Chambre des Communes. Loc. cit
s'imposait. M. Lloyd George en fut chargé. Il la fit dans les termes suivants :
Je ferais de grands sacrifices pour préserver la paix. Je ne puis rien concevoir qui pourrait justifier une perturbation, si ce n'est des questions de l'intérêt national le plus grand.
Mais si, à notre corps défendant, nous étions mis en face d'une situation où la paix ne pourrait être préservée que par la reddition des positions grandes et bienfaisantes que la Grande-Bretagne a gagnées par des siècles d'héroïsme et d'exploits ; qu'en laissant traiter la Grande-Bretagne, là où ses intérêts vitaux sont engagés, comme si elle ne comptait plus dans le concert des nations, alors, je le déclare avec toute la force dont je suis capable, la paix achetée à ce prix serait, pour un grand pays tel que le nôtre, une intolérable humiliation.
L'honneur national n'est pas une question de parti, la sécurité de notre commerce international n'est pas une question de parti.
Le ton de ce disours devait faire impression. Le fond n'en était point discutable. Comme sir Edward Grey devait le dire le 27 novembre suivant : « Si jamais vient un temps où un ministre, dans la situation où se trouvait le chancelier de l'Échiquier, ne puisse dire cela, alors nous aurons cessé d'être une grande nation ». Rien de plus juste. Mais précisément parce que la voix venait de plus haut, elle déchaîna en Allemagne une plus vive irritation et nul ne méconnut que, par son intervention, M. Lloyd George avait exprimé la volonté de l'Angleterre de fermer le Maroc à l'Allemagne.
La rapidité, avec laquelle le gouvernement anglais avait procédé, fut une surprise pour M. de Kiderlen. En réponse à la conversation du 21, il avait préparé une dépêche pour son ambassadeur à Londres où il traitait d'hallucinations les inquiétudes anglaises, où il dénonçait les indiscrétions du gouvernement français et le chauvinisme de la presse française, où
il déclarait que jamais l'Allemagne n'avait songé à débarquer à Agadir et n'y songerait jamais, où il se plaignait que la France fît intervenir ses alliés et ses amis1. Avant que ces instructions parvinssent à Londres, le texte du discours de M. Lloyd George arrivait à Berlin. Dès lors, M. de Kiderlen décidait qu'il n'était plus possible de permettre à sir Edward Grey de faire état devant le parlement de sa dépêche précédente : « car disait-il, nous aurions l'air de céder à la menace ».
Le 24 juillet, en conséquence, l'ambassadeur d'Allemagne vint donner à sir Edward Grey l'assurance qu'aucun débarquement n'avait eu lieu à Agadir et que l'Allemagne n'avait jamais eu l'intention d'y installer une base navale. Mais le comte Wolfï Metternich pria le ministre de ne pas communiquer au parlement cette assurance. Le 25, nouvelle visite et nouvelle insistance sur le caractère confidentiel de la déclaration de la veille. L'Allemagne expliquait cette insistance par le discours même de M. Lloyd George. Elle laissait entendre qu'avant ce discours elle eût volontiers rendu publique cette assurance confidentielle, mais qu'après ce discours et l'explosion de colère provoquée par lui en Allemagne, elle ne pouvait « consentir à ce qu'elle fût communiquée à la Chambre ». L'ambassadeur d'Allemagne ajoutait qu'il était chargé, à ce propos, d'attirer l'attention du gouvernement britannique sur les faits suivants 2 :
Une grande partie de la presse anglaise et la presse française tout entière ont pris occasion du discours de M. Lloyd George