LEGITIMITE DE CE CULTE
On sait combien furent acharnées les attaques des jansénistes contre une dévotion qu'ils appelaient nouvelle, périlleuse, erronée, parce que, disaient-ils, elle rend à une partie séparée l'adoration due à la seule personne divine. Pie VI fit solennellement justice de ces accusations. On voulut, au moins, restreindre la dévotion au cœur métaphorique, à l'amour du Verbe Incarné; nous venons de voir que
(1) Op. cit., pp. 140-141.
(S) Idem, p. 144.
les documents ecclésiastiques considèrent aussi le coeur physique transpercé par la lance.
Outre l'approbation de la bulle Auctorem Fidei de Pie VI, notre dévotion reçu la consécration solennelle de la liturgie. Or, nous savons que le dogme et le culte, la foi et la piété, ont une même loi infaillible : lex supplicandi lex credendi.
L'Eglise, toutefois, a procédé avec cette lenteur qui assure les décisions irréformables. Sous Benoît XIII, les instances du postulateur ne furent pas prises en considération, parce qu'on les appuyait sur une théorie douteuse, à savoir que le cœur est l'organe, le siège, le co-principe des passions, des émotions, des sentiments.
La question ayant été reprise et présentée sous son vrai jour. Clément XIII, en 1765, permit de célébrer la fête du Sacré-Cœur; Pie IX, en i856, étendit cette fête à l'Eglise entière; Léon XIII l'élevait au rite de seconde classe en i89o, et, le 26 mai i899, il publiait une encyclique émouvante sur la consécration du genre humain au Sacré-Cœur (i).
Renvoyant pour les développements aux études spéciales déjà signalées, nous nous contenterons de rappeler la raison théologique plusieurs fois invoquée. Un culte est légitime, lorsqu'il est rendu à qui le mérite, de la manière qui convient et pour une fin louable. Le cœur de Jésus mérite l'adoration, puisqu'il est une partie du Verbe, et que selon l'axiome des conciles, nous adorons d'une seule adoration le Verbe et son humanité et toutes les parties de cette
(1) Sur les circonstances qui préparèrent cet acte pontifical, voir LOU13 Chasles, Sœur Marie du Divin Cœur, 1906.
humanité; il est adoré de la manière qui convient, c'est-à-dire dans le Tout adorable dont notre piété ne le sépare jamais; pour un motif spécial, parce que le cœur est le symbole authentique de l'amour; pour une fin louable, qui est d'exciter les hommes à répondre à l'amour par l'amour.
Le Sacré-Cœur c'est l'amour parfait, nous lui répondrons par un amour qui va jusqu'au bout de la générosité; le Sacré-Cœur c'est l'amour victime, nous lui répondrons par un amour qui va jusqu'au sacrifice; le Sacré-Cœur c'est l'amour méconnu, nous lui répondrons par un amour réparateur.
Le culte du Sacré-Cœur bien compris est, ainsi que l'explique Mgr Dubois « le résumé et comme l'essence même du Christianisme. Toute la religion chrétienne est là, parce qu'elle est la religion du divin amour. Notre foi croit à cet amour, raison de tous nos mystères; notre morale y répond, ce qui est l'accomplissement de la loi (i). »
En terminant ainsi notre traité de l'Incarnation par le Sacré-Cœur, nous le terminons dans l'amour; et c'est la meilleure des conclusions.
Heureuses, pouvons-nous redire, l'étude et la méditation du Verbe Incarné! Heureux le chrétien qui sait pénétrer dans les trois abîmes de l'Incarnation : le Cœur, l'Ame, la Divinité de Jésus 1
(1) Mgr Dubois, Mandement cité.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le pont jeté entre la terre et le ciel (i), nous portera luimême vers le terme final et nous fera arriver infailliblement de la rive du temps à la rive de l'éternité bienheureuse.
(1) Cl. Sainte Catherine de Swqh. Dialog., xiii, ss.