LES GRACES GRATUITES EN JÉSUS-GHRIST
« On sait que les grâces gratuites ont un rôle extérieur et social : procurer Tutilité de l'Eglise, le bien spirituel du prochain en le ramenant à Dieu. Saint Paul (i) en a énuméré neuf genres principaux. En premier lieu, celles qui ont trait à la connaissance et à l'enseignement des choses divines : la sagesse est le don éminent d'expliquer les mystères de la religion par leurs sommets, c'est-à-dire par les raisons les plus hautes; la science s'attache aux vérités pius faciles et les présente avec des preuves mieux adaptées à l'intelligence naturelle. Vient ensuite la foi, non point la vertu théologale, mais une excellence et une fermeté particulières de cette vertu, ou encore cette foi qui provoque les miracles et transporte les montagnes. Puis, il faut convaincre les âmes par des arguments irrécusables qui soient comme la voix ou le sceau du Tout-Puissant; faire ce que Dieu seul peut faire, c'est la grâce des guérisons et le pouvoir des miracles; ou manifester ce que Dieu seul connaît, c'est la prophétie et le discernement des esprits. Nécessité enfin de se mettre en communication avec les âmes que l'on veut conduire au salut, ce qui
(1) / Cor., XII, 8-11
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requiert le don de parler les langues et celui d'interpréter les discours (i). »
Le premier docteur et maître, l'auteur et le consommateur de notre foi, Jésus-Christ, a dû posséder toutes les grâces qui se rapportent à l'enseignement du surnaturel. Sa science et sa sagesse se révèlent particulièrement dans son adolescence, en cette scène inénarrable du temple, au milieu des docteurs, que la prudence de ses réponses jette dans la stupeur (2); elles se manifesteront de nouveau dans sa vie publique par ses discours et ses paraboles. Il n'eut pas la foi vertu théologale, mais il posséda éminemment la connaissance et la certitude des choses divines que contient la grâce de la foi et la puissance qu'elle donne d'opérer des merveilles. Son pouvoir des miracles et des guérisons, affirmé à chaque page de l'Evangile, s'étend sur tout le domaine de la création, sur le monde sensible, sur la créature spirituelle, sur les corps, sur les âmes, sur les consciences (S). Le discernement des esprits n'est pas moins remarquable en sa vie : il déjoue, au désert, tous les artifices du tentateur et son intuition sait pénétrer tout ce qu'il y a au fond de l'homme (4).
L'interprétation des discours : nous l'entendons expliquer le prophète Isaïe et divers passages de l'Ecriture à ses disciples (5). S'il n'a pas eu à parler diverses langues, il les savait toutes par cette science universelle h laquelle rien n'échappe; il a exercé,
fl) Mère de Grâce, pp. I.i3-194.
(2) Luc. i3.
(3) et. S. THOM., III P.. q. 44.
(5) Luc, IV. 21
d'ailleurs, mieux que le don des langues, en lisant plus que les mots, les pensées des intelligences et les secrets des cœurs (i). Le titre de prophète lui est donné à maintes reprises dans l'Evangile (2). Il en a eu le rôle, lui qui a prédit toutes les circonstances de sa passion et de sa résurrection (3), la fuite de ses disciples (4), le reniement de Pierre et la trahison de Judas (5), la ruine de Jérusalem (6) et les destinées de son Eglise (7). — Il devait, assurément, être prophète et plus que prophète Celui qui par sa science béatifique et sa science infuse connaissait tout le réel, ainsi que nous allons le montrer au chapitre suivant.
Mais, si le Christ a possédé toutes les grâces gratuites, c'est d'une manière éminente et non pas à la façon des saints.
Trois différences profondes à signaler.
D'abord, les fidèles reçoivent ces grâces dans une mesure toujours restreinte, le Christ les tient dans toute leur plénitude.
Ensuite, chez les saints, elles sont partagées : à l'un le don des langues, à l'autre le pouvoir des miracles, à un autre la prophétie, sans que le même les réunisse toutes à la fois; dans le Sauveur, nous l'avons vu, aucune n'a manqué.
Chez les saints, enfin, elles ne sont prêtées que d'une manière précaire et transitoire; Jésus les pos-
(1) LXJC, VI, 8.
(2) MARC, VI, 15; Luc, vn, 16, 39; JOAN., IV, 19, VI, 14, VII, 40.
(3) :MARC.. X, 33; MATTH., XX, 17. Ml MATTH., XXVI, 31.