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lantes de désirs toujours renaissants, lui olVraient le miel de leurs lèvres, réclamaient les délices que lui seul savait donner. Vingt fois, sans se lasser, il cueillait, en une nuit, les corolles secrètes de leur chair sur le sable du cliemin, ou les menait dans une onde caressante pour les faire siennes avec plus de douceur. Quel que fût leur nombre, chacune pensait leposséderpleinement. Sous l'eau glauque, les corps réunis en bouquets ou en grappes, avec leurs gemmes scintillantes, semblaient les mystérieuses constellations d'un ciel inconnu!
Nassudamy était l'amour et l'espoir des vierges, car ses caresses les plus vives les laissaient pures physiquement, dignes de l'époux.
Mais ses plus grandes ardeurs occultes allaient à Viamalah, à l'élue de son cœur et de sa pensée. Comme jadis elle sentait parfois sur ses lèvres la caresse d'une bouche avide, d'uneboucheinvisibledont se révélaient pourtant toutes les sinuosités charnelles. Deux bras l'étreignaient avec force, et le baiser dont elle savourait la douceur pénétrait plus profondément, lui enlevant tout sentiment de la réalité. Kt, toujours, au réveil, elle se trou-
vait couverte de îleurs sans qu'un îpli de ses voiles eut été dérangé.
Incomparablement beaux et charmants ils accomplissaient des prodiges partout oii ils passaient, et la multitude baisait la trace de leurs pas. Les pluies électriques qui enivrent les forêts ardentes les faisaient aussi délirer du désir des possessions astrales, et, lorsque les calices fumaient sous le soleil comme de vivants encensoirs, ils s'endormaient, côte à côte, se possédaient en rêve éperdument.
Durant des années ils parcoururent l'Inde, connurent ses merveilles uniques, ses monts géants, ses fleuves impétueux, bondissant d'un Océan à l'autre, et le mystère de sa flore inépuisable. Ils se limitèrent, au Nord par les plus redoutables chaînes de montagnes que le feu intérieur ait jamais fait sortir du sol, comme des inonstres menaçants dressés vers les étoiles : les pics de l'Himalaya. A l'Est et à rOuest ils s'arrêtèrent aux rives de rindus et du Brahmapoutra, et poussèrent, au Sud, jusqu'à l'Océan Indien, qui s'appelle tour à tour la mer d'Oman et le golfe du Bengale. Ils éblouirent et charmèrent l'antique berceau du monde qui est aussi le
berceau (les mystérieuses scieaces, des maléfices et des enchaiitemeûts. La cosmoj^rapliie brahmanique nous représente la terre sous la forme d'une corolle de lotus, voguant doucement sur l'Océan. Le pistil — le llnyani sacré qui darde son désir dans Tazur — est l'Himalaya, le géant du globe, le mont vénéré entre tous. Et c'est dans ses vallées magiques — le calice, ou ïijoni, — parmi les beautés d'une nature en délire, que Xassudaray aima la l'emme éperdùment et se multiplia à l'infini pour le mystère d'amour. Puis, il voulut braver la mort elle-même, se fit mettre au cercueil après s'être soumis au sommeil magnétique. Quand on le déterra, quinze jours après, il s'était miraculeusement conservé par la lumière astrale demeurait dans un état complet de somnambulisme lucide. Ses cheveux exhalaient un doux parfum de verveine, ses lèvres semblaient encore rouges et humides de baisers. On rapportait sur lui des faits si extraordinaires qu'on venait le voir en pèlerinage au grand détriment des antiques sacrifices de Djaijfjaiiatli qui, jusque là, avaient fait, chaque année, plus de dix mille victimes. Les dieux malfaisants de la Montagne Bleue ne
voyaient plus à leurs pieds couler des ruisseaux de sang, et les chiens sauvages ne venaient plus, jusque dans les temples, dévorer les morts et les agonisants. Un tel état de choses ne pouvait durer.
Les grands prêtres de Siva et de Parvati s'émurent d'une telle concurrence, envoyèrent des brahmanes sur le lieu du miracle, afin de détruire le charme.
Pour la douzième fois, Nassudamy se faisait mettre au tombeau, tandis que les gopis, ivres de désirs, pleuraient autour de lui.
Après s'être plongé, pendant une semaine dans de profonds mentrams, avoir supplié lespitris de l'assister dans cette épreuve, qui devait être plus longue que les autres, il avait procédé aux préparatifs nécessaires : la macération dans les baumes, l'épilation, l'absorption de certains philtres composés d'extraits de chanvre, d'asclépiade et de daturà tastuosa.
Sur le lieu de la cérémonie, on boucha avec de la cire ses narines et ses oreilles, on lui colla les paupières et on lui retourna la langue en arrière.
Viamalah, drapée de la nuque aux talons dans une étoffe de soie jaun^, tout unie,
assistait à ces préparatifs, impassible et grave. Elle présenta la toile blanche dans laquelle on enroula son ami, et voulut la coudre elle-même à points serrés. Puis, on plaça, ainsi qu'on l'avait fait dans d'autres expériences, le corps souple dans une caisse de bois, cadenassée et scellée, qu'on descendit dans un trou profond.
Les fidèles, un à un, jetèrent dessus de la terre, des fleurs, de l'eau du Gange, des parfums et des pierres des Monts sacrés. Quand la fosse fut comble, Viamalah se coucha sur le sol et demeura ainsi trois jours et trois nuits, en communication constante avec l'amant mystique qui jamais ne fut plus passionuf's tandis que les gopis dansaient le rasa autour d elle.
Dans les précédentes épreuves, on avait exhumé le charmeur au bout de quelques semaines. Devant les pèlerins et la foule des curit^ux on avait ouvert les cadenas, brisé les scellés, découvert le cercueil.
Nassudamy, dans le drap blanc, semblait dormir; ses traits, empreints de sérénité, conservaient leur beauté souveraine. Viamalah, à genoux sur la terre fraîchement remuée, enlevait la cire qui lui fermait les paupières
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et les narines, le baisait aux lèvres... Il ouvrait les yeux, tendait les bras, se reprenait à vivre.
Tout, sans cloute, se passerait encore de la sorte. La foule curieuse attendait la résurrection, se pressait autour de la fosse où de mystérieux calices de pourpre et d'or avaient fleuri, répandant un indéfinissable et délicieux arôme.
Cependant, les bralimes de Djagganath veillaient avec les autres prêtres ; mais ils conservaient un visage sombre et restaient plus longtemps en prières.
Quand arriva le terme de l'épreuve, Viamalah, les mains pleines de roses, se rendit sur la tombe. Depuis plusieurs jours elle avait vainement évoqué Tàme du charmeur. Couchée sur le sol, parmi les fleurs, si vite écloses, qui,toutd'un coup, s'étaient flétries, elle avait longuement attendu l'habituelle extase... Aucun baiser occulte n'était venu magnifier son rêve. Elle était inquiète, fiévreuse, et elle défaillit lorsqu'on déroula enfin le linceul humide.
Les brahmes, troublés comme elle, sepen-
' chaient sur le corps. Nassudamy parut, et ce
fut un cri de stupeur dans la. foule. 11 avait