II
Et enfin, l’Eucharistie confère la grâce, elle est source de grâce et de vie, comme cela ressort de la façon même dont ce sacrement est administré, du mode sous lequel il nous est servi.
Qu'est-ce en effet qu’un sacrement ?
C'est le signe sensible d’une grâce suprasensible, l'instrument extérieur d’une opération intérieure, l'agent visible d’une sanctification invisible. Et la grâce, que le sacrement produit dans l’âme, correspond toujours à la manifestation sensible, et parlante aux yeux, qui en est donnée. Le propre d’un signe, c’est de signifier. Et ces signes, que l'on appelle des sacrements, signifient des opérations surnaturelles qui sont en harmonie avec l'image matérielle que l’on nous en présente. Ainsi, dans le sacrement du baptême, le signe sensible c’est l’eau ; et le propre de l’eau est de laver, de blanchir.
Et ainsi le baptême lave l’âme de la tache originelle, il lui enlève la souillure
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qu'elle apporte en naissant, et lui rend la robe d’innocence qu'elle avait perdue par le péché. Dans l'Eucharistie, quel est le signe sensible? Le pain et le vin, la nourriture et le breuvage. Manifestement, cette matière est la base de l'alimentation humaine ; c’est par elle que la vie corporelle s’entretient, se répare et s’accroît.
Ce signe extérieur du sacrement eu- Charistique témoigne donc de l’opération invisible qui s'accomplit par sa vertu.
Comme la nourriture et le breuvage sont la condition essentielle de la prolongation en nous de la vie physique, la cause de son développement, la source où nous trouvons de quoi compenser et réparer les énergies que nous perdons dans le travail quotidien, la lutte pour l'existence, ainsi l'Eucharistie perpétue en nous la grâce initiale, c’est-à-dire la vie divine; et cet aliment mystérieux est tellement riche et tellement substantiel que l'âme y puise les principes d’une croissance surnaturelle, qui lui permettent de parvenir à la
« plénitude de l'âge du Christ » 1, selon le mot de l'apôtre saint Paul, à l'entière maturité de la vertu ?,
Source de grâce et de vie, à cause de ce qu’elle contient essentiellement, et qui est le Christ Jésus, source de grâce et de vie, à cause de ce qu'elle représente, de ce qu’elle renouvelle dans sa réalité, la passion du Christ, ce que notre grand penseur Pascal appelle d’une parole profonde, «le mystère de Jésus », passion, mystère d’où le salut coule sur l’humanité, source de grâce et de vie, ainsi qu'il apparaît dans le signe matériel qui nous en est donné, telle est la céleste, la divine Eucharistie.
Décrivant l’Eden, le Paradis terrestre, tel qu'il avait été préparé par l'Eternel