IV. — La France et l'Armée Marocaine. — L'intérêt français
— Son instrument. — La mission militaire. — Moulay-Hafid et la mission. — Défense à la mission de faire campagne. — Le mécontentement du sultan. — L'impopularité de la mission. — La révolution militaire du 30 octobre 1910. — Un discours de Moulay-Hafid. — Les demandes du commandant Mangin. — Aux Affaires étrangères. — La résistance du ministère de la Guerre. ■ — ■ Une correspondance attristante. — Cinq mois perdus. — Le triomphe de l'anarchie. — En route pour Fez.
V. — Conclusion. — Les résultats. — L'optimisme de M. Pichon.
— Relevé des fautes commises. — L'accord du 8 février 1909 inutilisé. — Les conséquences de l'abstention.
L'accord du 8 février 1909 avait prévu, d'une part, une collaboration économique franco-allemande, d'autre part, une collaboration politique franco -marocaine. La première, après s'être essayée sur trois terrains, mines, travaux publics, chemins de fer, avait complètement avorté. L'échec de la seconde, sous sa triple forme politique, financière et militaire, ne fut guère moins absolu.
l'accord franco-marocain de 1910
Pour développer au Maroc l'intérêt spécial dont l'accord du 8 février 1909 consacrait la liaison avec la consolidation de l'ordre, une seule voie s'ouvrait à nous, celle d'une collaboration étroite avec le sultan réalisant, sous son couvert et par notre concours, les réformes reconnues par tous indispensables et nous dispensant
par là de prendre directement des initiatives peut-être contestables.
Une telle politique comportait d'abord un budget important, — ■ moins élevé à coup sûr que le coût des expéditions militaires auxquelles on a abouti faute de l'avoir ]Dratiquée, — mais sensiblement supérieur aux quelques centaines de mille francs affectées jusqu'alors à la « pénétration pacifique ». Elle comportait en outre l'acceptation de responsabilités militaires et financières qui, subordonnées à l'adhésion des Chambres, exigeaient de la part du gouvernement français un programme net et complet. Elle comportait enfin, au Maroc même, la définition immédiate de nos rapports futurs avec Moulay-Hafid, ces rapports ne pouvant être durables que s'il y trouvait, comme nous-mêmes, un avantage positif et requérant, de notre part, l'emploi de ce mélange de fermeté et de souplesse si heureusement inauguré en 1901 par M. Révoil.
Notre entrée en relations avec le sultan fut-elle ce qu'elle aurait dû être? Il ne le semble pas. Sans doute quelques nuages devaient peser sur elle. Notre intimité avec Moulay-Hafid était de fraîche date et de graves souvenirs nous séparaient de lui. Il avait contre nous proclamé la guerre sainte. Il avait fondé son règne sur la haine des Français, et bien que, une fois reconnu, il dût, par nécessité, oublier ses passions de prétendant, on pouvait craindre que, soit dans sa pensée, soit dans son entourage, ne continuassent à flotter les défiances de la veille? A vrai dire, une occasion s'offrait à nous d'en juger. Le 15 novembre 1908, M. Regnault, ministre de France à Tanger, avait reçu du sultan une lettre où celui-ci lui demandait de venir à Fez pour « régler direc-
tement avec lui les points restés en suspens. » Le 28 décembre, M. Pichon autorisait ce voyage, en ajoutant qu'il le désirait aussi prochain que possible. Les instructions du ministre des Affaires étrangères, datées du 28 décembre 1908, contenaient plus de conseils négatifs que d'ordres positifs : rien de plus naturel, à ce moment, au lendemain du conflit franco-allemand de Casablanca, à la veille des négociations qui devaiant aboutir cinq semaines plus tard à l'accord du 8 février. Ne rien faire qui pût être interprété comme étant en contradiction avec le texte et l'esprit de nos conventions internationales ou de nos accords particuliers avec le Maroc ; ne rien faire qui ressemblât à une « visée au protectorat » ; ne rien faire contre l'égalité commerciale et économique ; activer la mise en application de l'acte d'Algésiras et des accords marocains de 1901 et 1902 ; régler la question de l'indemnité de guerre française et des indemnités étrangères ; préciser les conditions d'évacuation de la Chaouïa ; envisager même l'évacuation au moins partielle des points occupés par nous dans la zone marocaine limitrophe de l'Algérie, si Moulay-Hafid « par des instructions formelles aux tribus qui nous avaient combattus, nous garantissait la paix » x, c'étaient là des instructions modestes, des instructions d'attente, qui limitaient notre ambition au règlement de difficultés particulières et sur qui pesait lourdement l'hypothèque collective d'Algésiras. Elles répondaient, en un mot, à la situation trouble et menaçante qui avait précédé l'accord de 1909. Mais par le fait même qu'elles y répondaient, elles ne pouvaient