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les dépenses du port de Larache seront imputées au compte de l'emprunt et imputées « en première ligne ». Il a suivi « la procédure indiquée par le gouvernement impérial pour l'établissement du compte général des dettes du makhzen ». Les négociations engagées à l'appel du sultan par le gouvernement de la République en vue de l'emprunt « ont été conduites dans le même esprit qui a inspiré les conclusions de la note allemande relative à la question c'est-à-dire avec la préoccupation d'éviter toute inégalité de traitement entre les créanciers de nationalités différentes et d'écarter tout privilège pour le remboursement des dépenses militaires et navales au piéjudice d'autres créances ». Acte est pris de ce que le gouvernement impérial ne s'opposerait pas à ce que l'emprunt marocain fût garanti par la France, etc..
Après tant d'hommages rendus à l'harmonie des vues, on est tencé de s'étonner que le gouvernement français, au lieu d'affîimer, comme faisait le 2 juin le gouvernement allemand, « l'identité des vues sur tous les points », se borne à dire le 14 octobre « qu'il se plaît à constater avec le gouvernement impérial qu'ils peuvent tous deux se mettre d'accord sur les solutions envisagées par M. Guiot et M. Erckert », — formule bien tiède en vérité et bien modeste, si la suite ne l'éclairait point. En effet, jusqu'à ce point de la réponse française, la question capitale n'avait pas été touchée. Cette question est-il besoin de rappeler en quels termes elle se posait ? Comment le gouvernement de la République envisageaitil les suggestions allemandes sur « la nécessité d'éviter une concurrence stérile et nuisible »; sur l'intérêt qu'il y aurait à restreindre l'adjudication et à « permettre
à certains groupements français et allemands de soumissionner pour de grandes entreprises avec la certitude de les obtenir » ; sur la conséquence enfin de cette pratique, qui serait que l'Allemagne n'aurait affaire qu'à la France, celle-ci pouvant, si bon lui semblait, prélever sur sa propre part la sous-participation des tiers, anglais ou espagnols? Gomment, en un mot le gouvernement français entendait-il concilier l'acte d'Algésiras et l'accord de 1909, le droit de l'Europe et les prétentions de l'Allemagne, l'égalité économique et le privilège? Ici la clarté devenait plus que jamais nécessaire, si l'on voulait éviter les controverses du lendemain. Or à ce moment précisément, l'obscurité montait du texte et jetait un voile pudique sur la difficulté.
Le gouvernement français estime avec le gouvernement allemand qu'il conviendrait de rechercher les solutions les plus favorables à la bonne exécution des travaux de cette nature et d'entendre l'article 107 dé l'acte d'Algésiras dans un sens conforme à la pratique généralement suivie en Europe dans des cas analogues.
Il ne paraît pas douteux, en effet, qu'en posant le principe de l'adjudication publique, les rédacteurs de l'article 107 ont entendu réserver la possibilité de recourir à des contrats de gré à gré après concours ou à de simples contrats de gré à gré dans tous les cas où les législations étrangères autorisent ce recours.
Le gouvernement français est aussi favorable que le gouvernement allemand à cette interprétation. On verrait avec faveur des groupements se former en vue de travaux publics entre des entrepreneurs de différentes nationalités offrant de sérieuses garanties, et notamment entre des maisons françaises et allemandes.
L'arrangement du 9 février dernier, qui a expressément prévu et encouragé des associations de ce genre, trouverait là une heureuse application. Le gouvernement français désire d'ailleurs, ainsi que le mentionne la note allemande, faire accéder dans la plus large mesure possible, à ces groupements, les industriels anglais et espagnols, la détermination de la part de chaque nationalité devant être laissée aux intéressés.
Ce texte, quelque arrondis qu'en fussent les angles, laissait apparaître la divergence profonde des points de vue. L'aide -mémoire allemand portait : « Ainsi on trouverait les moyens propres à permettre à certains groupements allemands et français... de soumissionner de grandes entreprises avec la certitude de les obtenir, d La note française réplique : « On verrait avec faveur des groupements se former en vue de travaux publics entre des entrepreneurs de différentes nationalités offrant de sérieuses garanties et notamment entre des maisons françaises et allemandes. » L'aide-mémoire allemand portait (ne parlant que des Français et des Allemands) : « Il est entendu que, conformément à l'accord du 9 février, les deux gouvernements tacheront d'associer mutuellement leurs nationaux... » La note française réplique (parlant non seulement des Français et des Allemands, mais des « différentes nationalités », — ce qui est tout autre chose) : « L'arrangement du 8 février dernier, qui a expressément prévu et encouragé des associations de ce genre, trouverait là une heureuse application. » Déjà les points de vue s'écartent : pour l'Allemagne, l'accord du 8 février faisait disparaître les tiers ; pour la France, il les laisse subsister. Mais voici que cet écart s'élargit : la note allemande portait : « Le gouvernement français aura la faculté d'associer à une entreprise au Maroc, outre les Allemands, aussi des Anglais et des Espagnols. Mais cette association sera à la charge de la quote-part française. » La note française répond en éludant la question capitale, en passant à côté de la prétention allemande qui consiste à ne voir dans les tiers que de simples sous-participants de la part française : « Le gouvernement français désire d'ailleurs,
ainsi que le mentionne la note allemande faire accéder, dans la plus large mesure possible, à ces groupements les industriels anglais et espagnols, la détermination de la part de chaque nationalité devant être laissée aux intéressés. » La difficulté, ainsi, est escamotée. Est-ce à dire qu'elle soit résolue?
La suite des événements a montré qu'elle ne l'était point. Et si l'opinion publique, ignorant les deux documents qui viennent d'être analysés, a eu le droit d'en être surprise, le bénéfice de cette excuse ne saurait être accordé aux auteurs du malentendu qui ressort de leur lecture. Qu'il fût malaisé de s'évader franchement le 14 octobre 1909 du terrain de privilège et de monopole, où l'Allemagne prétendait nous entraîner, on peut l'admettre. Mais que, dès l'arrivée à Berlin de M. Guiot, au mois de mars précédent, celui-ci n'eût pas reçu l'ordre de ne s'y point aventurer, on le conçoit mal. M. Pichon a dit à la commission du Sénat1 que toujours, dans cette négociation de mars, nous avions précisé que « respectueux des engagements pris, nous interprétions l'accord franco-allemand comme comportant la participation de l'Angleterre et de l'Espagne ». Comment expliquer alors que l'aide-mémoire allemand du 2 juin suivant ne tînt aucun compte de cette réserve, réserve insuffisante d'ailleurs, puisqu'elle passait sous silence huit des treize signataires de l'acte d'Algésiras? Gomment expliquer surtout qu'en présence de ce désaccord profond, la réponse française du 14 octobre ait si rapidement glissé sur lui? Sans doute par la confiance que « tout s'arrangerait » et par ce goût de l'imprécision qui carac-