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LES DÉFINITIONS DE L 'ÉGLISE

Déjà les symboles de foi des premiers siècles avaient marqué suffisamment que Jésus-Christ a la nature divine selon laquelle il est le Fils de Dieu, Dieu de Dieu, consubstantiel au Père, né avant tous les siècles; la nature humaine, selon laquelle il est né de Marie dans le temps, a souffert, est mort, a été enseveli, est ressuscité, est monté aux cieux; l'unité de personne, puisqu'on attribue au même lès propriétés "des" deux natures, affirmant d'un seul Christ qu'il est Dieu de Dieu avant tous les siècles et qu'il naît, meurt, ressuscite et monte à la droite du Père.

Mais les hérésies obligèrent les défenseurs de l'orthodoxie à chercher des termes nouveaux, des formules entièrement pleines, pour fermer toute échappatoire à l'erreur. Après les longues luttes christologiques, le dogme fut condensé en une sorte de symbole que l'Eglise Latine et l'Eglise Grecque ont peu à peu sanctionné comme une définition de foi et qui a reçu droit de cité dans la liturgie, le symbole dit de saint Athauase. « La vraie foi consiste à croire et à confesser que Notre-Seigneur Jésus- Christ est le Fils de Dieu, Dieu et homme : Dieu, de la substance du Père, engendré avant les siècles, homme de la substance de la mère, né dans le

temps ; Dieu parfait, et homme parfait composé d'une âme et d'un corps; égal au Père selon la divinité, inf(5rieur au Père selon l'humanité. Quoiqu'il soit Dieu et homme, le Christ n'est pas deux, mais un seul : un, non par la conversion de la divinité en la chair, mais par l'assomption de l'humanité en Dieu, un, non par confusion de substance, mais par unité de personne. De même, en effet, que l'âme raisonnable et la chair sont un seul homme, ainsi Dieu et l'homme sont un seul Christ (i). ))

La comparaison signalée reste juste et exacte à condition d'être bien entendue.

Entre l'âme et le corps il y a deux sortes d'union (2). L'union personnelle, consistant en ce que les deux composants forment un seul moi, auquel sont attribuées et les actions du corps, naître, grandir, etc., et les actions de l'âme, penser, pratiquer la vertu, et qui, malgré les variations de l'âge, demeure immuable, identique à lui-même, du berceau à la tombe. L'union essentielle, parce que l'âme et le corps pris séparément ne réalisent pas l'humanité, ne sont que des substances incomplètes et ont besoin de s'épouser mutuellement pour former la nature définitivement épanouie, cette espèce achevée qu'est l'homme. Les deux composants sont une seule personne parce qu'ils sont une seule essence, l'union est personnelle parce qu'elle est essentielle.

Dans l'Incarnation, la nature humaine et la nature

(1) Denzincer, 39

(2) Cf. notre Cursus Philosophtse Thomisticx, t. III, pp. 128, ss.

divine sont complètes, elles ne s'unissent pas en une seule substance, et notre Symbole a bien soin de faire observer qu'elles restent distinctes, non confiisione substantiœ : l'union n'est pas essentielle.

L'exemple de l'âme et du corps est donc apporté seulement pour faire comprendre l'union personnelle. Composé d'une âme et d'un corps, l'homme est cependant un seul moi, un seul suppôt; de même, composé de la nature divine et de la nature humaine, le Christ est un seul être, un seul tout, une seule personne, à laquelle appartiennent les deux natures, leurs propriétés, leurs opérations, leurs prérogatives, leurs gloires.

Le concile d'Ephèse (43i), eut à définir surtout l'unité de personne contre les nestoriens, mais tout en affirmant la dualité des natures en Celui qui est Dieu et homme, Verbe et chair. La substance de la doctrine est résumée en une série d'anathématismes que saint Cyrille avait rédigés et que le concile approuva. « Anathème à qui refuserait de reconnaître que le Verbe est uni selon l'hypostase à la chair et que le Christ avec sa propre chair est le même qui est à la fois Dieu et homme. — Anathème à qui divise les substances après l'union et met entre elles seulement l'union qui se fait selon la dignité, l'autorité et la puissance, et non l'unité physique et réelle (i). — Anathème à quiconque oserait dire

(1) Le terme 'juTix/^ doit s'entendre avec les précisions . qui ressortent du contexte : l'union est appelée physique pour être bien distinguée de l'union purement morale, qui se fait selon la dignité, etc.; mais, d'autre part, elle n'est point l'union essentielle par laquelle deux natures Incomplètes s'unissent pour former xme seule nature spécifique.

que le Christ porte seulement Dieu en lui et qu'il n'est pas véritablement Dieu lui-même. — Anathème à quiconque dirait que le Verbe du Père est le Seigneur du Christ, au lieu de confesser que le Christ lui-même est Dieu et homme tout ensemble, attendu que le Verbe s'est fait chair selon l'Ecriture (i). » Le Christ est donc Seigneur et Dieu.

Le concile de Chalcédoine (45i), définit explicitement et la dualité des natures contre les eutychiens et l'unité de personne contre les nestoriens : « Il faut confesser un seul et même Christ Notre-Seigneur, Fils de Dieu, parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité, vrai Dieu et vrai homme avec une âme raisonnable et un corps; consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité et en tout semblable à nous, sauf le péché; le même engendré du Père selon la divinité avant tous les siècles et né de la Vierge Marie, Mère de Dieu, selon l'humaiiité, aux derniers jours, pour nous et pour notre salut; un seul et même Christ Notre-Seigneur, Fils unique, en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation (3), la différence des natures ne disparaissant pas à cause de l'union mais plutôt la propriété de chaque nature restant sauvegardée dans l'unité de personne ou d'hypostase. Le Christ n'est donc point partagé ou divisé en deux personnes,

(1) Can. 2-6; Denzinoer, 114-118.

(2) Les deux natures ne se fusionnent paa en une seule, elles ne subissent en elles-mêmes aucun changement; mats, d'autre part, 11 n'y a pas entre elles division bu séparation, parce qu'elles s'étrelgnent dans l'unité de personne.

mais il est un seul et même Fils unique, Dieu Verbe et Notre-Seigneur Jésus-Christ (i).

Nouvelles précisions au cinquième concile œcuménique (553) : « Dans le Christ deux naissances : l'une, du Père, avant les siècles, éternelle, incorporelle; l'autre, aux derniers jours, de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu. Anathème à qui dirait que dans le Christ autre est le Dieu Verbe qui a opéré les miracles et autre le Christ qui a souffert, au lieu de confesser que c'est le même qui est Jésus- Christ Notre-Seigneur et le Dieu Verbe Incarné et fait homme et que c'est au même qu'appartiennent lés miracles et les souffrances endurées volontairement dans la chair... L'union du Dieu Verbe avec la chair animée d'une âme raisonnable et intellectuelle a été faite selon l'hypostase, comme les saints Pères l'ont enseigné; et c'est pourquoi il y a une seule hypostase composée, qui est le Seigneur Jésus- Christ, un de la Trinité (2). »

Le premier concile de Latran (649), dit anathème à qui refuserait de confesser que Notre-Seigneur et Dieu Jésus-Christ est un seul et même en deux natures unies hypostatiquement (3).

Ces définitions sont renouvelées au concile romain de 680 (4); au troisième concile de Constantinople (680), où l'on définit l'existence de deux volontés en Jésus-Christ et où l'on condense le dogme en cette riche formule : una in duabm naturis persona (5);

(1) DENZINGER, 148.

(2) DENZINGER, 214-216.

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