‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 54 sur 97 · LA OIIACE DU CHRIST COMME CHEF DF L EGLISE · texte numérisé non relu

LA OIIACE DU CHRIST COMME CHEF DF L EGLISE

C'est par un seul et même principe que l'être existe et qu'il agit, c'est par la même âme que

(1) s. THOM., irr p., q. 7. a. 12. ad 3.

l'homme ^^t et qu'il communique sa fécondité : ce doit être aussi par la même grâce que Jésus-Christ est saint et qu'il sanctifie.

Il est sanctificateur des hommes de deux manières : en leur appliquant ses mérites immenses, qui nous ont valu tous les biens de l'ordre surnaturel, en leur appliquant ses satisfactions, monnaie célesteet d'un prix infini avec laquelle nous payons nos dettes -à la justice divine. Or, le principe prochain du mérite et de la satisfaction en Jésus c'est la grâce sanctifiante, qui suppose la grâce d'union. Sans doute, par le seul fait qu'elle est unie au Verbe, l'humanité est déjà sainte, toutes ses actions sont agréables à Dieu, dignes d'être acceptées en faveur des hommes. Mais, puisque l'âme a dû être encore sanctifiée par une grâce créée, qui est sa perfection proportionnée, qui reste en elle comme un principe permanent de vie et d'opération, c'est aussi la grâce habituelle qui doit être la racine immédiate du mérite et de la satisfaction.

Il s'ensuit que Jésus-Christ est sanctificateur par sa grâce habituelle : elle influe la vie et le mouvement dans les rachetés et par elle il devient le chef, la tête de l'Eglise.

Dans l'ordre de la causalité morale, il est agent principal, car c'est bien par son action propre qu'il mérite et satisfait pour nous; dans l'ordre de la causalité physique, il est l'instrument que Dieu fait servir à la production de tous les biens du salut, à ce point que nous avons pu appeler son humanité l'atmosphère embaumée où se forment toutes les gouttes de la rcsée divine.

Il est notre représentant parce qu'il est de notre race, parce qu'il possède la même nature que nous, composé, comme nous, d'une âme et d'un corps : c'est donc à raison de son humanité qu'il est chef de l'Eglise, c'est son humanité tout entière qui a été et gui reste encore l'instrument physique, toujours vivant, toujours actif, de la grâce et de la gloire.

Il agit aussi sur notre humanité tout entière, et sur notre âme et sur notre corps : il infuse directement la grâce et les vertus dans l'âme, et, par leur intermédiaire, il réforme déjà notre corps, en fait l'organe souple de la justice, arma justitiœ (i). Sa résurrection doit être la cause de la nôtre; en revêtant nos âmes de sa gloire, il rendra nos corps glorieux, parce qu'alors le soleil de l'esprit laissera déborder sa clarté sur nos membres et leur communiquera sa radieuse incorruptibilité CsV

Ainsi, la grâce de chef s'exerce de deux manières : comme cause morale par le mérite et la satisfaction, comme cause physique par une efficacité instrumentale toujours en activité (3).

De cette sorte, l'Humanité du Christ reste toujours bienfaisante, elle visite tous les peuples, éclaire et réchauffe tout ce qui vif, verse sur nous tous la vertu qui guérit ou ressuscite; et Jésus est toujours le grand voyageur des siècles qui poursuit sa course à

(1) Rom.. VI, 13.

(2) Rom., vm, 2 — Cf. S. THOM., III P., q. 7, a. 2, gq. 48. 49. 60, 56.

(3) Notre livre, Le Mystère de la Rédemption, montre comment la gr&ce capitale du Christ se déverse sur les hommes par voit» de mérite et de satisfaction; la Causalité instrumentale étudie surtout l'efâcacité physique du Rédempteur.

travers tous les âges pour sauver toutes les générations (i).

Page 1