‹ Le Mystère de l'IncarnationChapitre 59 sur 97 · ISAÏ.. XI · texte numérisé non relu

ISAÏ.. XI

(3) lAC, IV. 1.

(4) DENZlNCra, 378.

lui selon ces voies mystérieuses qui dépassent et souvent déconcertent notre prudence bornée. Toute la vie du Christ était sans cesse sous la gouverne de l'Esprit divin, comme un harmonieux instrument qui rend toujours le son du sublime. Aussi l'Evangile a-t-il soin d'observer que l'Esprit poussait Jésus au désert : Agebatur a Spiritu in desertum (i). Cette âme avait donc reçu la merveilleuse souplesse des dons pour être tout entière à la disposition du Paraclet.

On peut encore comparer les dons à « une semence dont l'héroïsme est la fleur et à une lyre dont l'héroïsme est le son. Dans certaines âmes la semence, quoique vivante, n'arrive jamais à sa fleur, la lyre, quoique sonore, reste toujours muette; mais toutes ont du moins la puissance de fleurir ou de vibrer. Il suffira d'un rayon de soleil pour faire mûrir la fleur ou d'un léger attouchement pour faire résonner la lyre : ce rayon, cet attouchement, c'est l'impulsion de l 'Esprit-Saint qui nous saisit tout à coup et nous mène au sublime... Notre-Seigneur a constamment vécu de sublime, en sorte que l'histoire de sa vie est devenue l'iiistoire de l'héroïsme. Les dons de l 'Esprit-Saint, semence féconde cachée dans l'âme de Notre-Seigneur, ont produit leur fleur, et la lyre céleste a fait entendre ces sons merveilleux qui ravissent le genre humain (2). »

Tous les dons se déploient à l'aise dans cette âme, sans exception, et y compris le don de crainte, mais dégagé des imperfections qui l'accompagnent chez

'1 Luc, IV. 1.

(•2) !.e llosaire et la Sainteté, pp. 155-156.

nous. La crainte comporte deux actes : trembler devant le châtiment que le Souverain Législateur inflige tôt ou tard pour le péché, et vénérer la suprême excellence de Dieu, cette force invincible devant laquelle s'inclinent les célestes Puissances, tremunt Potestates. Jésus, même selon son humanité, n'a pas à redouter la vengeance divine, parce qu'il est impeccable et ne peut jamais être séparé de Dieu; mais il est toujours dans un saint respect devant cette auguste Majesté qui a pour se faire révérer un pouvoir infini.

Et cela nous explique pourquoi Celui qui ne pouvait avoir la vertu de pénitence a pu posséder excellemment le don de crainte.

Dans la pénitence, l'acte principal est la détestation du péché personnel, la satisfaction n'est que l'acte accessoire et accidentel; dans la crainte, l'acte principal est de révérer le Dieu terrible, redouter le châtiment pour la faute n'est que secondaire. Pas d'accessoire sans le principal, et, donc, pas de vertu de pénitence où manque le repentir pour le péché personnel; mais le principal peut se réaliser sans l'accessoire, et ainsi le don de crainte subsiste encore dans l'âme qui est à l'abri du châtiment (i).

Ainsi dans le Christ les dons ne sont pas destinés à venir en aide, comme chez nous, à des vertus imparfaites, mais seulement à couronner le magnifique organisme du surnaturel.

(1) Cf. s. Tho.mas, III p.. q. 7, a. 5, et les commentateurs déjà

cités : CAJETAN. JEA.N DE SAINT-THO.MAS. GODOY, CO.NTENSON, GONKT, SALMANT., niUUAKT, BILLOT, JA.\SSENS, LÊPICIER, etC.

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