Livre Jaune, Maroc n° 5, pages 78 et
Moins, semble-t-il, par des causes marocaines que par des motifs européens. Sans doute, le public allemand éprouvait quelque lassitude de ce long débat et aussi de la constatation que la politique d'obstruction inaugurée en 1905, sans ouvrir le Maroc à l'Allemagne, ne l'avait pas fermé à la France. Plus encore, la ferme attitude de M. Clemenceau dans l'affaire des déserteurs de Casablanca avait fait réfléchir nos voisins en leur montrant notre pays prêt à pratiquer ces deux vertus d'un peuple fort, la capacité de résistance et la capacité d'entente. Mais ni la lassitude allemand ni la virilité française n'eussent substitué si tôt l'harmonie au désaccord, si des raisons plus larges n'avaient conduit l'Allemagne à la conciliation, si elle n'avait cru que, pour assurer sa position diplomatique en Europe, elle avait un besoin immédiat de clore sa querelle avec la France. Depuis le début d'octobre 1908, l'activité de la politique autrichienne en Orient posait pour l'Allemagne la question triplicienne. Le « brillant second » entendait désormais moissonner pour lui-même. Allié toujours, mais non plus instrument, il jouait son jeu au mieux de ses intérêts et, pour peser sur un point, ne s'interdisait pas de transiger sur un autre. Au Maroc même, soit lors de la reconnaissance de Moulay-Hafid, soit dans la question des déserteurs1, le gouvernement austro - hongrois avait pris une attitude nettement favorable à la France, très
1. Le 4 octobre 1909, à propos de la reconnaissance de Moulay-Hafid, le comte Khevenhuller, dans une interview, avait dit que l'Autriche se comporterait au Maroc en amie loyale de la France. Le même jour, dans une conversation privée, il avait fait allusion à la possibilité d'un accord franco-autrichien relatif au Maroc. Enfin, quelques semaines après, il fit savoir qu'à l'inverse de l'Allemagne, l'Autriche ne réclamait pas le déserteur autrichien arrêté à Casablanca.
différente de celle adoptée par l'Allemagne. Ces démarches iraient-elles plus loin? L'Autriche-Hongrie, pour gagner la France à sa politique orientale, se permettraitelle, elle aussi, un tour de valse à l'italienne? Qu'un nouveau conflit, en ce début de 1909, surgît entre Paris et Berlin, que ferait Vienne? Pouvait-on exclure l'hypothèse d'une infidélité au moins partielle ouvrant dans la Triplice une brèche au moins momentanée ? Et, pour conjurer ce risque, quel autre moyen que de ravir à l'Autriche, par une prompte entente avec la France, l'occasion même d'opter? Dès les premiers jours de la crise orientale, — et comme dans toutes les crises de ce genre * — l'Allemagne avait souhaité se rapprocher de la France. Les événements de novembre, tant au Maroc que dans les Balkans, firent de ce vœu une volonté. Quinze jours après l'incident de Casablanca, la conversation s'engageait officieusement. Deux mois plus tard, l'accord était conclu.
A considérer le passé, cet accord apportait au gouvernement français un appréciable avantage ; car la preuve était faite que l'acte d'Algésiras, grevé de l'opposition persistante de l'Allemagne, ne pouvait suffire à ce qu'exigeaient les obligations marocaines de la France. Pris en soi, conclusion de l'échec subi en 1905 par notre intervention directe dans l'empire chérifien, l'acte de 1906 représentait le moindre mal, car il ne sacrifiait^ rien, réservait tout et donnait à la France le maximum \ qu'elle pût attendre d'une réalisation internationale des \ réformes. Mais la formule internationale n'en était pas moins acceptée par nous et elle ne pouvait répondre