Matth. XXV
sera leur désespoir de ne pouvoir être anéantis. Leur âme subsistera pour les siècles des siècles, en témoignage de la justice de Dieu et de légitime châtiment. Donc, si l'âme demeure en soi immortelle, la perte de la grâce sanctifiante la fait mourir à l'immortalité bienheureuse, et à l'héritage de gloire qui lui était destiné. Et c'est en ce sens que l'on dit que le péché donne la mort.
Eh ! bien, contre la maladie et contre la mort qu'est le péché, l'Eucharistie estelle de quelque secours ? Y a-t-il dans ce mystère d'amour, dans cette source de grâce, suffisamment de principes sauveurs pour nous garantir de l'une et de l'autre ? Ah ! certes, oui, et surabondamment, et au delà de nos espérances.
Dans l'ordre des choses humaines, il semble bien que l'on se prémunit d'autant plus efficacement contre les accidents de santé, et que l'on retarde davantage l'heure de sa mort, que l'on prend mieux soin de son corps, en lui donnant une alimentation plus délicate et plus choisie, en lui administrant, au besoin, les spéci-
fiques propres à tuer dans leur germe les maux qui le menacent. Or, voici que, par l'Eucharistie, l'âme est unie au Christ-Jésus, cause et principe de notre vie spirituelle. Et elle ne puiserait pas à ce banquet somptueux, d'oii la grâce déborde à longs flots, la vertu qui la préservera de ses propres faiblesses, la force de se prolonger, indéfiniment et jusqu'à l'éternité, dans l'existence surnaturelle ? Ou l'Eucharistie n'est pas ce qu'elle est, à savoir le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, — ou elle implique nécessairement, pour l'âme qui la reçoit, et qui s'absorbe dans sa richesse, la résistance aux influences qui seraient propres à la désagréger et à consommer sa ruine finale. Se plonge-t-on dans une source limpide et généreuse sans s'y rafraîchir et s'y abreuver ? Et si l'on s'expose aux rayons du soleil, à son midi, n'en est-on pas illuminé? Si l'on s'approche d'un feu ardent, n'est-ce pas pour participer à sa chaleur? Le fer que l'on plonge dans des charbons embrasés ne devient-il pas cette
essence ig*née au milieu de laquelle il baigne? Or, l'Eucharistie est tout cela: source de vie divine, clarté infinie, feu divin, fournaise allumée par la charité de Notre Seigneur. Et comment l'âme imprégnée des vertus profondes de ce sacrement, revêtue de cette lumière, réchauffée par cette flamme éternelle, perdue dans ce feu, aurait-elle à craindre d'être jamais envahie par les ténèbres du péché, ou le froid de la mort ?
Le chrétien, ici-bas, est en lutte avec un ennemi éternel, qui est le démon.
Satan est toujours le premier des anges ; dans sa chute, il n'a perdu aucune des perfections rares dont Dieu avait orné son intelligence. Seulement, sa volonté est éternellement fixée dans le mal. De prince de lumière, il est devenu prince de ténèbres. Et son extraordinaire finesse, ses hautes facultés spirituelles, la subtilité de sa nature s'emploient désormais à faire des recrues dans le monde, à semer sur nos pas des embûches pour nous attirer dans son royaume d'horreurs et d'ombres. Son activité n'a de cesse
qu'elle n'ait fait de nouvelles victimes parmi les pauvres hommes, si enclins à céder à ses illusions ; car il y a en eux des germes mauvais, qui éclosent et s'épanouissent facilement sous son souffle mortel. Les Saints Livres ont une expression imagée pour bien faire comprendre ce rôle du démon : « il rôde autour de nous comme un lion rugissant cherchant une proie à dévorer ^ » Elle est forte, cette image, et d'une vérité absolue, car c'est l'Esprit Saint qui l'a inspirée. Or, rien d'efficace comme la passion du Christ pour déjouer les embûches de ce redoutable adversaire. Car la passion de Jésus lui rappelle sa défaite. Au moment d'entrer dans ce que notre grand Pascal appelle si bien son (( mystère » c'est-à-dire sa passion, et de s'acheminer jusqu'au Calvaire, où il allait la consommer avec la dernière goutte de son sang. Notre Seigneur a prononcé cette parole énergique : « voici que le prince des ténèbres, le prince de ce