‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 38 sur 216 · Voir ci-dessous, pages 397 et suivantes · texte numérisé non relu

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CONCLUSION

Jamais politique aussi favorablement acueillie à ses débuts n'avait connu pire fortune. Les causes de cette disgrâce apparaissent maintenant en pleine clarté.

A l'origine un désaccord, que l'événement devait faire éclater, entre l'interprétation française et l'interprétation allemande. La France n'avait cru promettre à l'Allemagne qu'une association limitée. L'Allemagne entendait obtenir une association générale. La France n'avait pas songé à exclure les tiers. L'Allemagne avait réclamé un monopole à deux, montrant ainsi que son attachement antérieur à l'égalité économique n'était que de circonstance. Sur ces bases contraires, on aurait logiquement dû rompre tout de suite. On n'osa point. La France, avec des restrictions mentales, accepta les vues de l'Allemagne en ignorant volontairement les points de désaccord et c'est ainsi que le 14 octobre 1909 elle s'engagea, par l'équivoque, dans la voie des déconvenues.

L'Allemagne fut d'ailleurs la première à ne pouvoir tenir ses promesses. Le magnifique régime de discipline économique, qu'elle nous demandait d'instaurer avec elle, elle fut incapable de l'imposer à ses propres sujets. Le groupe de l'Union des Mines, qui répondait trait pour trait à son programme du 2 juin 1909, ne reçut d'elle aucun appui. La campagne Mannesmann tint en échec

pendant trois ans le gouvernement de l'Empire et la politique de l'Empire. Le gouvernement impérial, qui s'était flatté de commander, dut user son courage à s'abstenir. Même en Allemagne, pays d'ordre et d'obéissance, la concurrence fut la plus forte et l'exploitation minière, qui s'annonçait, par l'organe de l'Union, harmonieuse et paisible, resta un rêve irréalisé.

En matière de travaux publics, l'insuccès fut pareil, mais plus lourde la responsabilité du gouvernement français. Si les promesses du 14 octobre 1909 étaient impossibles à tenir, mieux eût valu ne pas les souscrire. Mieux eût valu surtout ne pas créer, pour les traduire en actes, un instrument dont on devait ensuite ne pas aider ou même entraver le fonctionnement. La Société Marocaine de Travaux publics ne trouva auprès du gouvernement français aucun concours actif. Il lui opposa ou lui laissa opposer des objections qu'il était seul à n'avoir pas le droit d'invoquer. Car il ne les avait pas retenues, lorsqu'il avait provoqué et approuvé la création de cette société, son programme et ses statuts.

Dans la question des chemins de fer, la même hypothèque initiale avait pesé sur notre action, sensible, tantôt aux prescriptions négatives de l'acte d'Algésiras, tantôt aux profits positifs d'un monopole de fait. Incapable d'établir un programme d'ensemble, le gouvernement avait pensé esquiver le débat sous le masque des chemins de fer stratégiques. Mais en sollicitant de l'Allemagne pour une ligne secondaire le bénéfice du privilège, il l'avait fâcheusement conviée à réclamer oe privilège pour le reste du réseau, alors qu'il se savait impuissant à l'imposer aux tiers étrangers ou français. L'Allemagne, par la même occasion, avait essaye d'in-

terpréter à son profit la phrase ambiguë, qu'on avait eu le tort d'introduire dans la lettre explicative du 8 février 1909,. et de réclamer dans l'exploitation des chemins de fer marocains un personnel allemand que nous ne pouvions accepter. Ici encore apparaissait le péril de l'équivoque initiale, origine de l'échec final.

De cet échec, les deux partenaires portent, à parts égales, la responsabilité. Cette responsabilité incombet-elle aux choses ou aux hommes? L'accord de 1909, dans ses clauses économiques était-il inapplicable ou a-t-il été mal appliqué ? Il appartient aux lecteurs de répondre à cette question sur la base des faits et des textes qui leur sont désormais connus.

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