‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 11 sur 97 · ERREURS TOUCHANT LA DIVINITÉ DE JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

ERREURS TOUCHANT LA DIVINITÉ DE JESUS-CHRIST

Saint Thomas ramène à trois catégories les grande» erreurs sur l'Incarnation.

Les unes ont trait à la divinité de Jésus-Christ, les autres à son humanité, les autres à l'union des deux natures (i).

Il est une quatrième erreur que nous aurons à réfuter à la fin de l'ouvrage, sur le culte dû à Jésus- Christ.

Les hérésies touchant la divinité du Sauveur ont suivi une double direction : le modalisme et le subordinatianisme.

(1) s Thom., Comm. in Matth., cap. i.

Les modalistes ont tenté d'expliquer par une simple distinction nominale la ' relation entre le Père et le Fils, prétendant que la même et unique personne opère tout sous des noms différents, s'incarne, souffre et meurt pour nous. Voilà ce qu'ont enseigné, avec d'innombrables nuances, Simon le Mage et ses disciples, Praxéas, Sabellius et son école, les Vaudois, les sociniens, les protestants rationalistes.

Cette erreur est la négation radicale de la divinité de Jésus-Christ, car lui refuser une personnalité distincte c'est lui retirer du coup et la divinité et l'existence.

Les subordinatiens, en confessant sa personnalité, le mettent au-dessous de Dieu, quoique au sommet des créatures, lui contestent la consubstantialité avec le Père ou la divinité essentielle. Ce fut l'hérésie, le grand blasphème des rationalistes de toutes les époques, esséniens, ébionites, gnostiques, théodotiens, ariens, cathares, libres penseurs et modernistes de notre temps.

Nous sommes dispensé de revenir sur ces diverses conceptions, après l'analyse que nous avons faite dans le Mystère de la Très Sainte Trinité (i), où nous avons prouvé aussi par l'Ecriture et la Tradition la divinité de chacune des trois personnes.

(1) Première partie.

— Bi-

ERREURS TOUCHANT L 'HUMANITÉ DE jësUS-CHRIST

C'est méconnaître l'humanité sainte que de contester la réalité et l'intégrité du corps ou la réalité et l'intégrité de l'âme.

Une erreur qui remonte aux temps apostoliques s'est attachée à représenter le corps du Christ comme une ombre, une apparence, sans consistance et sans réalité : c'est le docétisme.

Il a revêtu une double forme : la forme manichéenne et la forme gnostique (i).

Suivant le vieux système dualiste des Orientaux, que Mani proposera plus tard en un corps de doctrine, la matière et la chair sont l'œuvre du princii>e mauvais : le Christ ne pouvait les prendre, la chair sous laquelle il nous est apparu ne pouvait être qu'un fantôme.

Saint Ignace d'Antioche dénonce et réfute, à maintes reprises, ces extravagances, proclamant bien haut que Jésus est vraiment né selon la chair, qu'il est ressuscité dans une chair réelle et palpable. Les docètes, dit-il, en prétendant que Jésus- Christ a souffert seulement en apparence, n'ont eux-mêmes qu'une apparence de vie. Pour lui, il souffrira avec Jésus-Christ, parce que, ajoute-t-il,

(1) Cf. Mgr DUCHE8NE, DtcUonn. Apologét., au mot « Gnose »; J Tkeront. Histoire de$ Dogmes. I, ch. iv-

Jésus-Christ me soutiendra, lui qui est vraiment homme (i).

Saint Polycarpe affirme avec la même énergie la chair réelle et les souffrances réelles de Jésus- Christ (3).

Aussi, lorsque plus tard Mani viendra prêcher son système, les docteurs n'auront pas de peine à le réfuter au nom de la tradition.

Le docétisme gnostique — bien qu'il ne diffère pas, chez Simon le Magicien, Saturnin, Basilide, Marcion, de celui que nous venons d'exposer — prend un autre caractère chez un grand nombre d'hérétiques, tels Marinus, Apelles, Valentin. Pour eux, le corps du Christ est réel, mais il n'a pas été tiré de notre matière terrestre, il est descendu des cieux et n'a fait que passer par Marie comme par un canal.

Ptolémée et ses disciples expliquaient que ce corps avait été formé par les démiurges d'éléments célestes entièrement purs.

On connaît la fable absurde et impie sortie de l'imagination maladive du fameux Basilide (3). Le Christ, qui n'avait d'abord qu'un corps apparent, le changea, dans la passion, avec le corps réel de Simon le Cyrénéen : c'est ce corps qui souffrit sur le Calvaire, tandis que le Christ, revêtu de la forme de Simon, se tenait sous la croix et narguait les Juifs. Il était difficile de pousser plus loin l'outrage à la raison.

(1) s. ir.NAT.. Smym., i, 11. m, rv.

(2) S. POLTCARP., Eplst. vn, 1.

f3) Cf. S. IREN., I Adv. Tlaeres.. c. Txrv, 3, i: P. G.. VII, 675.

L'erreur a inventé pareillement toutes sortes de bizarreries au sujet de l'àme de Notre-Seigneur.

Déjà Lucien d'Antioche avait soutenu que le Verbe prit un corps sans âme (i). Arius admettait que le Verbe tenait lieu de l'âme dans l'humanité (3). Eudoxius et les anoméens se firent les défenseurs de cette théorie (3); Eunomius l'adopta partiellement, expliquant que, si le Verbe a revêtu une humanité composée d'âme et de corps, il n'a point pris l'intelligence ou l'esprit humain.

Dans la seconde moitié du quatrième siècle (4), Apollinaire de Laodicée prétendit que l'unité du Christ s'oppose à ce que le Verbe ait assumé une humanité complète : autrement, disait-il, il y aura en Jésus deux Fils, l'un par nature, l'autre par adoption, ce qui implique deux personnes ou deux hypostases. Son erreur provenait d'une fausse conception de la personne : il ne comprenait pas que la nature complète n'est pas encore personne ou suppôt (5). Le Verbe donc n'a pas revêtu notre humanité dans son intégrité.

Apollinaire avait d'abord nié l'existence de toute âme en Jésus-Christ. Plus tard, il en vint à distinguer trois éléments : le corps, l'âme, 'fu/r'' principe de vie animale et sensitive; l'esprit, vo^;, principe de vie intellectuelle et de liberté. Le Verbe a pris le corps et l'âme, mais non l'esprit, et, si l'on

(1) Cf. s. Epiphan., Ancorat., 21, 33; P. G., XLIII. 73, ss. *

(2) Cont. Apollin., I, 15, 11, 3; P. G.. XXVI, 1121-1137; ThEO- OORET., Hœret. fab., V, n. xi; P. G., LXXXIII, 488, ss.

(3) Caspari, Quelleri., iv, pp. 176, ss.

(4) SOCRAT., Hist. Ecoles., vu, 12; P. G., LXVII, 58S.

(5) Cf. Le Mystère de la Très Sainte Trinité, pp. 318, 53.

peut dire qu'il s'est fait chair, il n'est pas vrai qu'il soit homme comme nous et que son humanité soit consubstantielle à la nôtre. D'oii il suit que le Christ, manquant de la liberté humaine, n'a pas mérité et satisfait pour nous (i).

L'hérésie d'Apollinaire fut propagée ensuite par ses disciples, les évêques Vitalis et Timothée, condamnés par le pape saint Damase.

Le cinquième concile oecuménique (553), proscrivit l'apoUinarisme et définit que le Verbe a été uni hypostatiquement à la chair animée d'une âme raisonnable et intellectuelle (2).

L'intégrité de l'âme en Jésus-Christ sera de nouveau contestée par les monothélites, qui essaieront de faire accepter un monophysisme mitigé : quoi qu'il en soit de la nature humaine, le Christ n'a pas eu, en tout cas, de volonté créée. Nous aurons à revenir sur cette erreur, qui fut condamnée par le sixième concile œcuménique (680) [3].

C'est aussi d'une fausse notion de l'intelligence humaine dans le Christ que sont nées diverses erreurs touchant la science du Sauveur. Nous les exposerons plus loin.

(1) Cf. l'écrit anonyme Cont. Appolinar.. P. G.. XXVI, 1903, ss.; S. GRECOR. NrsSEN.. Cont. Apollin.; P. G.. XLV, 1124. ss.; S. Epi- PHA.»)., Hxres.. 77; P. G.. XLII. 641, SS.; THEODORET., Uxret. lab.. IV, n. vni; P. G.. LXXXIII. 425, SS.; LiETZMANN. ApoUtnarts. Tublngue, 1904; VOISIN, Apolllnarisme, Louvaln; Diction. Theol., ApoUin.: J. TixFROST, Histoire des Doames. II, pp. 94, ss.

(2) PPV7tsr.FR, 216.

(3) iDUf, 2S9, SS.

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