Zuc. xxii
2. Zach. ix, 17, Joan. iv, 4-15. Cf. les Aymnes de l'Office du Saint Sacrement.
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Le dogme de la présence réelle eucharistique convient, en second lieu, à la À perfection de la charité du Christ envers nous, à l'amitié divine dont Il nous a donné une preuve suprême en prenant notre nature et en devenant semblable à nous. Car l’Incarnation du Verbe est sans doute un acte de puissance, et l’esprit se perd à vouloir sonder le mystère de l'union hypostatique, par lequel la nature divine et la nature humaine se trouvent soudées en la personne de Jésus- | Christ, et composent un seul être sub- Stantiel. Mais elle est surtout un acte d'amitié, une manifestation d'amour poussé jusqu’à la folie sublime. La tendance impérieuse de l'amitié, c'est d'égaliser les conditions entre deux êtres, de mettre deux âmes au même niveau. Et si l’une des deux âmes prises par ce sentiment si pur, et qui embellit tellement notre exis-
tence, est placée dans une sphère supérieure à l’autre, alors elle descend les degrés qui la séparent de sa sœur avec laquelle elle se sent d'intimes affinités, elle va la chercher où elle est, afin de se fondre en elle, et que leurs deux vies n’en fassent plus qu’une, et qu’un même souffle les anime, et que leurs aspirations, leurs pensées, leurs affections, leurs goûts se mêlent désormais. Cette loi de l’amitié avait été admirablement formulée par les anciens de la façon suivante : « amzcitia Dares facit aut invenit. L'amitié trouve ou fait des égaux ».
Entre Dieu et nous, il y avait toute la distance qui sépare le créé de l’Incréé, le fini de l’Infini. Nous ne pouvions songer à franchir ces incommensurables espaces.
Mais le Christ-Jésus les a supprimés d’un trait. Il a paru dans la chair, Il s’est fait homme, mettant ainsi sa personne en rapports étroits avec la nôtre, effaçant | toutes les marques de sa grandeur, heureux A: s’abaisser, de s’anéantir en quelque ste, afin de pouvoir partager notre vie, coule: son âme dans la nôtre, et sa-
tisfaire dans cette étreinte sa passion d'amour.
Mais l'amitié ne se contente pas de renverser les barrières qui l’empêchaient de se porter vers l’objet qui l’attire ; elle n'est pleinement heureuse qu’à la condition de pouvoir cimenter avec cet objet une alliance durable, qu’à la condition de pouvoir le posséder, en jouir effectivement, le contempler. Et le Philosophe a caractérisé cette disposition psychologique quand il a dit : « Proprium amicitiæ est convivere amicis. Le propre de l'amitié est de vivre avec ceux qu’on aime !, » En d’autres termes, un ami veut la présence réelle de son ami. Si l'amitié est véritable dans un cœur, elle ne sera apaisée que par la vision, la présence de celui qui a fait naître ce sentiment. Oh!
combien c’est là une vérité d'expérience.
J'en appelle à vous tous, qui avez aimé.
Chaque fois qu'il vous a paru voir dans une âme la sœur de la vôtre, est-ce que
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1. Æthic. lib. ix. c. 12. Cité dans Sum. Theol, qu. 75, a. 1, in corp.
votre mouvement le plus impérieux ne vous portait pas à réclamer sa présence auprès de vous? Y a-t-il quelque chose de plus douloureux dans l’amitié que l’absence? Etre privé de celui qui incarne pour nous ce noble sentiment, et dont toutes les facultés s’harmonisent avec les nôtres, et donnent aux nôtres leur complément, voilà la grande peine de l'amour, à tous ses degrés. Or, la charité de Notre Seigneur à notre endroit était trop vive, trop ardente, pour subir, si l’on peut ainsi parler, ce supplice qui l’eût tenu éloigné de nous, ne fût-ce que pour un temps. Et d'autre part Il n’était pas non plus assez cruel pour imposer à nos âmes, qu'il avait blessées d'amour, en qui sa tendresse avait allumé la flamme de l'amitié surnaturelle, pour leur imposer une séparation d’avec lui, durant tout le cours de notre vie mortelle, pour nous faire languir ici-bas dans l'attente des embrassements infinis promis comme récompense éternelle aux élus. Afin donc de satisfaire cette aspiration mutuelle, de laisser son âme et la nôtre s’épancher
dans des entretiens intimes et mêler en quelque façon leur essence, il a institué la permanence de son Incarnation dans le sacrement de son corps et de son sang !.
O mystère de la présence réelle du Christ sur nos autels! Qu'avons-nous à envier à la Vierge Marie qui l’a tenu dans ses bras et l’a serré sur son cœur? Le privilège qui nous est accordé dans l’Eucharistie est incomparable. Car non seulement nous pouvons approcher Notre Seigneur, lui parler cœur à cœur, lui confier nos peines, lui demander le réconfort et le soulagement. Ce sacrement a une autre fin, qui est de procurer l’alliance de notre âme avec Jésus. Le Maître n'est pas sur l’autel comme sur un trône d'honneur, près duquel nous ne devons
1 « Hoc competit charitati Christi, ex qua pro salute nostra corpus verum nostræ naturæ assumpsit. Et quia proprium amicitiæ est convivere amicis, ut Philosophus dicit, sui præsentiam corporalem nobis repromittit in prœmium. Interim tamen nec sua præsentia corporali nos in hac peregrinatione destituit ; sed per veritatem corporis et sanguinis sui nos sibi conjungit in hoc sacramento. »—II1, P. qu. 75, a. 1.
venir qu'en tremblant, et en gardant avec Celui qui y réside une distance respectueuse. Le Maître est 1à, dans l'attente du moment qui va lui permettre de nous unir à sa substance, de confondre notre vie dans la sienne, Il est là qui soupire après l'heure où Il nous absorbera dans son amour. Et ainsi le mystère eucharistique est le couronnement de l'amitié manifestée dans l’Incarnation. Par l’Eucharistie, Jésus achève et consomme, dans le don personnel et absolu de Lui-même à chacun d’entre nous, le magnifique témoignage de tendresse, contenu dans le fait d'avoir revêtu notre chair dans le sein de la Vierge, pris notre forme, assumé à notre ressemblance.
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La présence réelle eucharistique convient enfin à la perfection de notre foi.
Jésus-Christ est objet de foi à un double point de vue, comme Dieu et comme
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homme, dans sa divinité et dans sa nature humaine. « Vous croyez en Dieu, disait-il à ses disciple:, croyez aussi en moi ?. » Ce n’est pas assez de professer la croyance en sa filiation divine dans la splendeur des saints ; il faut y joindre ia foi en sa filiation humaine. Il est l’'Homme-Dieu, aussi vraiment homme que vraiment Dieu. Et c'est ce que l’on appelle le mystère de l’union hypostatique, objet essentiel de notre foi, clef de voûte de notre salut. Or, il est de la nature de la foi d’avoir pour objet l’invisible. Saint Paul la définit: « La foi est la substance des choses qu’on espère, une conviction de celles qu'on ne voit point, argumentum non apparentium ?. » La foi s'oppose à la vision, comme l'espérance s'oppose à la possession. Je ne crois pas en ce que mes yeux découvrent. Je ne crois pas en l'existence du soleil, parce qu'il frappe mes regards et les éblouit.
La foi est essentiellement une vertu trai.-