‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 4 sur 216 · Rapport Baudin. page · texte numérisé non relu

Rapport Baudin. page

tion de l'acte d'Algésiras, sont convenus de préciser la portée qu'ils attachent à ses clauses, en vue d'éviter toute cause de malentendus entre eux, dans l'avenir.

En conséquence,

Le gouvernement de la République française, entièrement attaché au maintien de l'intégrité et de l'indépendance de l'Empire chérifien, résolu à y sauvegarder l'égalité économique et, par suite, à ne pas y entraver les intérêts commerciaux et industriels allemands.

Et le gouvernement impérial allemand, ne poursuivant que des intérêts économiques au Maroc, reconnaissant, d'autre part, que les intérêts politiques particuliers de la France y sont étroitement liés à la consolidation de l'ordre et de la paix intérieure, et décidé à ne pas entraver ces intérêts.

Déclarent qu'ils ne poursuivront et n'encourageront aucune mesure de nature à créer en leur faveur ou en faveur d'une puissance quelconque un privilège économique et qu'ils chercheront à associer leurs nationaux dans les affaires dont ceux-ci pourront obtenir l'entreprise.

En outre, deux lettres explicatives échangées le même jour par MM. de Schoen et Cambon précisaient que, en raison du « désintéressement politique de l'Allemagne », la direction des grandes entreprises, principalement de celles qui présenteraient un caractère politique, serait réservée à des Français. Les deux lettres ajoutaient que, dans la mesure du possible, les deux gouvernements, en associant leurs nationaux, tiendraient compte de ce fait que les intérêts économiques de la France sont, au Maroc, supérieurs à ceux de l'Allemagne.

Le moins qu'on pût dire de cet accord, c'est qu'il était une surprise. Après quatre ans de conflit, — voyage de l'empereur Guillaume à Tanger, mission à Fez du comte de Tattenbach, chute de M. Delcassé, dramatique négociation de 1905, âpre débat d'Algésiras,

controverses ultérieures à propos de la reconnaissance de Moulay-Hafid et des déserteurs de Casablanca — l'accord du 8 février marquait, semblait-il, une transformation profonde des relations franco-allemandes. Trois mois plus tôt, en novembre, la guerre, une fois de plus, avait paru possible entre nos voisins et nous et voici que, si près de cette alarme, une déclaration d'entente dégageait l'horizon. Une impression de sécurité et de soulagement s'exprima dans toutes les capitales. A Paris, M. Pichon, ministre des Affaires étrangères et le prince de Radolin, ambassadeur d'Allemagne, s'associèrent dans l'affirmation d'une commune satisfaction. Tandis que le ministre félicitait les deux gouvernements d'avoir « écarté entre eux toutes les causes de complications dans les affaires marocaines1 », l'ambassadeur disait « qu'entre des politiques définies avec cette précision, il n'y avait plus de choc possible, d'équivoque concevable..., mais, au contraire, une entente durable 2. » Le lendemain, les gouvernements étrangers adressaient aux signataires leurs compliments, l'empereur Guillaume à M. de Schoen, le roi d'Angleterre3 à M. Jules Gambon. L'empereur d'Autriche, le ministre des Affaires étrangères d'Angleterre et son collègue d'Italie4 se montraient également satisfaits. Une allégresse générale saluait le changement de décor.

Comment expliquer la décision du gouvernement allemand, si contraire à ses actes des années précédentes?

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