LE CHEMIN D AMOUR ET DE GLOIRE
Viamalah, horriblement brûlée, souffrit pendant de longs jours au fond du temple, dans la retraite des danseuses sacrées. Nassudamy, constamment présent, profita de sa convalescence pour l'initier aux grands mystères des sciences occultes; car il voulait, soutenu par elle, parcourir l'Inde et répandre partout les bienfaits de son étrange pouvoir.
— Nous irons, disait-il, dans les contrées où les arbres mêlent leurs branches comme des bras caressants, où le pollen des fleurs est si épais qu'il forme un nuage odorant, où les ondes coulent en ruisseaux d'azur et de feu, où les corolles s'ouvrent comme des
parasols de muire et de velours, et j eionuerai le monde par mes miracles !
Elle souriait vaguement, sans lurce pour résister. Ce qui lui arrivait était si étrange qu'elle Unissait par croire à sa mission di> vine.
Et il.^ partirent.
D'abord, ce fut un enchantement. Ils visitèrent les vallées de l'Himalaya, contemplèrent de plus prés les glaciers et les neiges, jetés, comme une chape argentée d'un éclat féerique, sur l'échiné du Kinchinjunga. Mais personne n'a foulé ces sommets terribles de lumière et de mort, et le voyageur, perdu dans l'espace, épiiémère jouet des tempêtes terrestres, a devant euv ^n perception \)]n< nette de son humilité.
Ils virent des monts arides et des paysages d'une splendeur inouïe. Muets, ils admiraient l'elfort de ce sol tourmenté crachant du feu, soufflant des trombes, se cabrant en d'indicibles spasmes. De quels eiri-ayants germes sont donc issues ces montagnes prodigieuses aux végétations de cauchemar?... (Juels déluges, quels éclats de foudre ont violé le calice ingénu de la Terre pour y enchâsser ces monstrueux pistils de glace ou du feu?...
Nassudamy fit germer des graines dans la neige, par la seule imposition des mains. Pour être agréable aux habitants d'un petit pays, dont il avait eu à se louer, il magnétisa une troupe ennemie qui déposa les armes sans avoir combattu, et fut adoré comme un dieu. Les exercices habituels des fakirs ne lui semblaient qu'un jeu. Par les dons prodigieux de Maya (l'illusion). Il avait le pouvoir de s'élever de terre et de se rendre invisible. Les vierges, par lui, connurent les voluptés les plus dangereuses sans en être déflorées. Imitant Krishna, il donnait satisfaction à toute'^ les gopis qui le priaient d'amour, en multipliant son corps à l'infini. Les pastourelles, autour de lui, dansaient le rasa, puis, chacune quittait la ronde et croyait étreindre le corps souple du fakir qui les possédait longuement, avec mille inventions délicieuses, se fondait en elles, comme l'eau se mêle à l'eau. Par cette communion merveilleuse, le corps des petites amantes s'adornaitdes gemmes lesplus rares, et, lorsqu'elles reprenaient la danse, elles semblaient un collier de lucioles s'égrenant dans les fleurs.
Toutes chérissaient le yogui, toutes, bru-