force effrénée de la nature (Kronos). Prométhée est donc l'élan progressif, moitié nature, moitié esprit, la volonté humaine. D'un côté il est tourné vers le Bien, de l'autre vers le Mal. Sa destinée se transforme selon qu'il incline vers l'Esprit éternel ou vers l'éphémère. Cette destinée est la destinée même de l'homme. L'homme est rivé au périssable. Un aigle le ronge. Il doit souffrir. Il ne peut atteindre la vérité suprême qu'en cherchant sa destinée dans la solitude. Il a son secret. C'est que le divin (Zeus) doit se marier avec une mortelle (la conscience humaine) pour mettre au monde un fils, la sagesse humaine (le Logos) (\ui délv.\\:^\i^V<^

Dieu enchaîné. L'homme ne doit pas trahir son secret jusqu'à ce qu'un myste (Hercule) s'approche de lui pour écarter la puissance qui le menace constamment de mort. Un être, moitié animal, moitié homme, un Centaure, est obligé de se sacrifier pour délivrer Thomme captif. Le Centaure est Thomme lui-môme, à demi bestial, à demi spirituel. II faut qu'il meure, pour que l'homme purement spirituel soit délivré. Ce que Prométhée — la volonté humaine — dédaigne, Epiméthée — la raison, la prudence humaine — Taccepte. Mais les dons ofTerts à Epiméthée ne sont que des douleurs et des fléaux. Une seule chose reste — l'Espérance — que le périssable, lui aussi, enfante un jour PÉternel.

Les fêtes d'Eleusis, que la Grèce célébrait en rhonneur de Dèmètèretde Dionysos, nous apparaissent toutes saturées de la sagesse des mystères.

Une voie sacrée conduisait d'Athènes à Eleusis. Elle était jalonnée de signes étranges et impressionnants, destinés à mettre l'âme dans une disposition élevée. A Eleusis, il y avait des temples mystérieux, desservis par des familles de prêtres. La dignité sacerdotale et la sagesse liée à cette dignité s'héritait dans ces familles de génération en génération. La sagesse qui rendait capable d'exerçev w s^ççiT^Q^^ yw.t,U sagesse

LA SAGESSE DES MYSTERES ET LE MYTHE l6o

des mystères. Les fêtes, qui se donnaient deux fois Tan, représentaient le grand drame de Tunivers, où se joue la destinée du Divin dans le monde et de Tâme humaine. Les petits Mystères se célébraient en février, les grands Mystères en septembre. Les initiations se combinaient avec les fêtes. La représentation symbolique du drame cosmique et humain formait sans doute le dernier acte de l'initiation des mystes.

Les temples d'Eleusis avaient été érigés en rhonneur de la déesse Dèmètèr. Elle était une fille de Kronos. Avant le mariage de Jupiter avec Junon, elle lui avait donné une fille, Perséphone. Celle-ci avait été ravie, pendant qu'elle cueillait des fleurs sur une prairie, par Pluton, le Dieu des enfers. Dèmètèr parcourut en gémissant toute la terre pour la chercher. A Eleusis elle fut trouvée assise sur une pierre par les filles de Kéleus, roi d'Eleusis. Elle entra, sous la figure d'une vieille femme, au service de la famille de Kéleus pour soigner le fils de la reine. Elle voulut donner l'immortalité à ce fils, et pour cela elle le cachait chaque nuit dans le feu. Quand la mère s'en aperçut, elle pleura et se plaignit. Le partage de l'immortalité était désormais impossible. Dèmètèr quitta la maison et Kéleus bâtit un temple en son honneur. Le deuil de Dèmètèr pour Perséphoue lut vwfiwi. 1£Ua

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rendit la terre stérile. Les Dieux durent la récoi cilier pour éviter une catastrophe. Alors Zeui décida Pluton à rendre Perséphone au monde supérieur. Mais, avant de laisser partir son épouse, le Dieu des enfers lui fit manger une grenade. Pour cette raison, elle fut forcée de redescendre périodiquement, toujours et toujours, dans les enfers. Désormais elle passa un tiers de Tannée dans les enfers et deux tiers dans le monde supérieur. Dèmètèr, réconciliée, retourna dans rOlympe. Mais à Eleusis, le lieu de son angoisse, on fonda un sacerdoce, pour rappolor d'Age en âge son destin.

Il n'est pas difficile de reconnaître le sens du mythe de Dèmètèr et de Perséphone. Ce qui tour à tour habite les enfers et le ciel, c'est Tûme. Mais elle a été séduite par le périssable et décidée à partager son destin. Elle a goûté le fruit des enfers : l'âme humaine s'est rassasiée de Téphémère. A cause décela, elle ne peut habiter d'une manière durable les hauteurs du Divin. Il faut qu'elle revienne sans cesse dans le royaume des ombres. Déméter est le symbole de la force d'où est sortie Tâme. Cette force veut donner rimmorlalité à l'homme. Dèmètèr cache, la nuit, son protégé dans le feu. Mais Thomme ne peut pas supporter la pure force du feu (de Pesprit). Dèmètèr doit renoncer k soii^\:oYt\..^\\fc\SL<^ijeul

que fonder un culte par lequel Thomnie participera au Divin autant que cela est possible.

Les fêtes d'Éleusis étaient un témoignage éclatant de la foi à l'éternité de l'âme humaine. Ce témoignage trouva son expression symbolique dans le mythe de Perséphone. Avec Dèmètèr et Perséphone, on célébrait Dionysos à Eleusis. De même qu'on honorait en Dèmètèr la créatrice de l'Eternel dans Thomme, on honorait en Dionysos le Divin éternel dont les métamorphoses incessantes forment le monde. Le Dieu qui s'est répandu dans le monde et qui a été morcelé, pour être recréé spirituellement, devait être célébré à Eleusis.

(( Quand, délivré du corps, tu monteras au libre éllier, tu seras un Dieu immortel échappé à la mort. »

Dans cette sentence d'Empédocle apparaît, comme en un point lumineux, tout ce que les anciens Egyptiens pensaient sur l'essence éternelle de l'homme et sur son rapport avec le Divin. La preuve s'en trouve dans le Livre des Morts que le zèle des égyptologues a déchiffré au dixneuvième siècle. « C'est la plus considérable des compositions littéraires de l'ancienne Egypte, » dit le savant qui a découvert ce document et qui fait autorité en cette matière *. On y trouve toutes

1. LEPSirs, Daa Tolenbuch de.r alten Egypier. Berlin, 1842. — Pierre Peiuœt, traducVVow Iva^w^^v^^ ^w lAvire dft% Uorls

sortes d'enseignements et de prières qu'on mettait dans la tombe de chaque défunt. Ce bréviaire devait lui servir de guide quand il s'était dépouillé de son enveloppe mortelle. Les vues les plus secrètes des Égyptiens sur TÉternel et sur l'origine du monde sont contenues dans cet écrit. Ces vues témoignent d'une conception des Dieux, analogue à celle de la mystique grecque.

Osiris était devenu avec le temps le Dieu préféré et le plus universellement reconnu de tous ceux qu'on adorait dans les différentes parties de l'Egypte. En lui se concentrèrent les idées de tous les autres Dieux. Quelles que fussent les idées du peuple égyptien sur Osiris, le Livre des Morts montre que la sagesse des prêtres voyait en Osiris une divinité qui ne peut être trouvée que dans l'âme humaine. Tout ce qu'on y dit de la mort et des morts le prouve clairement. Quand le corps est rendu à la terre et conservé parmi les choses terrestres, alors le noyau éternel de l'homme prend le chemin de l'Eternel primordial. Il comparaît devant le tribunal d'Osiris, assisté de quarante-deux juges. La destinée de la partie éternelle de l'homme dépend de ce que ces juges trouvent en lui. Quand l'âme a confessé ses péchés, si elle est reconnue

des Égyptiens, faite d'après le môme papyrus, manuscrit de Turin.

comme réconciliée avec la justice éternelle,d'invisibles puissances s'approchent d'elle et lui disent: « L'Osiris N. a été purifié dans l'étang qui est au sud du champ de Hotep et au nord du champ des sauterelles, là où les Dieux de la verdure se lavent à la quatrième heure de la nuit et se purifient à la huitième heure du jour avec l'image du cœur des Dieux, en passant de la nuit au jour. » Ainsi, dans l'ordre cosmogonique, on s'adresse à la partie éternelle de l'homme comme s'il était lui-môme un Osiris. Après le nom d'Osiris se trouve le nom du défunt. Et celui qui rentre dans l'ordre éternel de l'univers se désigne lui-même comme « Osiris ». — « Je suis l'Osiris N. — Croissant sous lesfleurs dufiguier,setrouverOsiris N. » L'homme devient donc un Osiris. L'Être- Osiris n'est que le degré le plus parfait de l'être humain. Il s'entend de soi que TOsiris, qui règne en juge sur l'ordre éternel de l'univers, n'est lui-môme pas autre chose qu'un homme parfait. Entre Tétat humain et Tétat divin, il n'y a qu'une différence de degré. L'homme est en voie de développement ; à la fin de sa carrière il devient dieu. Dans cette conception. Dieu est un éternel devenir et non pas un Dieu fini en soi.

Tel étant l'ordre universel, il est évident que

celui-là seul peut entrer dans la vie d'Osiris, qui

est déjà devenu uu Oa\rv% \\ÎY-\si^\£i& avant de

frapper à la porte du temple éternel. La vie la plus haute de rhomme consistera donc à se changer en Osiris. L'homme devient parfait lorsqu'il vit comme Orisis, lorsqu'il traverse ce qu'Osiris a traversé. Le mythe d'Osiris acquiert par là un sens plus profond. Il devient le modèle de celui qui veut éveiller TEternel en lui-même.

Si nous pouvions jeter un regard dans les temples d'initiation, où les hommes se soumettaient à la métamorphose d'Osiris, nous verrions que ces épreuves représentaient microcosmiquement le devenir du monde. L'homme descendu du Père devait enfanter le Fils en lui-même. Ce qu'il porte en réalité en soi, le Dieu ensorcelé, il devait le manifester. Ce Dieu est opprimé par la puissance de la nature terrestre. Cette nature inférieure doit d'abord être mise au tombeau, afin que la nature supérieure puisse ressusciter.

D'après cela, nous pouvons interpréter ce qu'on nous dit des événements de l'initiation. L'homme était soumis à des procédures mystérieuses. Sa partie terrestre était tuée (ou du moins paralysée par un sommeil léthargique), sa partie supérieure éveillée. Il n'est pas nécessaire d'étudier ces procédures en détail, il suffit de comprendre leur sens. Ce saTisretàSOildulé\svc^\%v\a^e

rendu par tous ceux qui avaient traversé Tinitiation. Ils pouvaient dire : « J'ai vu devant moi la perspective infinie au bout de laquelle il y a la perfection du Divin. J'ai senti que la force de ce Divin est en moi. J'ai porté au tombeau ce qui opprime en moi celte force. Je suis mort pour les choses terrestres. J'étais mort. J'étais mort comme homme inférieur; j'étais en enfer. J*ai conféré avec les morts, c'est-à-dire avec ceux (|ui sont déjà entrés dans Tordre universel. Après mon séjour en enfer, je suis ressuscité. J'ai vaincu la mort, mais maintenant je suis devenu un autre. Je n'ai plus rien à faire avec la nature périssable. Désormais elle est trempée chez moi et comme saturée du Logos. J'appartiens maintenant à ceux qui sont assis à la droite d'Osiris. Je serai moi-même un véritable Osiris, intégré dans Tordre éternel et le pouvoir sur la vie et la mort sera donné entre mes mains. » L'initié devait se soumettre à Texpérience qui Tamenait à celte confession. Cette expérience était un événement vécu de la plus haute importance.

Imaginez maintenant qu'un non-initié entende ))arler de ces événements. Il ne peut pas savoir ce (|ui s'est réellement passé dans Tàme de Tinitié. A ses yeux, celui-ci est mort physiquement ; il a été couché au tombeau et il est ressuscité. La réaVilè s»pmW^\\^\w\^^^taxaîtsous

la forme d'une réalité des sens, comme un événement qui brise Tordre naturel. C'est «un miracle ». L'initiation était un tel « miracle ». Celui qui voulait la comprendre devait avoir éveillé en lui les forces nécessaires pour rester debout sur les degrés supérieurs de la vie. 11 devait s'être préparé à Texpérience suprême par un genre de vie spécial. Que ces événements prennent telle ou telle forme, ils peuvent toujours se ramener à certaines étapes. La vie d'un initié est donc une vie typique. On peut décrire cette vie indépendamment d'une personnalité particulière. Ou plutôt, un individu ne sera sur le chemin du Divin que s'il a traversé ces événements typiques.

Une telle personnalité nous apparaît en Bouddha vivant au milieu de ses disciples ; ainsi Jésus apparaît à sa communauté. On connaît aujourd'hui le parallélisme qui existe entre la vie de Bouddha et celle de Jésus. Rudolf Seydcl a démontré d'une manière frappante ce parallé- Hsme dans son livre Bouddha et le Christ. Il suffît de suivre les particularités des deux vies pour se convaincre que toutes les objections contre ce parallélisme sont vaines.

La naissance de Bouddha est annoncée par un éléphant blanc qui descend du ciel sur la reine Maïa. Ce présage signifie que Maïa mettra au

monde un homme divin, «qui disposera tous les ôtres à Tamour et à Taniitié et les unira en un pacte (Hroit. » On lit dans l'Evangile de saint Luc : « Dieu envoya Fange Gabriel à une vierge, fiancée à un homme nommé Joseph, de la maison de David ; et cette vierge s'appelait Marie. EtTange, étant entré dans le lieu où elle était, lui dit: Je te salue, toi qui es reçue en grâce... Tu concevras et tu enfanteras un fils, à qui lu donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera le fils du Très-Haut. » (Saint Luc, I, 26-3i.)

Les brahmanes, les prêtres indous, qui savent ce que signifie la naissance d'un Bouddha, interprètent le rêve de Maïa. Ils ont une idée typique d'un Bouddha. Il faut que la personnalité particulière du dernier Bouddha, qui se nommait Gautama Sakia Mouni, réponde à cette idée préconçue. Conformément à cette tradition, on lit dans saintMathieu (11,4) • <^ Hérode fit rassembler les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, il s'informa d'eux où le Christ devait naître. » — Le brahmane Asita dit de Bouddha: « Ceci est l'enfant qui deviendra le Bouddha, le sauveur, le conducteur de l'immortalité, de la liberté et de la lumière. » Comparez à cet épisode de rhistoire de Bouddha Tépisode évangélique, et vous remarquerez l'exacte correspondance des deux : « Il y avait à Jérusalem un homme qui

s'appelait Simon : cet homme était juste et craignait Dieu, il attendait la consolation d'Israël et le Saint Esprit était sur lui.... et comme le père et la mère apportaient le petit enfant Jésus pour faire à son égard ce qui était en usage selon la loi, il le prit entre ses bras et bénit Dieu et dit : Seigneur ! tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix, selon ta parole ; car mes yeux ont vu ton sauveur, que tu as préparé pour tous les peuples, pour être la lumière qui doit éclairer les nations et la gloire de Ion peuple d'Israël. » (Luc, II, 25 à 82.)

On raconte de Bouddha qu'à Tâge de douze ans il s'égara et fut retrouvé sous un arbre, entouré des poètes et des sages du passé qu'il enseignait. A ce récit répond le passage suivant de saint Luc (II, 4i à 47) ' « Or son père et sa mère allaient tous les ans à Jérusalem à la fêle de Pâque. Et quand il eut atteint l'âge de douze ans, ils montèrent à Jérusalem selon la coutume de la fête. Lorsque les jours de la fête furent achevés, comme ils s'en retournaient, l'enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et Joseph et sa mère ne s'en aperçurent point; mais pensant qu'il était en compagnie de ceux qui faisaient le voyage avec eux, et ils marchèrent une journée ; et ils le cherchèrent parmi leurs parents et ceux de leur connaissance ; et ne le trouvant

point, ils retournèrent à Jérusalem pour Ty chercher. Et au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoulant et leur faisant des questions. Et tous ceux qui récoutaient étaient ravis de sa sagesse et (le ses réponses. »

Quand Bouddha a vécu dans la solitude et qu'il retourne parmi les hommes, il est accueilli par le salut d'une vierge : « Heureuse ta mère, heureux ton père, heureuse l'épouse à laquelle tu appartiens. » Il répond : « Heureux seulement sont ceux qui sont dans le Nirvana, « c'est-à-dire qui sont entrés dans Tordre éternel de Tunivers. (Uicz Luc (XI, 27 et 28) on lit : « Comme Jésus disait ces choses, une femme de la troupe éleva sa voix et lui dit : « Heureux les flancs qui t'ont porté et les mamelles qui t'ont allaité ! » « Mais plutôt, reprit Jésus, heureux ceux qui écoutentla parole de Dieu et qui la gardent. »

Au cours de l'initiation de Bouddha, le tentateur IVlara, l'esprit du mal, s'approche du solitaire en méditation et lui promet tous les royaumes de la terre. Bouddha refuse tout avec ces paroles : « Je sais qu'un royaume m'est destiné, mais je ne réclame aucun royaume de ce monde. Je deviendrai Bouddha et tous lesroyaumes du monde en chanteront d'allégresse. » Alors le tentateur s'écrie : « Mon règne est fini, » Lors*

que Satan promet à Jésus tous les royaumes de la terre pouvu qu'il se prosterne devant lui, Jésus lui répond : « Va-t'-en de moi, Satan. Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu n'auras point d'autre maître. » Et TEvangéliste ajoute : « Alors le diable le quitta. » (Matthieu, IV,

10 et suiv.)

A ce point de la carrière initiatique finit la vie de Bouddha ; mais — fait essentiel pour l'histoire de la religion et de l'humanité — à ce point même commence la partie la plus importante de la vie de Jésus : sa passion, sa mort et sa résurrection.

La vie de Bouddha s'achève d'une manière sublime. Dans un voyage, il se sentit malade.

11 vint au fleuve Hiranja, dans le voisinage de Kouchinagara. Là il se coucha sur un tapis que son disciple préféré, Ananda, étendit devant lui. Son corps commença à luire du dedans. Il mourut transfiguré, comme un météore, et expira avec ces mots : « Rien ne dure. »

Cette mort de Bouddha répond à la transfiguration de Jésus :« Six jours après, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean son frère et les mena sur une haute montagne, à part. Et il fut transfiguré en leur présence ; son visage devint resplendissant comme le soleil et ses habits devinrent éclatants comme la lumière. » (Matthieu, XVII, i et 2.)

Exprimons ceci dans la langue des initiés: Bouddha est arrivé jusqu'au point où la lumière divine commence à briller dans l'homme. Il devient la lumière du monde. Jésus va plus loin. Il ne meurt pas physiquement, au moment où la lumière du monde Tillumine en le traversant. A ce moment, il devient un Bouddha. Mais, ace moment aussi, il s'élève à un degré supérieur de l'initiation. Il souffre et il meurt. Tout ce qu'il a de terrestre disparaît. Mais ce qu'il a de spirituel, la lumière du monde, ne disparaît pas. Sa résurrection suit. Jésus apparaît en Christ à sa communauté de fidèles. Bouddha s'évanouit au moment de sa transfiguration dans la vie bienheureuse de l'Esprit universel. Jésus éveille encore une fois cet esprit universel sous forme humaine dans la vie présente. De telles choses se pratiquaient, dans une certaine mesure, sur les initiés aux degrés supérieurs de l'initiation. Les initiés dans le sens d'Osiris parvenaient à cette résurrection. Cette « grande » initiation fut donc ajoutée dans la vie deJésusà l'initiation de Bouddha. Bouddha a prouvé par sa vie que riiorame vient du Logos et qu'il retourne dans sa lumière quand son corps terrestre meurt. Jésus est devenu personnellement le Logos. En lui la Parole a été faite chair.

Donc, les événemeuls c^w^V^^xo^^tères anti-

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ques déroulaient dans Tintérieur et le secret des temples, le christianisme les a présentés comme un fait historique. Jésus l'Initié, l'Initié d'une grandeur unique et suprême, a été reconnu par sa communauté. Il lui a prouvé que le monde était un monde divin. Pour la communauté chrétienne, la sagesse des Mystères fut indissolublement rattachée à la personne de Jésus. Ce que précédemment on voulait atteindre par les Mystères fut remplacé, pour les disciples de Jésus, par la foi en ce fait que le Christ avait vécu sur la terre et que ses fidèles lui appartenaient.

Pour les communautés chrétiennes, il n'y eut plus désormais de méthodes mystiques, il n'y eut que la conviction que Dieu s'était manifesté dans la Parole faite chair. Les longs exercices par lesquels on devait se préparer cessèrent d'être la norme de l'initiation. Ce qui avait été entendu et vu par ceux qui avaient vécu avec Jésus, la tradition qu'ils avaient livrée à leurs successeurs, voilà ce qui fut considéré comme le salut. « Ce qui est arrivé dès le commencement, ce que nous avons entendu, la parole de vie que nous avons touchée de nos mains... ce que nous avons vu et entendu, nous vous Tannonçons afin que vous le partagiez avec nous. » (i'« Épître de saint Jean, \-^.^ E\. ç,^\fc T^'iiSSvfe^

immédiate doit embrasser toutes les races humaines comme un lien vivant, et se propager, de générations en générations, par le lien mystique de rÉglise, Tel est le sens qu'il faut donner aux paroles de saint Augustin : « Je ne croirais pas à rÉvangile si l'autorité de l'Église catholique ne m'y décidait pas. » Les Evangiles n'ont donc pas en eux-mêmes un signe de reconnaissance pour leur vérité ; mais on doit les croire parce qu'ils se fondent sur la personnalité de Jésus ; et parce que l'Eglise tire mystérieusement de cette personnalité la force de mettre en action la vérité de TÉvangile.

Les Mystères transmettaient par la tradition les moyens d'arriver à la vérité ; la communauté chrétienne a la prétention de transplanter par elle-même cette vérité de génération en génération. La confiance dans les forces mystiques qui s'éveillent dans l'intérieur de l'homme par l'initiation devait être remplacée par la confiance en l'Unique, en l'Initiateur primordial. Les mystes cherchaient leur propre divinisation ; ils voulaient la vivre. Jésus était divinisé ; nous devons nous en tenir à lui ; alors nous participerons à sa divinité dans la communauté fondée par lui ; tel devient le credo chrétien. Ce qui est divinisé pour Jésus est divinisé pour toute la communauté. « Et voici je s>\ù^ \o\iY>\vx% ^vec vous

jusqu'à la fin dumonde. » (Matthieu, XXVIII, 20.) Celui qui est né à Bethléem a uq caractère élérnel. L'antiphonaire de Noël parle de la naissance de Jésus comme s'il renaissait à chaque fête de Noël : « AujourcVhui Christ est né ; aujourd'hui le sauveur est apparu ; aujourd'hui les anges chantent dans le ciel. »

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