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LES PRINCIPALES ERREURS TOUCHANT LA SCIENCE DU CHRIST

Un axiome théologique rappelle que dans le Christ tout ce qui se rapporte à la nature est double comme elle : Ea quœ pertinent ad naturam in Christo geminari debent.

(1) Sur ce vaste sujet on peut consulter : S. Thom., III p., qq. 9-13, et ses commentateurs : Cajetan, Bannez, Stlvius, Jean

DE SAINT-THOM., GOBOT, CONTENSON, GONET, SALMANT., BlLLUART; SUA- REZ, disp. XXn; PBTAU, lib. XI; LECRANB, dlsS. IX; FRANZELIN, HUR-

TER, Billot, l. janssens, lépicisr, pesch, tanquerey, etc. De incam.; LABAUCHE, LcçoTis de Théologie dogmatique, t. I; A. Vacant, Diction. Théol. Cathol. « Agnoètes »; P. Schwalm, O. P., Revue Thomiste, mars et juiUet 1904, et Le Christ d'après saint Thomas d'Aquin, ch. iv; P. Claverie, 0. P., Revue Thomiste, septembre 1908, janvier 1909, novembre 1910, mai 1911; J. Lebre- TON, Les Origines du Dogme de la Trinité, pp. 445-4iiy.

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Une fois admis qu'il a véritablement la nature de Dieu et la nature de l'homme, il faudra lui reconnaître une science divine et une science humaine.

Les erreurs ont donc suivi une double direction, selon qu'elles se rapportaient à la science du Verbe ou à la science de l'âme.

Les ariens, après avoir nié la divinité du Verbe, devaient lui refuser la connaissance proprement divine, l'omniscience. Ainsi, pour Arius, Eutychius, Eunome, le Verbe, bien que supérieur à toutes les créatures et doué d'une science plus vaste que celle des hommes et des anges, n'est point cependant exempt de toute ignorance, et le jour du jugement lui demeure caché (i). Ils interprètent du Verbe luimême les paroles de saint Marc : « Quant au jour et à l'heure, personne ne les sait, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais le Père seul (2). » — Nous verrons bientôt quelle fut la réponse des docteurs catholiques à ces blasphèmes. Théodore de Mopsueste et les nestoriens attribuent l'ignorance à la personne humaine. Deux hypostases dans le Christ, celle du Verbe, qui est divine et connaît tout, celle de l'homme, qui est sujette à l'ignorance et à l'imperfection. Ces théories seront reprises plus tard, au moins partiellement, par Félix d'Urgel et les adoptiens.

D'autres hérétiques ont nié toute science humaine en Jésus-Christ. Lucien d'Ântioche, Arius, Eudoxius, les anoméens, en vertu de leur principe que le Verbe tient lieu de l'âme dans le Sauveur, furent amenés à

(1) Cf. s. ATHANAS., Coni. Arian.. m. 42; P. G., XXVI. 41

(2) MARC, xni, 32.

lui refuser la connaissance propre à l'humanité.

Apollinaire, qui retranche au Christ l'intelligence et la liberté et lui accorde tout au plus une âme sans raison, n'admet en lui que l'omniscience du Verbe divin : point de pensée humaine en Jésus (i).

Les monophysites devaient aboutir aux mêmes conséquences : si la nature humaine a été absorbée par la divinité, les facultés et les opérations humaines, intelligence et volonté, pensée et vouloir, ont disparu également.

C'est la conclusion que tireront les monothélites : unique opération dans le Christ, partant plus de science humaine.

Thémistius, diacre d'Alexandrie, fut, au sixième siècle, le chef de l'école des agnoètes (2). Il professait un monophysisme bizarre, qui l'entraîna à d'autres extravagances. Le Christ est un composé qui résulte du mélange de la divinité et de l'humanité : selon la chair, il est soumis à la corruption, selon l'esprit, il subit l'ignorance commune à la nature humaine.

Eulogius, patiarche d'Alexandrie, écrivit une réfutation de ces erreurs, et le pape saint Grégoire le Grand les condamna définitivement, démontrant par les Pères que, si l'âme du Christ pouvait ignorer certaines choses par ses forces purement naturelles, elle savait tout cependant par la vertu et les lumières surnaturelles que lui valait son union avec le Verbe omniscient (3).

(1) Cf. s. Epiphan., Haeres., Lxxvii; Voisin, L'ApolUnartsmei P. ScmvALM, lievue Thomiste, 190^», pp. 22, ss.

(2) Cf. A. V.ACANT, Diction. Théol. Cath., I vol., 586-596.

(3) Cf. S. Grkcor. m.. Epist. XXXV et xxxix; P. L., LXXVI. 1091, ss

On voit que ces diverses erreurs sur la science du Sauveur se rattachent à d'autres hérésies christologiques touchant la divinité du Verbe, l'intégrité de la nature humaine, l'union des natures en Jésus- Christ; mais les attaques des agnoètes fournirent aux saints Docteurs l'occasion d'exalter particulièrement la science humaine en Noire-Seigneur : même comme homme, concluent saint Eulogius et saint Grégoire le Grand, le Christ n'a rien ignoré.

Cette assertion est une vérité acquise pour les théologiens du moyen âge. On construit alors la synthèse du savoir, et, pour concilier les différentes affirmations des Pères, on distingue trois sciences créées dans l'âme du Sauveur : la science bienheureuse, la science infuse, la science acquise ou expérimentale.

La Réforme vint renouveler et aggraver l'erreur de l'agnoétisme. Calvin ne craint pas de dire que le Fils de Dieu a voulu subir une véritable ignorance; Bucer et Théodore de Bèze ne sont pas moins catégoriques; pour de nombreux écrivains protestants, surtout dans le camp des libéraux, l'intelligence du Christ s'est développée avec le temps, et il n'est parvenu que peu à peu à la pleine idée de sa mission.

Hermès et Guenther leur ont fait écho, en prétendant que Jésus n'a pas eu toujours conscience de sa destinée et qu'il est arrivé par voie de mérite à la vision de Dieu.

Mgr Bougaud, dans la première édition de son grand ouvrage Le Christianisme et les temps présents (i), avait adopté quelques-unes de ces théories,

(1) T. m, Les Dogmes chrétiens, ch. xii, n. 5. ss.

«S) us prétexte de nous donner un Christ « plus vrai, plus réel, plus vivant, plus conforme aux intuitions de notre esprit, aux aspirations de notre cœur ». Jésus commencera par l'ignorance; au moment où il y aurait péril pour lui de prendre Joseph pour son père, il connaîtra Dieu son vrai Père, et il le verra intuitivement mais non béatifiquement (i). C'est plus tard que Dieu lui révélera la raison de l'union hypostatique, et c'est au désert qu'il fera son choix entre les différents plans de la Rédemption. Au Thabor. Dieu commencera à soulever un peu pour lui le voile de la Wsion béatifîque, mais ce n'est qu'à l'Ascension que le Christ triomphant jouira de cette vision d'une manière permanente et définitive.

L'auteur vit le danger de son système et il supprima des éditions suivantes les pages qu'il avait consacrées à le défendre (2).

Schell, en Allemagne, le présentera sous un autre aspect. Le Christ aurait pu avoir une science universelle dès l'origine, mais l'économie de l'Incarnation lui demandait autre chose : de même qu'il n'a pas voulu prendre au premier instant un corps entièrement formé, ainsi a-t-il voulu que sa science fût soumise à un développement successif et à la loi du progrès humain (3).

(1) C^tte distinction entre la vision intuitive de Dieu et la vision béatitique est arbitraire et insoutenable. Il ressort des imroles de Benoît XII que la vision intuitive rend l'âme bienheureuse : Ex tali visione et fruitione... animac... sunt vere beatae. De.nzl\ger, 530.

(2) Cf. P. MONSABRÉ, Carême de 1879, index de la 38* conférence ; P. PRA, s. J., Etudes religieuses, août 1878.

(3) Sur la doctrine de Schell, voir L. Janssgns, t. IV, pp. 418, ss.; LABAUCHE, t. I. pp. 265, ss.

Loisy, les modernistes rationalistes, attribuent au Christ, non seulement l'ignorance, mais même l'erreur; car, suivant eux, il se serait trompé sur la date de la parousie : croyant immédiate la fin du monde, il ne prévoyait pas le développement du christianisme, et l'Eglise, telle qu'elle s'est organisée, était en dehors de sa perspective.

En face de ces blasphèmes ou de ces erreurs, plaçons tout de suite les certitudes de notre foi.

l'enseignement catholiqub

T° II est de foi que Notre-Seîgneur Jésus-Christ eut en môme temps une science divine et une science humaine.

La science divine ne peut manquer à Celui qui est consubstantiel au Père, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière (i).

Quant à la science humaine, l'Evangile l'affirme fréquemment, lorsqu'il nous montre, par exemple, Jésus en admiration : /Indiens autem Jésus miratas est (2); l'admiration n'est pas possible où il n'y a que la science de Dieu, elle fait écho n'^cessairement à une connaissance du même ordre que la nôtre.

L'Eglise a défini, contre les monnphysites et les

(1) Cf. Le Mystère -le la Très Sainte Trinité, ch. i et 11.

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